SAINT-MICHEL DE DOUGLAS
Nous avoas vu, dans un chapitre précédent, que le Rév. M. Morion, vicaire de la cathédrale d'Ottawa, fut nommé (31 septembre 1881) curé de la belle paroisse de Douglas. Douglas comme Osceola avait été visité jadis par l’évèque Phelan et même par l'évêque Gaulin, lequel célébra la messe dans le pauvre chantier de Michel Rice—il n'y avait pas alors de maison—et y baptisa de sa main huit petits enfants.
En arrivant à Douglas, M. Marion trouva un presbytère neuf et en assez bon état dont il n’eut qu’à faire lambrisser l'extérieur
en bois pour le rendre plus chaud et lui donner sa forme définitive (1883).
Ce premier travail accompli, le zélé curé s'occupa du cimetière (1884). II l'agrandit, le défricha et le nettoya complètement. Aujourd'hui, avec ses frais ombrages et la belle clôture qui en décore la façade, le cimetière de Douglas peut passer pour un des plus beaux du vicariat.
C'est dans ce cimetière que se trouve le monument du Rév. M. Byrne, mort à Eganville le 31 juillet 1891. Le vénérable défunt
avait manifesté le désir d’être enterré dans sa chère mission de Douglas. Ses dernières volontés furent fidèlement et magnifiquement observées, La pyramide qui forme son tombeau et qui a coûté $950, a été élevée aux frais communs des fidèies d’Eganville et de Douglas en témoignage de respect et d'affection du pays tout entier pour ce missionnaire dont la douce mémoire n’est pas près de disparaître.
Cependant M. Marion voyait avec peine que les catholiques, plus imprévoyants que leurs voisins les protestants, abandonnaient aux intempéries des saisons leurs attelages pendant les saints offices. Il fit donc construire (1886) une immense shed ou abri de 325 pieds contenant 40 stalles pour chevaux et voitures qui se trouvent ainsi garantis du vent et de la pluie. Son exemple a trouvé des imitateurs et l'usage des sheds commence à se généraliser dans toute l'étendue du vicariat.
La propriété de l’église de Douglas consiste en un terrain de dix arpents. M. Marion, voulant à la fois en orner et en protéger la façade, y a fait poser (1890) une jolie clôture au prix de 8300. Mais l’œuvre capitale du curé de Douglas a été la construction de son église.
L'ancienne chapells, beaucoup trop petite, tombait en ruines ; le temps était venu d'élever un monument qui fût digre du culte auquel on le destinait et de l'état de prospérité de la paroisse.
M. Marion eut l'audace, qui n'était point de la présomption comme l'événement le prouva, de se passer d'architecte. Muni d'un simple croquis d'église gothique qu'il se procura, il se mit résolument à la tête des travaux et les conduisit jusqu'à la fin. Les fondations furent creusées dans l'automne de 1886 autour de l’ancienne chapelle que l’on conserva aussi longtemps qu'il fut possible pour les offices, ce qui n'empêcha pas qu'on dût pendant quelques mois entendre la messe en plein air. La bénédiction de la première pierre fut faite au priniemps suivant par Mgr. Duhamel. Mgr. Lorram était alors occupé à cette grande visite des sauvages de l'Ottawa et du Saint-Maurice qui lui prit les deux mois de juin et de juillet 1887. Parmi les prêtres présents à cette
cérémonie nous citerons les RR. MM. Brunette, Ferreri, Chaîne, Gendreau, Leduc, Gagnon, Lemoine, McCarthy, Doucet, Byrne, Devine, Bouillon.
L'église, terminée, fut solennellement consacrée le 27 juin 1889. Trois évêques assistèrent à la cérémonie. Mgr. Lorrain bénit le monument et chanta la messe pontificale ; Mgr. Cleary, archevêque de Kingston, donna le sermon de circonstance et Mgr. Clint, évêque titulaire d’Arindèle, fut témoin. Une foule immense était accourue de toutes les paroisses environnantes et presque tous les prêtres du vicariat étaient présents. Voici leurs noms : RR. MM. Doucet, Leduc, Brunet, Poitras, Byrne, Dembski, Lemoine, Ferreri, Vincent Sawatanen, Gagnon, Kiernan, Ryan, Devine, Dowdail, Lavin, Chaine et Marion.
