ADMINISTRATION.—-PAROISSE DE SAINT-COLUMBA DE PEMBROKE
L'administration d’un vicariat apostolique donne, d'ordinaire, des peines et des fatigues en abondance, mais peu de gloire, L'évêque missionnaire n’a point le temps d'écrire de longs discours, il est tout à ses œuvres, courant de çà et de là pour suppléer à la pénurie des prêtres, et méritant à ja lettre son titre de vicaire apostolique. De fait, Mgr. Lorrain n'hésite point à faire l'office du curé et à visiter, lui-même les malades, fût-ce la nuit et au loin. 11 s'est toujours trouvé, comme aujourd'hui, à court de missionnaires et les vicaires de Pembroke, quand il y en a, sont, à proprement parler, les vicaires de toutes les paroisses. Ce n’est point que des prêtres, on assez grand nombre, ne se présentent à lui, chaque annèe, mais il s'est fait une règle absolue de n'en point admettre d'inconnus.
Pembroke était dès 1882, la ville la plus importante du Vicariat. Mgr. Lorrain la choisit donc pour sa résidence temporaire,
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jusqu’à ce que le vicariat étant érigé en diocèse régulier, il puisse donner à ce choix un caractère définitif.
L'église de Pembroke était vaste et belle, quoique encore indigne du titre dé cathédrale. A côté de l’église, s'élevait, depuis 1872, le magnifique couvent des sæurs-grises ; enfin, un hôpital encore pauvre et provisoire, complétait la série des œuvres paroissiales.
Il n’y avait point de presbytère. Le curé, M. Faure, avait acheté au coin des rues Renfrew et Moffat, une jolie maison de briques qu'il habitait et qu’il loua à l’évêque au prix de trois cents piastres. C’est là que Mgr. Lorrain s'installa avec son secrétaire, en attendant qu'il se fût construit un évêché.
Ce secrétaire était un jeune prêtre, enfant du vicariat, M. F. Devine. 11 occupait le poste de vicaire à la Gatineau, lorsque Mgr. l'emmena avec lui.
Dès l’arrivée de l'évêque, le Rév. M. Faure, curé de Pembroke, se sentant mal à l’aise dans sa nouvelle situation, manifesta l'intention de quitter le diocèse. II obtint, grâce à l'intervention bienveilllante de Mgr. Lorrain, la charge d’une importante paroisse française dans la ville de Buffalo, le rer novembre 1882. C'est là qu'il mourut prématurément quatre ans plus tard, le 6 octobre
Pendant un an, l'évêque aidé de son secrétaire, se vit donc dans la pénible nécessité de faire les fonctions de curé, fonctions qui absorbèrent la meilleure partie de son temps. Enfin, le 26 octobre 1883, un jeune prêtre du diocèse de Montréal, M. Dosithée Leduc, quil depuis le mois de juin de cette année, était entré dans le vicariat et avait remplacé M. le curé d’Arnprior absent, fut nommé curé ou recteur de Pembroke, Ce dernier titre lui convénait mieux que le premier, car Mgr. Lorrain était, dès lors, et s'evait rester dans la suite, le véritable curé de sa cathédrale.
Sur ces entrefaites, le Rév. M. Devine, dont la santé exigeait quelque repos, fut nommé, le 12 octobre 1883, curé de l'excellente paroisse d'Osceola, et un jeune prêtre récemment ordonné, le Rév. P. S. Dowdall, le remplaça à Pembroke, en qualité de secrétaire, le 19 septembre 1883.
Cette année 1883 vit la première visite pastorale du nouvel évêque, qui commença ses tournées annuelles dans l’intérieur de son vaste diocèse. La discipline de la province de Québec y était établie, il la maintint ; il manifesta aussi son désir qu’on suivit autant que possible les statuts du diocèse d'Ottawa, et mit dès l’abord, en vigueur les ordonnances relatives à la retraite pastorale annuelle et aux conférences ecclésiastiques.
L'année suivante, le 12 juin 1884, Mgr. Lorrain entreprit un long et périlleux voyage, la visite des missions sauvages du Témiscamingue, de l’Abbitibi, de Moose Factory et d'Albany. I! avait pour compagnons de route les PP. Paradis, Gladu et Dozois, oblats, et le Rév. M. Proulx, de Montréal, qui nous a fait, dans un livre plein de verve, intitulé : Za Baie d'Hudson, la narration de cette visite de 1600 milles, en canots d'écorce, à travers les solitudes de la forêt et l’immensité de la mer boréale. Les pauvres sauvages de la baie d'Hudson, voyant pour la première fois parmi eux celui qu’ils vénéraient déjà comme leur père et leur premier pasteur, en gardèrent une impression de joie et de reconnaissance qui ne s’effacera point de longtemps.
