‹ Vita novaChapitre 72 sur 77 · Vois ton cœur · texte numérisé non relu

Vois ton cœur

que c'était chose merveilleuse : et en ses paroles il disait maintes choses, que je ne comprenais pas, sauf quelquesunes ; parmi lesquelles je comprenais celles-ci : « Ego dominiis tiius. » Dans ses bras il me semblait voir dormir une personne, qui était nue, sauf qu'elle me semblait enveloppée en un drap d'un rouge pâle ; et moi, la regardant très attentivement, je connus que c'était la Dame du salut, celle qui m'avait, le jour d'avant, daigné saluer. Et il me semblait qu'en une de ses mains, le Seigneur tenait une chose qui brûlait toute ; et il me semblait qu'il me disait ces paroles : « Vide cor tiiiiin ». Et quand il était demeuré quelque temps, il me semblait qu'il réveillait celle qui dormait ; et tant il s'efforçait par son esprit, qu'il lui faisait manger cette chose qui brûlait en sa main, et qu'elle mangeait avec crainte. Après cela, sa joie ne tardait pas à se changer en pleurs très amers : et, pleurant ainsi, il resserrait ' cette Dame dans ses bras, et avec elle il me semblait qu'il s'en allait vers le ciel : d'où j'endurais si grande angoisse, que mon débile sommeil ne la put soutenir, mais se rompit, et je fus éveillé. Et incontinent je commençai à penser : et je trouvai que l'heure en laquelle cette vision m'était apparue avait été

I. F. Flamini trouve que ce mot rend mal l'italien : ricoglicre. Je le sais bien ; mais c'est le seul mot qui en approche. En français recueillir a un sens tout différent. Ramasser n'est pas acceptable, ni aucun autre que je sache ; tandis que nos mots serrer et resserrer ont facilement le sens de prendre et garder avec soin.

erano fiimosi trowitorî in quello tempo : e con ciô fosse cosa che io avesse già veduto per me medcsimo 1' arte del dire parole per rima, propuosi di fare uno sonetto, ne lo quale io salutasse tutti li fedeli d'Amore ; e pregandoli che giudicassero la mia visione, scrissi a loro ciô che io avea nel mio sonno veduto. E cominciai allora questo sonetto, lo quale comincia : A ciascun aliuapresa.

A ciascun' aima presa e gentil core nel cui cospetto ven lo dir présente, in ciô che mi rescrivan suo parvente, salute in lor segnor, cioè Amore.

Già eran quasi che aterzate l'ore del tempo che ouue Stella n'è lucente, quando m'apparve Amor subitameute, cui essenza membrar mi dà orrore.

Allegro mi sembrava Amortenendo meo core in mano, e ne le braccia avea madonna involta in un drappo dormeudo ;

poi la s%egliava, e d'esto core ardendo lei paventosa umilmente pascea :

appresso gir lo ne vedea piangendo.

Questo sonetto si divide in due parti ; che ne la prima parte saluto e domando risponsione, ne la seconda

la quatrième de la nuit : si bien qu'il appert manifestement que ce fut la première heure des neuf dernières heures de la nuit.

Pensant à cela qui m'était apparu, je résolus de le faire entendre à beaucoup de gens qui étaient de fameux trouvères en ce temps. Et, vu que j'avais déjà appris par moi-même l'art de dire des paroles par rime, je résolus de faire un sonnet, en lequel je saluerais tous les fidèles d'Amour ; et, les priant qu'ils jugeassent ma vision, je leur écrivis ce que j'avais vu dans mon sommeil ; et je commençai alors ce sonnet, lequel commence : A chaque âme éprise.

A chaque âme éprise et gentil cœur, aux yeux de qui viendra le présent dire, afin qu'ils m"en récrivent leur avis, salut en leur seigneur, et c'est-à dire Amour.

- Déjà étaient passées à peu près les trois heures du temps où toute étoile nous est brillante, quand m'apparut Amour subitement, dont l'être seul, à remembrer, me fait frémir.

Joyeux me semblait Amour, tenant mon cœur en la main, et, dans les bras il avait Madame, enveloppée en un drap et dormant ;

puis il la réveillait, et de ce cœur brûlant doucement la nourrissait eftVayée :

et puis je le voyais s'en aller en pleurant.

