MISSION DE SAINT-ÉMILE DE SUFFOLK
Le curé d'Hartwell desservait la mission de Suffolk.
Cette mission, qui comprend tout le canton d’Addington et une partie de celui de Suffolk a une bien triste origine.
Vers 1870, MM. Victor Frison et Eugène Gourdines, émigrants de la province de Namur, en Belgique, arrivèrent au Canada, envoyés sans doute par quelques agents d’émigration. Le gouvernement les plaça dans un lieu désert, au milieu des montagnes, qui a pris d’eux le nom de Namur. Il leur bâtit des maisons convenables et leur ouvrit, l’année suivante, un chemin jusqu’à Ripon, le village le plus rapproché à une vingtaine de milles de distance. Le pays était presque inhabitable, car on n’y trouve que d’étroits vallons, au milieu des montagnes. C’est dans cet affreux désert, loin de tous secours religieux et autres, qu’on dirigea un courant d’émigration. Il y vint des belges, des français, des italiens même, et en dernier lieu des canadiens, gens qui, pour la plupart, n'avaient vécu jusqu'alors que dans les villes et ne savaient pas cultiver la terre. Ces européens ainsi choisis au hasard, par des agents peu scrupuleux, ne tardèrent pas à tomber dans la plus affreuse misère et dans le désespoir. Nous verrons comment, par suite de diverses circonstances, un grand nombre eux furent amenés à apostasier leur foi.
En 1874, il y avait dans Suffolk une centaine de colons que M. Caron, curé de Ripon, allait visiter trois fois par année, au village de Namur où il disait la messe. M. Guay continua à desservir cette mission jusqu’en 1876.
À cette date, la desserte de Suffolk passa à M. Motte, curé d'Hartwell. Il y avait alors dans la missiqn de Suffolk une quarantaine de familles toutes catholiques. M. Motte s'était engagé à les visiter huit ou dix fois par an, moyennant la promesse écrite des colons de lui payer un certain montant pour ses frais de voyage.
L'année suivante, lorsque M. Motte quitta Hartwell, quelques personnes ayant refusé de faire honneur à leur signature, ce prêtre se crut obligé de leur intenter un procès qu'il gagna. Ces catho
liques qui avaient déjà sans doute perdu la foi, apostasièrent, au nombre de trois ou quatre familles. Tels furent les premiers suisses de Suffolk.
Après M. Motte, les RR. MM. Magnan et Guay, ses successeurs, visitèrent la mission sept ou huit fois chaque année.
Ils disaient la messe dans des maisons particulières. Ce fut le Rév. M. Brady qui bâtit en 1881, la chapelle, comme nous verrons ultérieurement.
L'histoire de Suffolk doit être une leçon pour le gouvernement et les agents d'immigration. Il ne suffit pas d'appeler des hommes au Canada, il faut savoir encore les choisir et puis les placer en des localités habitables. Agir autrement c’est faire preuve d’une négligence criminelle dont on ne saurait prévoir les désastreuses conséquences.
Nous terminerons ce chapitre par le tableau comparatif des lecensements du comté d'Ottawa en 1871 et en 1881.
Canadiens- Irlandais Total Protes- Population français. Catholiques. Catholiques. tants. totale. CLÉ ETS 22,676 8,245 30,921 10,596 41,517 1881... 30,433 8,067 38,500 10,932 49,432
Ces chiffres n’ont point besoin de commentaires. On voit que pendant que les protestants et les irlandais sont restés stationnaires, la population canadienne du comté s’est accrue de huit mille âmes en dix années,
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