LA BIBLIOTHEQUE
Dans les armoires sont rangées et magnifiquement reliées toutes les éditions originales des œuvres de Victor Hugo.
Cette collection unique a été constituée grâce aux recherches longues, patientes, obstinées de ^I. Paul Meurice. On ne saura jamais avec quelle passion, quel noble désintéressement et quelle ardeur de chercheur et d'érudit, Paul Meurice a rassemblé toutes les éditions recueillies un peu partout, et aussi au hasard des ventes et des communications de coiTespondants.
Le premier livre que lui donna Victor Hugo date de 1842. H avait écrit dans l'Artiste un article très élogieux sur le Rhin; Victor Hugo, pour le remercier, lui en envoya un exemplaire.
DANS LES VITRINES
— Un dos livres les plus curieux est le Tacite de Victor Hugo, son Tacite de classe, daté de i8o5, un de ses auteurs favoris, qui lui rappelait son beau temps, quand il était jeune.
Oh! que j'étais heureux ! oh! que j'étais candide! En classe, un banc de chêne usé, lustré, splendide, Une table, un pupitre, un lourd encrier noir. Une lampe, humble sœur de l'étoile du soir, M'accueillaient gravement et doucement. Mon maître, Comme je vous l'ai dit souvent, était un prêtre A l'accent calme et bon, au regard réchauflant. Naît conmie un savant, malin comme un enfant. Qui membrassait, disant, car un éloge excite : — Quoiqu'il n'ait que neuf ans, il explique Tacite. —
C'est son Tacite qu'il expliquait en 181 1 ; il le donna à un ami on i833. Il a écrit ces mots sur la couverture : Ce livre est mon Tacite de classe. Je Vai donné à M. J. Belin en souvenir de Victor Hugo.
17 février i833.
Et M. J. Belin, pour que nul n'en ignore, ajoute : Donné par Victor Hugo. J. B.
Mais Victor Hugo avait emporté ce Tacite en Espagne en 18 ii
lorsqu'il alla rejoindre son père, alors aide de camp du roi Joseph, et il le traduisit au collèii^e des Nobles de Madrid, dans ce collègue de moines qui lui a laissé d'assez fâcheux souvenirs. Il avait de petits camarades, notamment Frasco comte de Belverana, et un nommé Elespuru, assez malpropre, dill'orme et grotesque, qui n'avaient ij^uère de tendresse pour les petits Français, les lils des envahisseurs. 11 eut plusieurs disputes avec ces jeunes Espagnols, et il en conserva une rancune si tenace qu'il fit de Frasco le Gubetta de Lucrèce et d'Klespuru im des quatre fous de Cromwell.
On lit sur la garde de la couverture de son Tacite les noms de Elespuru, et Elespourou, suivunt la prononciation espagnole. Il avait aussi traduit son nom et celui de son frère en espagnol : Bittor de Hugo. Eugenio de Hugo. Tous les petits Espagnols avaient la particule : et, sans doute pour se moquer des camarades, il n'avait trouvé rien de mieux que de s'ollrir une particule.
— Trois plaquettes fort intéressantes des œuvres du début, quand A'ictor Hugo, alors âgé de seize ans, concourait à l'Académie des Jeux floraux. Ces plaquettes sont de i8iS. 1820, 1821.
— Les trois volumes du Conservateur Littéraire, collection rare.
Le Conserçateur Littéraire était une revue bi-mensuelle qui fut publiée par Victor Hugo et son frère Abel de i8i«) à i8i>i. 11 avait près de dix-huit ans: il y écx'ivit, sous onze signatures dilférentes, des nouvelles, des articles, des variétés, de la critique; à cette épo({ue, il s'é-tait épris d'Adèle Foucher, de celle (jui devait phis tard être sa femme. Les deux familles s étaient opposées tout d'abord au mariage, et les i-elations, comme la correspondance, furent interrompues, ^'ictor Hugo encon»;ut un vif chagrin, et le Conservateur Littéraire devint, pour ainsi dire, le messagei- de son eumr. 11 disait là ce qu'il ne pouvait plus écrire à celle qu'il aimait, et il publia Ihistoire de Itayniond rf'^-lsco//, jeune poète disciple de Pétrarque, qui, vers le milieu du XIV siècle, devint amoureux d'I^innia (liovanna Sfravaggi. Le père, ayant découvert cette passion, le chassa, et Haymond. désespéré, se donna la mort. H avait dix-huit ans.