Ce sonnet se divise en deux parties : en la première partie, je salue, et demande réponse ; en la seconde, je

significo a che si dee rispondere. La seconda parte comincia quivi : Già cran.

A questo sonetto fue risposto da molti et di diverse sentenzie ; tra li quali fue risponditore quelli cui io chiamo primo de li mieiamici, e disse allora uno sonetto, lo quale comincia : Vedesii al iitio parère onne valorc. E questo fue quasi Io principio de l'amistà tra lui e me, quando elli seppe che io era quelli che li avea ciô mandato. Lo verace giudicio del detto sogno non fue veduto allora per alcuno, ma ora è manifestissimo a li più semplici.

DA questa visione innanzi cominciô lo mio spirito naturale ad essere impedito ne la sua operazione, perô che 1' anima era tutta data nel pensare di questa gentilissima ; onde io divenni in picciolo tempo poi di si fraile e debole condizione, che a molti amici pesava de la mia vista ; e molti pieni d'invidia già si procacciavano di sapere di me quello che io volea del tutto celare ad altrui. Ed io, accorgendomi del malvagio domandare che mi faceano, per la volontade d'Amore, lo quale mi comandava secondo lo consiglio de la ragione, rispondea loro che Amore era quelli che cosi m'avea governato. Dicea d'Amore, pero che io portava nel viso tante

fais savoir à quoi l'on doit répondre. La seconde partie commence là : Déjà étaient.

A ce sonnet il fut répondu par bien des gens et de divers sentiments ; et parmi les répondeurs fut celui-là que je nomme premier de mes amis. Et il dit alors un sonnet, lequel commence : Vedesti al inio parère onne valore. Et ceci fut comme le principe de l'amitié entre lui et moi, quand il sut que j'étais celui qui lui avait envoyé cela. La vraie intelligence dudit songe ne fut alors aperçue par personne : mais maintenant elle est très manifeste aux plus simples.

EPUis cette vision, mon Esprit naturel commença à être empêché en son opération, pour ce que l'âme était toute donnée en le penser de cette Très Gentille ; d'où je devins ensuite, en peu de temps, de si frêle et débile condition, qu'à maints amis je faisais peine à voir ; et maintes gens, pleins de malice s'efforçaient dès lors de savoir de moi cela qu'absolument je voulais cacher à autrui. Et, m'apercevant de la malice des questions qu'ils me faisaient, moi, par la volonté d'Amour, lequel me commandait selon le conseil de la raison, je leur répondais qu'Amour était celui qui m'avait ainsi gouverné. Je disais « Amour », parce que je portais

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de le sue insegne, che questo non si potea ricovrire. E quando mi domandavano : « Per cui t'ha cosi distrutto questo Amore ? », ed io sorridendo li guardava, e

iiulla dicea loro.

UNO giorno aven ne che questa gentilissima sedea in parte ove s'udiano parole de la regina de la gloria, ed io era in luogo dal quale vedea la mia beatitudine : e nel mezzo di lei e di me per la retta linea sedea una gentile donna di molto piacevole aspetto, la quale mi mirava spesse volte, maravigliandosi del mio sguardare, che parea che sopra lei terminasse. Onde molti s'accorsero de Io suo mirare, ed in tanto vi fue posto mente, che, partendomida questo luogo, mi sentio dicere appresso di me : « Vedi come cotale donna distrugge la persona di costui » ; e nominandola, eo intesi che dicea di colei che mezzo era stata ne la linea retta che movea de la gentilissima Béatrice e terminava ne li occhi miei. Allora mi confortai molto, assicurandomi che Io mio secreto non era comunicato Io giorno altrui per mia vista. E mantenente pensai di fare di questa gentile donna schermo de la veritade ; e tanto ne mostrai in poco di tempo, che Io mio secreto fue creduto sapere da le più persone che di me ragionavano. Con questa

au visage assez de ses enseignes pour que cela ne se pût dissimuler. Et quand ils me demandaient : « Par qui t'a ainsi détruit cet Amour ?» — moi, — et en souriant les regardais, et rien ne leur disais.

