‹ Visite pastorale de Mgr. J. Thomas Duhamel dans le haut de l'Ottawa [microforme]Chapitre 184 sur 348 · NOTRE-DAME DE LA SALETTE · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DE LA SALETTE

Le voyageur qui remonte la Lièvre s’embarque à Buckingham à bord du petit vapeur du capitaine Bothwell, qui fait tous les jours le voyage de la Grande Chute à une distance de 25 milles. Le bateau qui se fraye péniblement un chemin à travers les billots dont la rivière est encombrée, traverse d’abord des campagnes cultivées à l'aspect monotone, puis il pénètre résolument dans l’épaisse chaîne des Laurentides. A douze milles environ de Buckingham, il arrive à une petite chute qu'il franchit au moyen d’une écluse magnifique, vrai modèle du type des écluses électorales. Cette écluse, en effet, ouvrage de l'entrepreneur Poupore, a coûté au gouvernement fédéral la somme de $187,783. Or de tout petits bateaux peuvent seuls y passer, et cela, pendant quelques mois de l’année. Avec la même somme d’argent, on eut pu construire un chemin de fer jusqu'aux mines de la Salette, ce qui eut rendu au pays des services inappréciables.

La Lièvre, il y a quelques années à peine, servait de chemin à un commerce considérable de phosphates. De puissantes compagnies anglaises et françaises ont percé les montagnes à la recherche du précieux engrais. Aujourd’hui tout est abandonné. Les découvertes de phosphates à fleur de terre en Floride, en Algérie et un peu partout, ont ruiné cette industrie.

La rivière du Lièvre conserve dans tout son parcours la même largeur moyenne de 600 pieds, mais sa profondeur dimirue en remontant : elle reste néanmoins jusqu'à la Salette de 9 à 12 pieds. A partir de l’écluse, la plaine disparaît, et la rivière se trouve encadrée dans les montagnes de Portland. Le sable fait place à la glaise, et les bois épais qui couvrent le bord de l'eau témoignent

de la fertilité du sol. Malheureusement, la vallée est très étroite. Les montagnes enchevêtrées ne laissent guère de place à la culture, du côté de l’est, si ce n’est un peu dans la vallée du lac Thomas. Les montagnes ravagées par les feux de forêts présentent un aspect désolé. Sur la rive ouest, le spectacle est plus consolant. Le Priest-Creek, qui débouche dans la Lièvre, traverse une petite plaine assez fertile, dont nous reparlerons.

Enfin, après un parcours d'une vingtaine de milles, on arrive au village de Notre-Dame de la Salette.

Ce village présente une belle apparence, avec ses maisonnettes éparpillées, sur une longueur d’un mille, au flanc de la montagne. Malheureusement, depuis la fermeture des mines, nombre de ces maisons sont restées vides et leurs habitants ont pris le chemin des Etats-Unis. Les autres se sont décidés à cultiver la terre, seule mine qui ne fasse jamais défaut.

Le Rév. M. Michel, curé de Buckingham, desservit la mission de la Salette jusqu'en 1883. Un des derniers actes de son administration fut de faire ériger un chemin de croix (23 avril 1883) par Mgr. Duhamel, au cours de sa première visite pastorale,

Cette même année 1883, les habitants eurent enfin le bonheur de posséder un curé dans la personne du Rév. M. Louis-Marie Clerc, auparavant vicaire à Buckingham. M. Clerc arriva sans doute en automne, puisque le premier acte qu'il signa, le baptème de l'enfant Ozias Paquin, date du 25 novembre 1883. Il se retira d'abord chez la famille Lauzon. Mais, dès l’année suivante, il se construisit un presbytère. Une vaste salle, à l'étage supérieur de la maison, servait de chapelle pendant la saison rigoureuse. La société de colonisation du diocèse d'Ottawa contribua à cette œuvre pour la somme de $400. En 1886, monseigneur bénit une statue de Notre-Dame de la Salette, patronne de la paroisse. L'année suivante, il vint encore bénir une cloche.

M. Clerc desservait, en même temps que la Salette, les missions de Notre-Dame de la Garde et de Saint-Louis de Poltimore. C'est en portant les secours de la religion à une malade de Notre- Dame de la Garde, qu'il contracta la maladie dont il mourut (14 juillet 1889). Sa dépouille mortelle repose au pied de la grande croix du cimetière.

Son successeur fut le Rév. M. Richer, ancien vicaire de Sainte-Anne d'Ottawa. Installé le 10 août 1889, rar le Rév. M. Michel, il reçut, presque aussitôt, la visite de Mgr ‘archevêque, qui faisait sa tournée pastorale. Monseigneur, voyant les grands accroissements qu'avait pris le village et la prospérité qu'y faisait régner l'exploitation des mines de phosphate, pressa fortement les fidèles de terminer la chapelle dont l'aspect était misérable. Un bazar fut donc organisé à cet effet —été de 1890—et l’argent qu'on en retira permit de mettre l’église dans l’état convenable où elle se trouve aujourd’hui.

Dans l’automne de 1890, une retraite fut prêchée à la Salette en anglais par le Rév. M. Michel, et en français par le Rév. Père Ladislas, capucin, à l'issue de laquelle fut érigé un Calvaire sur la montagne qui domine le village.

Deux ans plus tard (14 septembre 1892) fut inauguré un magnifique chemin de croix sur cette même montagne qui devint dès lors un lieu de pélérinage fréquenté.

Les stations en bois, que l’on rentrait tous les hivers, ont malheureusement péri dans l’incendie qui dévora, en 1895, le presbytère.

L'année 1892 fut le commencement de la décadence de la Salette par suite de la fermeture complète des mines de phosphates.

Des 220 familles dont se composait alors la paroisse, la moitié à peine demeura, Il est vrai que celles qui sont restées sont établies sur leurs fermes et qu’elles prospèrent.

Au printemps de 1895, un malheur vint éprouver la mission. Le presbytère devint la pioie des flammes avec tout ce qu'il renfermait, ses habitants ayant eu bien de la peine à s'échapper sains et saufs,.

Affligé mais non découragé, le Rév. M. Richer s’est remis, grâces aux subsides qu'il reçut de la compagnie d'assurance, à construire incontinent un nouveau presbytère plus petit que l'ancien mais mieux fait, du prix de quinze cents piastres, dans lequel il est entré au mois de novembre 1895.

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Le 28 septembre 1896, M. Richer a été nommé curé de Masson. Son successeur à la Salette est le Rév. M. Lortie vicaire de Buckingham.

Le curé de la Salette dit la nesse deux fois par mois, le dimanche, dans une de ses deux missions de Notre-Dame de la Garde et de Saint-Louis.

Après la retraite de 1890, une nouvelle retraite a été prêchée à la Salette (octobre 1895) par le Rév. Père Alexis, capucin.

On compte actuellement dans cette paroisse 160 familles dont 12 seulement irlandaises.

L'église est construite au pied de la montagne sur une terre de cinquante arpents assez peu fertile, propriété de la fabrique.

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