‹ Visite dans les écoles du ManitobaChapitre 2 sur 13 · CAUSE DES TROUBLES A PROPOS DES ÉCOLES DU MANITOBA · texte numérisé non relu

CAUSE DES TROUBLES A PROPOS DES ÉCOLES DU MANITOBA

Question. — En commençant, voulez-vous nous dire, monsieur, quelle est la cause des troubles au Manitoba ?

Réponse. — Yoici la chose, amis lecteurs Au Manitoba, les catholiques avaient des écoles catholiques depuis que Monseigneur Plessis y avait envoyé des missionnaires en 1818. Les protestants qui sont venus s’y établir avaient aussi leurs écoles séparées et tout allait bien.

Quand le Manitoba entra dans la confédération canadienne, on mit dans le contrat (l’acte impérial) que les catholiques et les protestants auraient droit aux écoles séparées que la loi et la coutume leur avaient accordées jusque là.

En vertu de cette clause de la constitution il se forma un bureau catholique d’éducation et un bureau protestant. Les catho' liques eurent leurs maîtres catholiques, leurs inspecteurs catholiques, leurs livres catholiques, en un mot tous les droits que possèdent pour eux les protestants de la province de Québec/

Tout alla bien, la paix et la concorde existèrent jusqu’en 1890, année dont le souvenir remplit mon cœur de tristesse.

Question. — Que s’est-il donc passé pour affliger votre cœur à ce point ?

Réponse. — L’honorable monsieur G-reen” way, ayant pour procureur provincial monsieur Joe Martin fit adopter une loi par la législature du Manitoba, loi qui oblige les parents catholiques à payer pour le maintien d’écoles protestantes où ils ne peuvent envoyer leurs enfants.

Question.— A quel parti politique appartient M. G-reenway ?

Réponse. — Comme ce livre n’est pas un livre politique, je ne répondrai pas à cette question. Je vous dirai seulement ceci : Que tous ceux qui veulent que les droits des pères dè famille, de la langue française et de la religion, catholique soient respectés se rangent d’un côté — qu’ils s’appellent libéraux ou conservateurs — notre devise est celle-ci :

Que justice soit rendue aux catholiques , canadiens français, irlandais, écossais et autres des autres provinces de la confédération comme elle Vest aux protestants de la province de Québec. C’est là la seule attitude que nous prenons devant tous les électeurs de la province de Québec ; et tous ceux — catholiques et protestants— qui veulent soutenir ce principe, sont des nôtres. Ceci étant bien compris, continuons.

Question. — Cette loi a-t-elle été mise en vigueur ?

Réponse. — Certainement ; Sa Grandeur Mgr Taché dont nous pleurons encore la perte, a défendu aux parents catholiques d’envoyer leurs enfants aux écoles communes

établies par monsieur G-reenway. Sa Grandeur Monseigneur L.P.A. Lange vin a, comme de raison, suivi la même ligne de conduite que son illustre prédécesseur.

D’ailleurs ni lui, ni Mgr Taché n’étaient libres de faire autrement.

Question. — Vous dites qu’ils ne pouvaient pas faire autrement ?

Réponse. — Je dis qu’ils ne pouvaient pas faire autrement sans manquer à leur devoir d’évêques jaloux du salut des âmes confiées à leur garde.

L 'Eglise catholique par la voix du Souverain Pontife leur en faisait une obligation rigoureuse.

Question. — Alors, ceux qui disent que Mgr Taché défendait aux catholiques d’aller aux écoles publiques parce qu’il était conservateur et que Greenway était libéral, font donc une calomnie grave contre Mgr Taché ?

Réponse. — Ceux-là commettent une infamie contre l’un des plus nobles enfants du Canada. Je vais vous raconter une petite page d’histoire. Ceci va vous aider à juger l’un des grands évêques dont s’honore l’Eglise catholique.

Un jour, en 1888, un homme frappe à la

porte de l’archevêché de Si-Boniface et demande à voir Monseigneur Taché. On lui répondit que Sa Grandeur était bien malade.