Cependant la nécessité de co: - un évêché s’imposait. Mgr. se résolut donc, dans l'automne de 1884, à faire creuser, sur un beau terrain, à côté de la cathédrale, les fondations d’un vaste édifice. Il pensait d’abord n'en bâtir qu’une partie, mais il se ravisa et se décida à tout parfaire d’un seul coup. L'évêché de Pembroke, ouvrage de l'entrepreneur Walter Beatty, est petit, comme l'indique le prix qu'il a coûté : vingt et un mille piastres, mais fort bien dessiné, en belles pierres bosselées et dans une magnifique position. Il regarde le lac des Allumettes, et continue, sur une même ligne, avec la cathédrale et le couvent, l’imposant assemblage des institutions catholiques, que devait compléter, quelques années plus tard, un magnifique hôpital construit sur la colline, en arrière de la ville.
Malgré ses dimensions modestes, il suffit à tous les besoins ; et c'est là que, faute de séminaire, les prêtres du vicariat apostolique se réunissent chaque année pour suivre les exercises de la retraite ecclésiastique. L'évêçghé commencé dans l'automne de
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1884, fut achevé au printemps de 1887 ; et, dès le mois de juin de cette année, monseigneur en prit possession. *
I1 devait cette belle demeure à la munificence du vicariat. Tout le monde avait rivalisé de générosité, le clergé, les paroisses, la ville de Pembroke. Monseigneur avait contribué pour sa part, en versant du fonds de la corporation épiscopale et de sa bourse privée. Un évènement mudifia, en 1885, ie personnel de l'évêché. Le vénérable James Lynch, curé des Allumettes, étant mort le 16 mai 1885, monseigneur confia cette paroisse, la plus ancienne et la plus importante du vicariat, au curé de Pembroke, M. Leduc, 6 juin 1885, dont il connaissait le zèle et l’énergie.
M. Leduc fut remplacé à la cathédrale par un missionnaire arrivé du Manitoba, appartenant au diocèse de Montréal, M. Julien Doucet (27 août 1885). Quelques jours auparavant (24 juin) un jeune prêtre de Joliette, le Rév. M. Tho. Georges Gagnon, était arrivé aussi à l'évêché où il exerçait les fonctions de vicaire.
L'année suivante, 1886, vit le départ des RR. MM. Gagnon et Dowdali. M. Gagnon fut appelé (4 avril 1886) à fonder la paroisse de Bonfield qu’on connaissait alors sous le nom de Nosbonsing. Quant à M. Dowdall, il fut envoyé temporairement à la cathédrale d'Ottawa pour exercer le ministère près de la congrégation irlandaise de cette importante paroisse (29 septembre 1886). Un an plus tard il rentra dans le vicariat, et devint curé de Mount Saint-Patrick. M. Dowdall fut remplacé, dans sa position de secrétaire, par un jeune prêtre de Montréal, M. Antoine Clermort, M. Gagnon eut pour successeur, après un an d'intervalle, un jeune prêtre irlandais, M. Bernard Kiernan (1er juillet 1887.
C'est cette même année 1886, qu'eut lieu le démembremerit de l’antique province ecclésiastique de Québec. Trois nouvelles provinces fut organisées; celles de Québec, de Montréal et
* Voici quelques détails sur la construction de l'évêché de Pembroke. Les plans furent faits en 1884 ; le contrat fut signé le 7 juin 1885 : les travaux commencèrent le rer septembre de la même année. Repris au printemps de 1886, ils furent continués à l'intérieur pendant tout l'hiver suivant, La bâtisse fut complètement terminée en juin 1887, et monseigneur s'y installa en juillet, L'évêché a deux étages pleins et des mansardes. Ses dimensions sont de 75 pieds sur 42, avec une cuisine de 30 pieds sur 20, Le coût total de l'édifice, avec les servitudes et le mobilier, s'élève à $21,769.
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d'Ottawa. Le vicariat apostolique de Pontiac resta naturellement rattaché au diocèse d'Ottawa.
Pendant les mois de juin et juillet 1887, monseigneur fit en compagnie des PP. Guéguen et Dozois, un voyage aux missions sauvage de l’'Ottawa et du Saint-Maurice ; il parcourut en espace de 1,700 milles, et resta quarante-quatre jours assis dans un canot d'écorce. Cet important voyage mérite une mention particulière ; nous en reparlerons au chapitre des missions sauvages.
Nous avons raconté, dans un chapitre précédent, l’histoire de la fondation de l'hôpital de Pembroke. Cet hôpital faisait le plus grand bien dans la ville et recevait un grand nombre d’hommes de chantiers. Malheureusement, l'édifice provisoire dont on se servait n'était point à la hauteur des besoins, ni pour la grandeur ni pour la commodité.