UN jour advint que cette Très Gentille était assise en un lieu où l'ou écoutait des paroles sur la Reine de la gloire ; et j'étais en une place d'où je voyais ma béatitude ; et au milieu, entre elle et moi en ligne droite, était assise une gentille dame, de fort plaisant aspect, laquelle me regardait souventes fois, s'étonnant de mes yeux fixes, qui semblaient s'arrêter sur elle. D'où vint que plusieurs s'aperçurent qu'elle me regardait, et tant on y prit attention, qu'en m'éloignantde ce lieu, j'entendis dire derrière moi : « Vois comme telle dame ravage la personne de celui-ci. » — Et quand on la nomma, j'entendis qu'on parlait de celle qui s'était trouvée au milieu en la ligne droite qui partait de la très gentille Béatrice et finissait en mes yeux. Alors je me réconfortai beaucoup, m'assurant que mon secret ne s'était ce jour-là découvert à personne par mes regards. Et incontinent je pensai à faire de cette gentille dame un rempart pour la vérité ; et j'en fis tant paraître en peu de temps, que la plupart des gens qui parlaient de moi, pensaient savoir mon secret.

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donna mi celai alquanti anni e mesi ; e per più fare credente altrui, feci per lei certe cosette per rima, le quali non è mio intendmiento di scrivere qui, se non in quanto facesse a tratttare di quella gentilissima Béatrice ; e perô le lascerô tutte, salve che alcuna cosa scrivero che pare che sia loda di lei.

Dico che in questo tempo che questà donna era schermo di tanto amore, quanto da la mia parte, si mi venne una volontade di volere ricordare lo nome di quella gentilissima ed acompagnarlo di molti nomi di donne, e spezialmente del nome di questa gentile donna. E presi li nomi di sessanta le più belle donne de la cittade ove la mia donna fue posta de Taltissimo sire, e compuosi una pistola sotto forma di serventese, la quale io non scrivero : e non n'avrei fatto menzione, se non per dire quello che, componendola, maravigliosamente adivenne, cioè che in alcuno altro numéro non sofferse lo nome de la mia donna stare, se non in su lo nove, tra li nomi di queste donne.

Grâce à cette dame, je me cachai quelques années et mois ; et, pour en faire plus accroire aux gens, je fis pour elle certaines petites choses par rime, qu'il n'est pas mon intention d'écrire ici, sinon en ce qui pourrait avoir trait à cette très gentille Béatrice ; et donc je les laisserai toutes, sauf que j'en écrirai certaines choses qui semblent être à la louange d'elle.

JE dis que dans ce temps où cette dame était le rempart d'un si grand amour (en ce qui me touchait), il me vint une volonté de rappeler le nom de cette Très Gentille et de l'accompagner de plusieurs noms de dames, et en particulier du nom de cette autre gentille dame. Et, a3'ant pris les noms des soixante dames les plus belles de la ville où ma Dame fut placée par le Très-Haut-Seigneur, je composai une lettre sous forme de servcvlois, que je n'écrirai pas ici : et je n'en eusse pas fait mention, si ce n'eût été pour dire ce qui en la composant m'arriva par merveille : c'est qu'en aucune autre place ne souffrit de rester le nom de ma Dame qu'en la neuvième, parmi les noms de ces dames.

LA donna co la quale io avea tanto tempo celata la mia volontade, convenne che si partisse de la sopradetta cittade e andasse in paese molto lontano : per che io quasi sbigottito de la bella difesa che m'era venuta meno, assai me ne disconfortai, più che io medesimo non avrei creduto dinanzi. E pensando che se de la sua partita io non parlasse alquanto dolorosamente, le persone sarebbero accorte più tosto de Io mio nascondere, propuosi di farne alcuna lamentanza in uno sonetto, Io quale io scriverô, accio che la mia donna fue immediata cagione di certe parole che ne Io sonetto sono, si come appare a chi Io intende. E allora dissi questo sonetto, che comincia : 0 roi che per Ja via.

O voi che per la vin d'amor passate, attendete e guardate

s'elli è dolore alcun, quanto 'I mio, grave ; e prego sol ch'audir mi soffcriate, e poi imaginate s' io son d' ogni tormento ostale c cbiave.

