SAINT-JEAN L'ÉVANGÉLISTE DE THURSO
Comme nous l'avons vu dans un chapitre précédent, le Rév. M. J. Châtelain, curé actuel de Thurso, succéda à M. Roy en 1882. Il ne reçut le titre de curé qu’au mois d'août, mais dès le commencement de l’année il desservait la paroisse, pendant l’absence de son prédécesseur que la maladie reten=it à Montréal.
La paroisse de Thurso a éprouvé de grands changements dans un sens favorable sous l’administration de ce prêtre.
Sans être encore très riches, les catholiques ont vu leur sort s'améliorer sensiblement, tandis que les protestants, au contraire, ont perdu d'autant en nombre et en influence. Ce changement, Mgr. Duhamel en fit la constatatiou officielle dans sa visite de juillet 1884, en même temps qu'il avisait les fidèles de penser à la construction d'une église.
Ce n’était point certes, sans besoin qu'il les invitait à une telle entreprise, car entre toutes les pauvres chapelles du diocèse,
celle de Thurso passait pour une des plus misérables. M. Châtelain commença donc, dès lors, à préparer les voies à cette construction. Le moment tant attendu arriva enfin, le 11 juin 1880, date de la bénédiction de la première pierre de l’édifice par monseigneur.
Seize mois plus tard, l’église, terminée, était solennellement bénite par Mgr. Duhamel, comme en fait foi l’acte ci-dessous :
‘ Le 5e jour de février 1891, Nous soussigné, archevêque d'Ottawa, avons bénit avec les solennités prescrites la nouvelle église paroissiale de Saint-Jean l’'Evangéliste de Thurso. La dite église construite en pierre, a cent treize pieds de longueur en dedans, cinquante pieds de largeur en dehors, vingt-six pieds de hauteur au-dessus des lambourdes. Les plans ont été tracés par M. Victor Roy, architecte de Montréal ; la maçonnerie a été faite par M. Charles Lemoyne ; la charpenterie par MM. P. Boileau et trères. Les syndics ont été MM. Alphonse Raby, président, Louis Mondoux, Napoléon Prudhomme, Patrick Murphy et Thomas Maloney. La première messe a été chantée par Mgr. Thomas Duhamel, achevêque d'Ottawa. Ont été présents un grand nombre de fidèles et plusieurs membres du clergé qui ont signé avec nous. Fait à Saint-Jean l’'Evangéliste de Tkurso les jour et an que dessus. Signé avec monseigneur les RR. MM. J. Châtelain, Campeau, Bélanger, Beauchamp, Ferron, Rochon, Croteau, Caron, Ouellet, Champagne, J. Guay, Lavoie et Pilon.”
A ces détails, nous ajouterons que les murailles étaient en pierres bosseiées et que l’église était surmontée d’un beau clocher. Quoique petite, elle était certainement une des plus belles et des plus élégantes du diocèse. Elle n’avait coûté que la somme relativement modique de $r14.000. Le sermon de circonstance fut donné par le Père Langevin, actuellement archevêque de Saint- Boniface. * |
Si la nouvelle église de Thurso causait un légitime orgueil aux catholiques de Thurso, sa beauté faisait ressortir davantage
* Un souvenir se rattache à la vieille et pauvre chapelle de Thurso. C'est dans cette chapelle en effet que Mgr. Duhamel, alors vicaire à Buckingham et chargé spécialement de la mission de Thurso, fit ses premières armes et prêcha ses deux premiers sermons, en français et en anglais (janvier 1864.)
l’état misérable du presbytère, froid, humide et malsain. Le feu qui le consuma vint heureusement résoudre le problème difficile qui se posait aux contribuables (14 octobre 1891).
Pour comble de bonheur, M. Châtelain put acheter au prix relativement minime de $1,110, la maison du notaire L. P. Bélair, située précisément en face de l’église. Cette maison aménagée et repeinte à neuf, a été transformée en un très beau presbytère (20 novembre 1891).
Tout semblait donc marcher À souhait dans la paroisse de Thurso lorsqu'un événement faillit tout compromettre. Dans la nuit du 2 mars 1894, à l'issue des Quarante-Heures, l’église à peine achevée, fut dévorée par un affreux incendie. Les murailles seules restèrent debout.
Cette catastrophe, toutefois, malgré le voile de devil dont elle couvrit un instant la paroisse, n’amena point de perte d'argent. Les assurances payées par les compagnies permirent de faire reconstruire l’église sur le même plan et dans la même forme que l’ancienne par le même entrepreneur. On put même élever une grande chapelle temporaire qui doit servir à la Free de salle de réunion et d’assemblée.
La nouvelle église de Thurso a été bénite par monseigneur le 25 juillet 1896.
Le 17 décembre 1895, trois cloches avaient déjà été bénites.
Deux retraites ont été prêchées à Thurso, l’une en 1880 par les RR. PP. oblats ; l’autre le 7 juillet 1892 par les RR. PP. Nolin
et Devine, jésuites. Les deux écoles catholiques du village et de la Baie Noire datent du mois d'octobre 1879.
Le curé de Thurso ayant desservi pendant plusieurs années les missions de Saint-Malachie et de Saint-Sixte, a eu plusieurs vicaires dont voici les roms :
RR. MM. A. Constantineau, décembre 1885-mars 1886. Casimir Drolet, 31 mars 1886-16 septembre 1887. ]J. Urgel Forget, 10 janvier 1888-14 juillet 1888.
Omer Ferron, juillet 1888-1er octobre 1890.
Pendant un voyage qu’il fit en Europe, M. Châtelain fut remplacé dans sa paroisse par les RR. MM. Leclerc et Brunette (rer septembre-27 novembre 1894).
Thurso compte aujourd’hui 142 familles catholiques toutes canadiennes, moins 31 qui sont irlandaises.