Monseigneur se décida donc, en prévision d'un avenir prochain, à acheter (11 mai 1887) de la succession d’un M. Slattery, la propriété connue, depuis, sous le nom de Bishop'’s Hill, pour en faire le site du nouvel hôpital. Il commença, dès lors, à recueillir des souscriptions.
Le 21 décembre 1887, fut un jour de grande solennité pour la paroisse de Pembroke. Un jeune clerc du diocèse, M. Thos. Ryan, fut ordonné prêtre par monseigneur dans la cathédrale. Une foule considérable assista à cette première ordination. M. Ryan resta attaché à l'évêché.
M. A. Clermont venait récemment de partir pour Montréal (27 octobre 1887) ; M. Ryan lui succéda dans ses fonctions de secrétaire. L'année suivante (20 mars 1888) le Rév. M. Kiernan ayant été nommé curé de la paroisse de Maynooth, Pembroke se trouva de iouveau sans vicaire. Cette même année, Mgr. Lorrain se décida à accomplir enfin le voyage de Rome qu’il préparait depuis longtemps. C'était sa première visite 47 limina. Il profita de la grande fête de l'inauguration du séminaire canadien qui devait avoir lieu le 4 novembre, et s'embarqua à New-York à bord de la Gascogne (6 octobre 1888). Il était de retour à Pembroke le 18 décembre suivant. Le mandement qu'il écrivit à cette occasion,
rend un compte fidèle de ses impressions de voyage et des douces émotions qu'il ressentit aux pieds du Souverain Pontife, lorsque le Pape Léon XIII bénit en lui tous les fidèles catholiques de son lointain vicariat.
A mesure que les années s’écoulaient et que la paroisse de Pembroke grandissait, Mgr. Lorrain mettait en exécution ses plans d’embellissement pour sa ville épiscopale. En 1889, le temps lui parut arrivé de transformer la cathédrale. Le vaisseau était assez vaste, mais sans décors. Monseigneur s’entendit avec les entrepreneurs Boileau, de Montréal, pour l'exécution des grands travaux qu'il méditait. Tout d’abord le soubassement fut agrandi et aménagé de façon à devenir une véritable église inférieure qui pôût servir pour les offices de la semaine. Ensuite on construisit une magnifique sacristie en pierre bosselées avec un soubassement pour les enfants de chœur. Enfin, l’intérieur de l’église supérieure fut complètement renouvelé. Les décorations qu'y fit le peintre Meloche lui donnèrent une apparence d'élégance et de majesté bien digne d’une cathédrale. De fait, de l’ancienne église il ne restait plus que les murailles et malheureusement la charpente ; nous disons malheureusement car la voûte a le défaut d’être trop basse.
Ces travaux coûtèrent une somme considérable, environ trente mille piastres. Néanmoins la paroisse de Pembroke était si prospère et administrée avec tant de prudence, que non seulement toutes ces dépenses furent soldées, mais que l’ancienne dette ellemême se trouva réduite au chiffre de $1500.
Toutes les réparations furent terminées en 1890. Le 30 décembre de cette année, Mgr. Lorrain put reprendre possession de l’église supérieure et y célébrer la messe.
Le lendemain (rer janvier 1891) il y érigeait un beau chemin de croix, et le 30 du même mois, il plaçait les anciennes stations dans la chapelle du soubassement.
Cette année 1891 fut témoin de quelques changements à l'évêché. M, Ryan fut nommé curé de Mount Saint-Patrick en remplacement de M. Dowdall qui allait à Eganville (31 juillet 1891) et cinq mois plus tard, un jeune prêtre du vicariat, M. R. J.
McEachen, fut appelé à sa place au poste de secrétaire (21 décembre 1891).
M. McEachen lui-même quitta l'évêché au bout d’un an (2 décembre 1892) et fut remplacé par M. John Donavan (22 décembre 1892).
Cependant le temps était venu de construire un nouvel hôpital ; déjà monseigneur avait recueilli, en souscriptions, la somme considérable de huit mille piastres. Le contrat fut donné à M. J. W. Munro pour la maçonnerie, et à W. Beatty pour la charpente au prix total de $20,000 tous travaux achevés.
Ce bel édifice est admirablement situé sur une colline en arrière de la ville d'où l’œil contemple avec ravissement le lac et l’île des Allumettes et au loin les montagnes bleues des Laurentides. C’est une vaste construction en pierre de 75 pieds sur 50 avec un soubassement, deux étages et des mansardes parfaitement adaptée à son but et conçue d’après les derniers modèles du genre. Cinq sœurs-grises y sont attachées et prodiguent leurs soins à tous les malades sans distinction de race ou de religion.