Amor, non già per mia poca bontate, ma per sua nobiltate, mi pose in vita si dolce e soave, ch'io mi sentia dir dietro spesse fiate : « Deo, per quai dignitate cosi Icggiadro questi Io cor ave ? »

LA dame, grâce à laquelle j'avais si longtemps caché ma volonté, dut s'éloigner de la susdite ville et aller en pays très lointain : c'est pourquoi, presque effrayé de voir qu'une si belle défense me faisait défaut, très fort m'en désolai, plus que moi-même je ne l'aurais cru auparavant. Et pensant que si de son départ je n'avais pas parlé un peu douloureusement, les gens se seraient plus tôt avisés de ma feinte, je me proposai d'en faire quelque lamentation, en un sonnet que j'écrirai ici ; ma Dame en eifet fut l'occasion immédiate de certaines paroles qui sont dans le sonnet, comme il appert à qui le comprend. Et alors je dis ce sonnet qui commence : 0 vous qui par la voie.

O vous qui par la voie d'Amour passez, arrêtez-vous et regardez

s'il est douleur aucune lourde autant que la mienne: et vous prie seulement que m'ouïr souffriez ; et puis figurez-vous si je suis, de tous les tourments, demeure et clef.

Amour, non certes pour le peu qu'ai de bonté, mais par sa noblesse, m'a mis en une vie si douce et si suave, que je m'entendais dire derrière moi maintes fois : « Dieu ! pour quel mérite a celui-ci le cœur si joli ? »

Or ho perduta tutta mia baldanza, che si movea d'amoroso tcsoro ; ond' io pover dinioro, in guisa che di dir mi ven dottanza.

Si che volendo far corne coloro che per vergogna ctlan lor mancanza, di fuor mostro allcgranza, e dentro dallo core struggo e ploro.

Questo sonetto ha due parti principali ; che ne la prima intendo chiamare H fideli d'Amore per quelle parole di Geremia proféra che dicono : 0 vos omnes qui transilis per viatii, attendite et videte si est doîor sicnt dolor mens % e pregare che mi sofferino d'audire ; nella seconda narro là ove Amore m'avea posto, con altro intendimento che l'estreme parti del sonetto non mostrano, e dico che io hoe ciô perduto. La seconda parte comincia quivi : Amor, non già.

AppRESso lo partire di questa gentile donna fue piacere del segnore de li angeli di chiamare a la sua gloria una donna giovane e di gentile aspetto molto, la quale fue assai graziosa in questa sopradetta cittade ; lo

I. O vous tous qui passez par le chemin, arrêtez-vous et voyez s'il est une douleur comme ma douleur. Lutnentations, 1, 12.

Or j'ai perdu toute ma gaité.

qui venait d'amoureux trésor ; d'où pauvre je demeure, en guise telle qu'à parler me vient doutance.

Aussi voulant faire comme ceux-là qui par vergogne ont caché leur faiblesse, ■ au dehors je montre allégresse et au dedans du cœur je me consume et pleure.

Ce sonnet a deux parties principales : car en la première j'entends appeler les fidèles d'Amour par ces paroles de Jérémie prophète qui disent : 0 vos omnes qui transitis per viam, attendite et videte, si est dolor sicut dolor meus ; et les prier qu'ils souffrent m'écouter ; en la seconde je narre où Amour m'avait placé, mais en un autre sens que ne le font entendre les deux extrémités du sonnet ; et je dis ce que j'ai perdu. La seconde partie commence là : Amour non certes.

APRÈS le départ de cette gentille dame, il plut au Seigneur des Anges d'appeler à sa gloire une dame jeune et de très gentil aspect, laquelle avait été fort en grâce dans cette susdite ville ; et je vis son corps gisant sans âme, au milieu de nombreuses dames qui pleuraient très piteusement. Alors me souvenant que je l'avais jadis vue faire compagnie à cette Très Gentille, je

cui corpo io vidi giacere sanza l'anima in mezzo di moite donne, le quali piangeano assai pietosamente. Allora ricordandomi che già l'avea veduta fare compagnia a quella gentilissima, non poteo sostenere alquante lagrime ; anzi piangendo mi propuosi di dicere alquante parole de la sua morte in guiderdone di ci6 che alcuna fiata r avea veduta con la mia donna. E di ciô toccai alcuna cosa ne l' ultima parte de le parole che io ne dissi, si come appare manifestamente a chi Io intende. E dissi allora questi due sonetti, li quali comincia Io primo : Piangete, auianti, e Io secondo : Morte villana.