L* sujet s'adaptait merveilleusement à son état d'esprit comme il traduisait ses angoisses, et il publia celte élégie.
assuré qu" Adèle la lirait et serait ainsi fixée sur la fidélité obstinée do son amour. C'est dans ce recueil qu'il fit paraître Bug-Jai'gal.
Un volume des Contemplations, donné par Georges et Jeanne, A'olume unique, avec des autographes en prose et en vers, une peinture de Louis Boulanger représentant Léopokline dans un cadre tenu par deux anges, des portraits de Léopokline et d'Adèle, des photographies de Victor Hugo faites par Charles Hugo : Victor Hugo sur la grève de Marine Terrace à Jersey, sa première chambre à Guernesej', son jardin.
Ce volume avait été olYert à M'"^ Victor Hugo, les autographes et les dessins recueillis par M. Paul Meurice.
Les pièces de vers de Lamartine, de Paul Meurice, de Vacquerie, de Maxime Ducamp, etc., ont été publiées dans la CoiiJ'onnc poétique.
Voici les lettres inédites dans l'ordre où elles sont placées dans le volume.
Si j'étais peintre et qu'il me fallût faire le portrait de M'^'^V... H..., je m'écrirais :sir) : Raphaël, guide mon jjinceau ! car il me faut peindre tout à la fois : la beauté! la chasteté, le pudique amour conjugal, la tendresse et le courage maternel, la résignation, la piété, lépouse fidèle, dévouée et avec une sainte fierté digne de partager les malheurs d'une grande et illustre infortune !
C'est bien dillicile à faire?...
Mais c'est bien beau 1
FllÉDÉRICK LeMAITRE.
A Madame Victor Hugo.
Madame,
Il est resté en France une quantité d'honnêtes gens qui sont les vieux exilés et qui prononcent chaque jour, à l'heure de la prière^ à l'heure où l'on espère, le nom glorieux que vous j)ortez.
Du fond de mon exil, madame, et du plus proibnd de mon cœur, \e vous envoie à l'un et à l'antre tonte ma sympathie et tout mon ■dévouement.
Avec tous mes respe<ts,
Jules Janix.
L'ixemboiirK Terracc, ISlifi.
Clior Hugo,
J'inscris ici mon ])aiivie nom, mais c'est celui d'un homme qui vous aime.
Louis Boulanger.
Madame,
Je suis bien heureux de cette occasion de vous dire de Vautre rh'oge que vous êtes tous fj'entends votre famille) plus présents, plus chers (pie jamais.
La grande voix ([ue vous savez est de plus en plus la voix intérieure de la France.
Je vous salue du cœur.
J. MiCHELET.
Varennes, 24 juillet ISîîe.
A Madame Victor Hugo.
Madame,
Cette date est pour moi un double anniversaire.
11 y a aujourd'hui cinquante-quatre ans que je suis né : il y en a vingl-se)»t que je vous connais, que je vous aime, que je vous estime. Une moitié de ma vie, du moins, aura donc été bien employée, et ne sera pas perdue devant Dieu.
Voilà pour le premier anniversaire.
Voici maintenant pour le second.
U y a aujourd hui dix-sept ans, jour pour jour, que Victor, placé dans la chambre où je suis, écrivant à la table où je vous écris, regardant le clocher d'ardoise que je regarde à mon tour, saint obélisque s'élevant au milieu de cette grande place nue et cependant pleine de souvenirs, faisait cette observation qu'il datait de 1776, c'est-à-dire qu'il avait deux ans de plus que Madame Royale.