L'église de Douglas mesure 92 pieds sur 45 ; elle est en pierre à bosse et de style gothique. La tour du clocher se trouve sur un côté de l’église. C’est un très bel édifice à l’intérieur avec galerie pour l’orgue et trois autels. Les décorations y sont remarquables ; elles ont été exécutées par un peintre de Montréal, M. Rochon. Toutes les murailles et les voûtes sont couvertes de fresques à l'huile parmi lesquels on admire, dans la voûte, dix scènes de la vie du Sauveur, et sur les murs, les stations du chemin de la croix, chose tout-à-fait inédite. Les vitraux de l’église sont en couleurs ; l'orgue est du prix de $300 ; enfin les trois autels en bois sculptés et ornés de dorures ont coûté ta somme considérable de $1900. Des fournaises à air chaud maintiennent dans l’église une température toujours égale. Parmi les statues citons celles du Sacré- Cœur, de la sainte Vierge et de saint Joseph.
Une centaine de bancs, ce qui suffit amplement pour la paroisse se trouvent dans la nef, |
La sacristie, petite—22 pieds sur 18—mais fort belle, est également décorée. On y a placé un autel et un confessionnal.
Telie est l'église de Douglas. Ce monument, un des plus remarquables du vicariat, a coûté $30,000.
On compte à Douglas sept écoles dont six sont dirigées par des maîtresses catholiques.
La paroisse possède plusieurs sociétés ou confréries :
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Le Saint-Rosaire.
Les Enfants-de-Marie, 60 membres.
Les Dames de Sainte-Anne, 78 membres.
La société de Tempérance, 350 membres.
Saint-Michel de Douglas a conservé jusqu'à nos jours sa renommée de paroisse modèle. Sa population n'est point considérable : 131 familles toutes irlandaises, moins trois qui sont canadiennes.
SAINT-JACQUES D’EGANVILLE.
Le vénérable M. Byrne, curé d’Eganville depuis 1859, mourut À plein de mérites le 31 juillet 1891. 11 demanda a être enterré dans le cimetière de Douglas, une de ses anciennes missions, et le Rév. M. Marion, interprétant les sentiments de tous les catholiques du pays, voulut qu’un beau monument perpétuât à jamais la mémoire de cet homme apostolique.
Nous avons vu que l’église d'Eganville, bâtie en 1853 par le Rév. M. Strain sur les bords de la Bonnechère, avait été allongée en 1869 par M. Byrne. Cinq ans plus tard, l'accroissement de la population rendit nécessaire la construction d'une aile qui en doubla la capacité. Ce ne fut point tout ; en 1891 il fallait se résoudre à ajouter à l’édifice une deuxième aile pour loger la foule croissante des fidèles. Le temps était venu où toutes ces allonges successives seraient jugées indignes de la prospérité d'Eganville.
Mgr. Lorrain donna pour successeur à M. Byrne le Rév. M. Dowdall, curé de Mount Saint-Patrick (9 août 1891); mais celuici, retenu dans son ancienne paroisse par des affaires, ne prit qu’en novembre possession de son nouveu poste qui fut administré pendant tout ce temps (août-novembre) par le Rév. M. Ryan, curé nommé de Mount Saint-Patrick. A peine installé, l'entrepreneur M. Dowdall se mit aussitôt vaillamment à la tâche pour laquelle son évêque l’avait choisi qui n'était autre que la construction d’un presbytère et d'une église.
Le presbytère fut commencé et terminé la même année, si bien qu'en décembre 1892 M. Dowdall s'y installa. C'est un
magnifique édifice en briques de $5000, pourvu de toutes les commodités qui conviennent à une construction de ce genre.
Deux ans après.(1894) le curé d'Eganville voyant que l’ancien cimetière était devenu trop petit, résolut d’en ouvrir un autre et fit l’acquisition dans ce but d’un terrain de huit arpents situé à proximité et connu sous le nom de Turner’s Grove. Il commença alors à parler de construire une belle église.