Piangete, amanti, poi che piange Amore, udendo quai cagion lui fa plorare.

Amor sente a pietà donne chiamare, mostrando amaro duol per li occhi fore,

perché villana morte in gentil core ha miso il suo crudele adoperare, guastando ciô che al mondo è da laudare in gentil donna sovra de 1' onore.

Audite quanto Amor le fece orranza, ch' io '1 vidi lamentare in forma vera sovra la morta imagine avenente ;

e riguardava ver Io ciel sovente, ovc r aima gentil già locata era, che donna fu di si gaia sembianza.

Questo primo sonetto si divide in tre parti : ne la prima chiamo e sollicito li fedeli d'Amore a piangere e dico che Io segnore loro piange, e dico « udendo la

ne pus retenir quelques larmes ; et même, pleurant, je me proposai de dire quelques paroles de sa mort, en récompense de ce que parfois je l'avais vue avec ma Dame. Et de ceci je touchai quelque chose en la dernière partie des paroles que j'en dis, comme il paraît clairement à qui les comprend : et je dis alors ces deux sonnets, desquels commence le premier : Pleure^, amants, et le second : Mort vilaine.

Pleurez, amants, puisque pleure Amour, en apprenant quelle cause le fait pleurer. Amour entend clamer dames à grand pitié, montrant deuil amer au dehors par les yeux,

parce que la vilaine mort en gentil cœur a mis son œuvre cruel, gâtant ce qui au monde est à louer en gentille dame, outre Fhonneur.

Ecoutez comme Amour lui fit hommage :

car je l'ai vu gémir, en ses traits véritables, sur l'aimable figure morte ;

et il regardait vers le ciel souvent où l'âme gentille déjà était placée de celle qui fut dame de si gaie semblance.

Ce premier sonnet se divise en trois parties : en la première j'appelle et sollicite les fidèles d'Amour à pleurer, et je dis que leur seigneur pleure ; et je dis « en appre-

cagione per che piange », acciô che s'acconcino più ad ascoltarmi ; ne la seconda narro la cagione ; ne la terza parlo d'alcuno onore che Amore ïece a questa donna. La seconda parte comincia quivi : Arnor sente ; la terza quivi : Allaite.

Morte villaua, di pictà nemica, di dolor madré antica, giudicio incontastabile gravoso, poi che liai data matera al cor doglioso, ond' io vado pensoso, di te blasmar la lingua s' afFatica.

E s' io di grazia ti voi far meudica, convenesi ch' eo dica Io tuo fallard'omii torto tortoso, non perô ch' a la gente sia nascoso, ma per farne cruccioso chi d'amer per innanzi si notrica.

Dal secolo liai partita cortesia e cio ch' è in donna da pregiar vertute : in gaia gioventute distrutta hai 1' amorosa leggiadria.

Più non voi discovrir quai donna sia che per le proprietà sue cauosciute.

Chi non nierta salute non speri mai d' aver sua compagnia.

Questo sonetto si divide in quattro parti : ne la prima parte chiamo la Morte per certi suoi nomi propri ; ne la seconda, parlando a lei, dico la cagione per che io mi muovo a blasimarla ; ne la terza la vitupero ; ne la quarta mi volgo a parlare a indiffinita persona, avegna

nant la cause pourquoi il pleure », afin qu'ils se disposent mieux à m'écouter ; en la seconde je narre cette cause ; en la troisième, je parle de certain hommage qu'Amour fit à cette dame. La seconde partie commence là : Amour entend ; la troisième là : Ecouie:^^.

Mort vilaine, de pitié ennemie, antique mère de douleur, jugement sans rémission, lourd, puisque tu donnas cause à mon cœur affligé dont je dois m'en aller pensif, à te blâmer ma langue prend eftort.

Et si de toute grâce je veux te faire pauvre, il convient que je dise ta faute, de tous les torts chargée :

non pourtant que les gens l'ignorent.

mais pour en faire affliger qui d'Amour désormais se nourrit.