A propos de l'autre ])lace de.\ '«'"ennes, à propos de la place de la Ville Haute, il avait fait cette observation pleine de terreur historique qu'elle avait la forme du 1er de la «guillotine.
C'est celle où a été arrêté Louis XVI. Maintenant, ditesà notre cher Victor, Madame, (|ue, pieux pèlerin, je viens de suivre la route qu'il a suivie, la même, moins pour y retrouver les souvenirs du Roi fugitif que celle de l'ami exilé. Dites-lui que ce voyage va mètre encore un prétexte de parler de lui à la France, à llùirope et au monde, et de jeter pour la dixième fois mon cri de protestation contre celui qui a commis le •j;rniid crime, comme disait Dante, cet autre poète, cet autre exilé.
Mais dites-lui encore une chose qui sera autrement douce à son cfi'ur que celle-ci, Madame, c'est que sur la trace où il a semé le bien, la reconnaissance a poussé.
Il y a à l'hôtel de Metz des voix qui chantent ses louanges et, ce (|ui vaut mieux encore devant le Seigneur, des cœurs qui le bénissent.
Dites-lui que l'on m'a montré la petite lampe de cuivre qu'il a ajoutée à la pyramide de cuivre et qu'on la garde comme une relique.
Seulement trois grands changements se sont, depuis son passage, opérés dans Ihôtel.
La belle jeune fille de dix-sept ans est mariée et est devenue mère.
L'enfant né à peine est aujourd hui un grand garçon de vingt ans tout jjrès de se marier à son tour, en apportant pour dot à sa (lancée les quinze ou vingt lignes que Victor Hugo a écrites sur sa maison et qui, pareilles au mot magique des Mille et une yuits ont ouvert pour sa famille la porte dun trésor.
Enfin la petite boule de plume est morte après avoir vécu quatorze ans, c est-à-dire toute une longue vie de chardonneret.
Ainsi notre grand, notre cher, notre bien-aimé Victor a porté bonheur à tous, même aux petits oiseaux du bon Dieu.
Je n'ai plus de place que |iour trois lignes, Madame ; par bonheur elles sont plus que suffisantes pour écrire ces mots :
xVu revoir.
Ali-x, Dcmas.
— Un exemplaire bien curieux de Luc/'cce Borgia, c'est celui qui renferme une eau-forte de Gélestin Xanteuil représentant la scène du banquet. L'éditeur avait refusé cette eauforte qui ne figure que dans cinq exemplaires, dont l'un est dans la bibliothèque du musée, dont un autre a appartenu à Charles Nodier.
— Une édition dos Orientales avec un dessin de Théophile Gautier : Sara la baigneuse.
— Un exemplaire unique est l'édition originale de Notre-Dame de Paris, en deux volumes
Caricature de Victor Hugo, par Dalmikk.
LA MAISON J)l-: \1i;T(»U 11L(.0
lie i8'3i, qui a coûté deux mille francs, et qui a été conservé, broché, dans une reliure en collret.
— Dos eaux-fortes de Célestin Nanteuil de Biig-Jargal, Han (l'Islande, Xotre-Damc de Paris.
— Quatre volumes bien précieux donnés par Victor Hugo à Paul Meurice. avec un dessin orii,nnal du poète en tête de chaque volume.
La première Légende des Siècles : le dessin figure un burg avec un fleuve bleu au pied : au bas cette dédicace : Au poète exquis, au cœur grand et charmant, à Paul Meurice, Victor Hugo.
Les Confemfilafions, premier volume : le dessin représente la tombe de sa lille Léopoldine; au fond, une croix; au bas, le mot Fr-ance.
Les Contemplations, second volume : le dessin représente un bateau battu par la tempête : Guernersey i858 et le mot : exil.
Les Chansons des Rues et des Bois, avec un dessin : un nid avec un oisillon qui appelle, et la mère qui vole à tire d'aile, sortant d'un nuage, pour regagner son logis, lîoau comme une eau-forte. A Paul Meurice, Victor Hugo. Hauteville-House. i*^' janvier 1868.
Au milieu de la salle :