— Puis-je voir son grand vicaire, demanda le visiteur ? — Certainement vous pouvez le voir.

Le révérend père Joachim Allard, vicaire général, se présenta.

L’étranger présenté par un ami qui l’accompagnait— un monsieur Alloway-se nommait l’hon. Thomas G-reenway. Il dit au grand vicaire Allard qu’il voulait former un gouvernement fort et qu’il prendrait pour ministre celui des membres français que Monseigneur Taché désignerait. Le père Allard lui répondit que Monseigneur Taché n’avait qu’une seule préoccupation : sauvegarder les droits religieux de ses enfants. Alors “ monsieur G-reenway m’assura ” dit le père Allard “ qu’il était parfaitement consentant à garantir, sous son gouvernement, le maintien et la condition de ce qui existait alors au sujet :

“ Premièrement : des écoles catholiques.

“ Deuxièmement : De l’usage officiel de la langue française.

“ Troisièmement : Des divisions électorales françaises.

Le père Allard dit qu’il communiquerait à Mgr Taché les promesses que monsieur G-reenway venait de lui faire.

Monsieur G-reenway s’offrit à venir le lendemain chercher la réponse de Mgr Taché.

Le père Allard s’engagea à aller la lui porter. Mgr Taché, n’étant pas un partisan politique, fit savoir à l’honorable M. G-reenway que son attitude lui donnait satisfaction, qu’il ne mettrait aucun obstacle à son administration et qu’il n’avait aucune objection à ce que monsieur Prendergast fit partie du nouveau cabinet. Le père Allard, messager de Sa G-randeur, reçut de nouveau l’assurance de la bouche de M. G-reenway, ce jour-là, que :

“ Premièrement : — Les écoles séparées catholiques subsisteraient.

Deuxièmement : — L’usage officiel de la langue française serait continué.

Troisièmement : — Les divisions électorales françaises ne seraient pas changées sous son administration .

Un anglais — monsieur Alloway — était présent, et il déclara solennellement devant

un juge de paix (1) que tout ce que le révérend père Allard avait dit au sujet de ses entrevues avec M. G-reenway, était vrai.

Question. — Comment M. G-reenway, après des promesses si formelles, a-t-il pu abolir les écoles catholiques et l’usage officiel de la langue française et changer les divisions électorales ?

Réponse. — C’est là le mystère d’iniquité dont parle Mgr Taché. Pour qu’un premier ministre manque ainsi à sa parole d’honneur, il faut qu’il déteste beaucoup l’Eglise catholique et la langue française. Voyez, chers lecteurs, la différence qui existe entre ces deux hommes : Mgr Taché et M. G-reenway.

Monsieur G-reenway, voulant l’appui des catholiques pour se tenir au pouvoir vient solliciter l’influence de Mgr Taché pour le trahir ensuite de la manière la plus éhontée.

Mgr Taché, lui, ne tient pas aux honneurs de la terre. Il n’a eh vue que le maintien de ses' écoles catholiques et de sa langue française. Pour cela, il est prêt à subir bien des humiliations personnelles.

(I) Le 1er avril 1892.

On lui jettera à la figure le mot de vendu. Quelle injure pour un archevêque ! On n’a pas craint de dire alors que Mgr Taché était vendu au parti libéral ; qu’il tournait le dos aux conservateurs, ses vieux alliés, “ pour se jeter dans les bras d’un libéral comme monsieur Prendergast.” Plus tard, on lui dira qu’il est vendu au parti bleu dont il ne peut se détacher, et qu’il préfère voir ses écoles anéanties que de voir son parti politique ruiné.”

Devant ces injures, Monseigneur Taché se contentera de jeter un coup d’œil sur ses ouailles, de regarder son crucifix, de murmurer une prière à l’oreille de Celui qui a dit à ses Apôtres : “ De même qu’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront, mais ayez confiance, j’ai vaincu le monde.”

Terminons en disant que Mgr Taché a été évêque catholique toujours et sous tous les gouvernements, sans égard aux couleurs politiques.

Page 1