C’est alors aussi que commença, pour M. Dowdalil, une ère nouvelle de luttes et de difficultés. Les bonnes gens d’'Eganville qui dormaient depuis de longues années du doux sommeil d’un bien-être que rien n’agite et n’inquiète, furent tout d’abord enthousiasmés à la vue d’un prêtre tout jeune, plein d’éloquence et d’ardeur. Ce leur fut sans doute une épreuve d'ouvrir pour la première fois leur bourse bien garnie pour en sortir de quoi payer le presbytère et le terrain auquel nous avons fait allusion. Mais les pique-niques et les bazars qui se succédaient rapidement les tenaient dans une telle agitation qu'ils leur enlevaient pour ainsi dire la claire notion du sacrifice. Mais l’annonce de la prochaine construction d’une église leur ouvrit complètement les yeux et leur fit voir l’affreuse réalité ; ils mesurèrent avec horreur ie gouffre qui allait se creuser dans leur bourse, et pris de désespoir, ils se refusèrent résolument à suivre plus loin leur curé dans cette voie périlleuse.
Malheureusement pour eux, M. Dowdall n'était point homme à s’intimider pour si peu. Voyant l’entêtement de ses ingrats paroissiens, il les abandonna à leur sort, secoua la poussière de ses pieds et partit pour Pembroke avec la résolution bien déterminée de ne plus revenir que vainqueur.
Ce départ de leur curé fut un coup de foudre pour les pauvres paroissiens d’Eganville. Que faire? Perdre leur pasteur ou faire le sacrifice de leur argent? Leur hésitation fut de courte durée. Après maints gros soupirs étouffés, les négociations furent engagées, le pardon fut demandé et obtenu, l'argent promis, et M. Dowdall triomphant rentra dans Eganville muni de pleins pouvoirs.
MM. Roy et Gauthier, de Montréal, architectes distingués,
firent le plan d’une superbe église en pierre qui doit coûter, toute achevée, bien près de $40,000. Le contrat fut ensuite donné à l'entrepreneur Fauteux, si avantageusement connu dans le diocèse d'Ottawa, et les travaux commencèrent sans obstacle avec le plus vif entrain.
L'église, de style roman, est placée aux abords du village entre l’ancienne église et le presbytère actuel sur une éminence qui commande la Bonnechère ; elle a 148 pieds de long sur 63 de large. La sacristie—8o sur 46—est à double étage, le soubassement servant de bibliothèque et de salle de réunion, l'étage supérieur étant employée comme sacristie proprement dite et chapelle d'hiver. La croix du clocher s'élève à 175 pieds dans les airs.
La bénédiction de la première pierre du nouveau temple eut lieu le 20 septembre 1895 avec une solennité plus qu'ordinaire. Une foule immense était réunie. Mgr. Lorrain, entouré d’un nombreux clergé, après avoir assisté à la messe dans l’ancienne chapelle, vint bénir l'emplacement du temple nouveau ; le Rév. Père Deviin, jésuite, fit le sermon de circonstance ; puis chacun vint à son tour, frapper la pierre du coup de marteau traditionnel et déposer une abondante offrande. Dans l'acte de bénédiction nous trouvons, après la signature de Mgr. Lorrain, les noms des prêtres survants : RR. MM. Devlin, S. J., Latulippe, Lavin, Ryan, Barrette, Marion, McEachen, Krench, Chaine, Tremblay, Dowdail.
On espère que l’église d'Eganville qui sera peut-être la plus belle du vicariat, sera terminée dans les premiers jours de l’année prochaine (1897).*
M. Dowdalil a eu plusieurs vicaires :
MM. Borremans, 6 avril 1892-3 novembre 1892.
Henry Martel, 19 janvier 1893-8 mai 1895.
Tremblay, 14 août 1895-18 octobre 1495.
Renaud, 18 octobre 1895 jusqu’à nos jours.
* Cette bénédiction eut lieu le 27 juin 1897. Mgr. Lorrain bénit l'église et célébra la messe ; Mgr. Duhamel donna le sermon de circonstarce., Un grand nombre de prêtres et une foule énorme de peuple assistèrent à la cérémonie.
Plusieurs sociétés ou congrégations ont été fondées dans la paroisse :
Les Enfants-de-Marie.
Les Dames de Sainte-Anne.
La ligue du Sacré-Cœur.
La Sainte-Famille.
La C. M. B. A.
: Une mission y a été prêchée en juin 1895 par les RK. PP.
Doherty et Devlin, jésuites.
On trouve dans la paroisse, en outre du couvent, cinq écoles catholiques.
Une propriété de 25 arpents est attachée à l’église.
La grande et prospère paroisse d’'Eganviile compte en 1896 environ 368 familles catholiques toutes irlandaises, moins 38 qui sont canadiennes.