L'hôpital fut terminé dans les derniers jours de 1892. Monseigneur présida, en personae au déménagement des malades et du mobilier de l’ancienne maison, et il eut la joie de célébrer enfin dans la nouvelle chapelle, 3 février 1893, la première messe en actions de grâces. Il avait le droit d’être reconnaissant envers la Providence, car les œuvres principales de la ville étaient toutes conduites à bonne fin.
Trois vicaires s'étaient succédé à la cathédrale pendant cet intervalle : un jeune prêtre de Québec, M. Charles Langlois, qui n’y demeura que quelques mois (1890-1891) et qui cherchant vainement la santé sous un climat plus doux, s’en alla mourir à Martinez, Californie (9 mai 1892) ; M. Isidore Garon, actuellement curé d’Aldfield, qui ne passa à l'évêché que du 6 mars au 24 avril 1806, et M. L. David Guérin, également de Québec, qui y demeura une année (31 mai 1893-31 mai 1894). Ce dernier prêtre, d’une constitution délicate comme ses prédécesseurs, partit alors pour l'île de Trinidad, dans les Antilles, où il mourut.
Cur ces entrefaites, le curé de Pembroke lui-même, M. Julien
Doucet, quitta son poste le 23 février 1895 et s’en alla au Etats- Unis laissant Mgr. Lorrain seul avec deux jeunes prêtres malades MM. Donavan et Guérin.
Ce ne fut qu’à la fin de 1894 que ces deux invalides furent remplacés à Pembroke : le 18 septembre par un jeune prêtre de Sainte-Thérèse, M. Anthime Renaud ; le 23 novembre par un nouveau curé, M. Elie A. Latulippe, chapelain du couvent de Lachine.
M. Guérin était parti; M. Donavan, atteint de consomption, avait entrepris le voyage de Rome dans le vain espoir de trouver un soulagement à ses souffrances. Il rentra au printemps de 1895 et rendit pieusement son dernier soupir à l'hôpital de Pembroke (30 octobre 1895). Son successeur, en qualité de secrétaire fut un jeune prêtre de Montréal, M. W. Mclnerney (22 décembre 1895).
M. Renaud ayant été nommé (18 octobre 1895) vicaire à Eganville, l'évêché de Pembroke se trouvant depuis ce temps assez dépourvu et monseigneur, assisté des seuls MM. Latulippe et Mclnerney, obligé de veiller à la desserte des deux missions de Chalk River et de Point Alexander, se voit obligé de prendre de nouveau le sac aux malades et de faire du ministère comme au temps de sa jeunesse.
Pour compléter la décoration et l'ameublement de la cathédrale, il ne manquait plus qu’un orgue. Mgr. Lorrain s'adressa aux distingués facteurs de Saint-Hyacinthe, MM. Casavant, qui lui construisirent un bel instrument de trois mille piastres, lequel fut inauguré solennellement le 16 juin 18095.
Ajoutons à ces travaux et à ces dépenses l'achat— avant 1888 —d’un terrain de vingt-neuf arpents pour en faire un cimetière, et l'acquisition dans la plus belle partie de la cité de seize acres de terres destinées à l'œuvre de l'hôpital et à d’autres institutions relgieuses d’une égale importance.
Il nous reste À parler maintenant des écoles. Nous savons que la première école séparée fut fondée en 1864 par le Rév. M. Gillie.
L'école actuelle se trouve près de l'église et derrière l'évêché ;
c'est un vaste édifice en briques, agrandi encore en 1895 d’une cinquantaine de pieds, et contenant une dizaine de classes. Il a coûté quinze mille piastres et est fréquenté par quatre cent vingt-cinq enfants. Depuis 1895, des cours sont donnés en français.
La paroisse compte encore, en dehors de la ville, une autre école séparée.
Quant au couvent des sœurs-grises, nous en avons déjà parlé plus haut. C’est un superbe édifice construit en 1872, dans lequel dix religieuses donnent l'instruction en même temps qu’une bonne éducation à un grand nombre de jeunes filles.
La paroisse de Pembroke a deux dessertes : Chalk River et Point Alexander dont nous reparlerons plus loin en détail.
Une mission a été prêchée à Pembroke en septembre 1888, par les RR. PP. Hendrick, Godts et Caron, rédemptoristes.
On compte dans cette paroisse deux sociétés charitables : la Saint-Vincent de Paul, pour les hommes, et la Saint-Antoine, pour les femmes.
De plus, deux sociétés de secours mutuels : la C.M.B.A. et les Forestiers catholiques y sont en pleine prospérité.