De ce siècle tu as séparé courtoisie, et ce qui est vertu à priser en la dame : en une gaie jeunesse tu as détruit la grâce amoureuse.

Je ne veux découvrir quelle dame c'est là. sinon par ses qualités connues.

Qui ne méritele salut ne puisse onc espérer avoir sa compagnie.

Ce sonnet se divise en quatre parties : en la première j'appelle la Mort de certains noms qui lui sont propres ; en la seconde, parlant à elle, je dis la raison pour laquelle je m'efî"orce à la blâmer ; en la troisième je la vitupère ; en la quatrième je m'adresse à une per-

che quanto a lo mio intendimento sia diffinita. La seconda comincia quivi : poi che bai data ; la terza quivi : E s' io di gra::^id ; la quarta quivi : Cbi non vicria sainte.

AppRESSO la morte di questa donna alquanti die avenne cosa per la quale me convenne partire de la sopradetta cittade ed ire verso quelle parti dov' era la gentile donna ch'era stata mia difesa, avegna che non tanto fosse lontano lo termine de lo mio andare, quanto ella era. E tutto ch' io fosse a la compagnia di molti, quanto a la vista l'andare mi dispiacea si, che quasi li sospiri non poteano disfogare l'angoscia che lo cuore sentia, perô ch' io mi dilungava da la mia beatitudine. E perô lo dolcissimo segnore, lo quale mi segnoreggiava per la vertu de la gentilissima donna, ne la mia imaginazione apparve come peregrino leggeramente vestito e di vili drappi. EUi mi parea disbigottito, e guardava la terra, salvo che talora li suoi occhi mi parea che si volgessero ad uno hume bello e corrente e chiarissimo, lo quale sen gia lungo questo cammino là ov' io era. A me parve che Amore mi chiamasse e dicessemi queste parole : « lo vegno da quella donna la quale è stata tua lunga difesa, e so che lo suo rivenire non

sonne indéterminée, bien que, quant à mon sentiment, elle soit bien déterminée. La seconde commence là ; puisque ta donnas ; la troisième là. Et si de toute grâce ; la quatrième là : Qui ne mérite Je salut.

QUELQUES jours après la mort de cette dame, il arriva une chose, par laquelle il me fallut partir de la susdite ville, et aller vers ce pays, où était la gentille dame qui avait été ma défense, encore que le terme de ma route ne fût pas aussi éloigné que le lieu où elle était. Et quoique je fusse en la compagnie de plusieurs, la route me déplaisait si fort, à en croire mon aspect, que mes soupirs pouvaient à peine dissiper l'angoisse que mon cœur ressentait, parce que je m'éloignais de ma béatitude. Et donc le très doux Seigneur qui me gouvernait par la vertu de la très gentille Dame, apparut en mon imagination, comme un pèlerin légèrement vêtu et de draps grossiers. Il me paraissait tout abattu, et regardait la terre, sauf que parfois il me semblait que ses yeux se tournaient vers un fleuve beau et courant et très clair, qui s'en allait le long de ce chemin où j'étais. Il me parut qu'Amour m'appelait et me disait ces paroles : « Je viens de cette dame, qui a été longtemps ta défense, et je sais que son retour ne sera pas avant

sarà a grnn tempi ; e perô quello cuore che io ti facea avère a lei, io Tho meco, e portolo a donna^ la quale sarà tua difensione, corne questa era ». H nominôlami per nome, si che io la conobbi bene. « Ma tuttavia, di queste parole ch' io t' ho ragionate se alcuna cosa ne dicessi, dille nel modo che per loro non si discernesse Io simulato amore che tu hai mostrato a questa e che ti converrà mostrare ad altri ». E dette queste parole, dispar/e questa mia imaginazione tutta subitamente per la grandissima parte che mi parve che Amore mi desse di se ; e, quasi camhiato ne la vista mia, cavalcai quel giorno pensoso molto ed acompagnato da molti sospiri. Appresso Io giorno cominciai di ciô questo sonetto, Io quale comincia : Cavalcanâo.

Cavalcando 1' altr' ier per un cammino, pensoso de 1' andar che mi sgradia, trovai Amore in mezzo de la via in abito leggier di peregrino.

Ne la sembianza mi parea meschino, come^avesse perduta seguoria ; e sospiraudo pensoso venia, per non veder la gente, a capo chino.

Quando mi vide, mi chiamô per nome, e disse : « Io vegno di lontana parte, ov' era Io tuo cor per mio volere ; e recolo a servir novo piacere ».

Allora prcsi di lui si gran parte, ch' elli disparve, e non m' accorsi come.

un long temps ; et donc, ce cœur, que je te faisais tenir vers elle, je l'ai avec moi et je le porte à une dame, qui sera ta défense comme était celle-là ; » (et il me la nomma par son nom, en sorte que je la connus bien) ; « mais toutefois, de ces paroles que je t'ai dites si tu répétais quelque chose, dis-les de telle façon que par elles ne se découvre pas l'amour simulé que tu as fait paraître à cette dame, et qu'il te faudra faire paraître à une autre. » — Et, dites ces paroles, toute cette mienne imagination disparut subitement, par la très grande part qu'il me sembla qu'Amour me donnait de lui-même ; et, comme changé en mon aspect^ je chevauchai ce jour-là fort pensif, et accompagné de maints soupirs. Après ce jour je commençai à ce sujet ce sonnet, lequel commence : Chevauchant .

Chevauchant l'autre hier par un chemin, soucieux de la course, qui me déplaisait, je trouvai Amour au milieu de la route en habit léger de pèlerin.

En sa semblance il me paraissait pauvre, comme s'il eut perdu la seigneurie ; et soupirant, pensif, il venait la tête basse, pour ne pas voir les gens.

Quand il me vit, m'appela par mon nom, et dit : « Je viens de lointaine contrée, où était ton cœur par ma volonté ; et je le porte à servir nouvelle beauté. » Alors je pris de lui si grande part, qu'il disparut, et je ne sus comment.

Questo sonetto ha tre parti : ne la prima parte dico si com' io trovai Amore, e quale mi parea ; ne la seconda dico quello ch' elli mi disse, avegna che non compiutamente, per tema ch' avea di discovrire lo mio secreto ; ne la terza dico com' elli mi disparve. La seconda comincia quivi : Oiiando mi vcde : la terza : AJlora prcsi.

APPRESSO la mia ritornata mi misi a cercare di questa donna che lo mio segnore m' avea nominata ne lo cammino de li sospiri ; e acciô che lo mio parlare sia più brieve, dico che in poco tempo la feci mia difesa tanto, che troppa gente ne ragionava oltre li termini de la cortesia ; onde moite fiate mi pesava duramente. E per questa cagione, cioè di questa soverchievole voce che parea che m'infamasse viziosamente, quella gentilissima, la quale fue distruggitrice di tutti li vizi e regina de le virtudi, passando per alcuna parte, mi negô lo suo dolcissimo salutare, ne lo quale stava tutta la mia beatitudine. Ed uscendo alquanto del proposito présente, voglio dare a intendere quello che lo suo salutare in me virtuosamente opéra va.

Ce sonnet a trois parties ; en la première partie je dis comment je trouvai Amour, et quel il me sembla ; en la seconde je dis ce qu'il me dit, quoique non complètement, par la crainte que j'avais de découvrir mon secret ; en la troisième je dis comment il disparut à mes yeux. La seconde commence là : Quand il me vit ; la troisième : Alors je pris.

APRÈ;s mon retour, je me mis à chercher cette dame, que mon Seigneur m'avait nommée en le chemin des soupirs ; et afin que mon discours soit plus bref, je dis qu'en peu de temps je fis d'elle ma défense, tellement que trop de gens en parlaient outre les bornes de la courtoisie ; ce qui maintes fois me pesait durement. Et pour cette raison, à savoir ces propos exagérés qui semblaient m'accuser de vice, cette Très Gentille, qui fut destructrice de tous les vices et reine des vertus, passant par un certain lieu, me refusa son très doux salut, en lequel était toute ma béatitude. Et, sortant un peu de mon propos présent, je veux donner à entendre quel effet et quelle vertu avait en moi son salut.

Dico che quando ella apparia da parte alcuna, per la speranza de la mirabile salute nullo nemico mi rimanea, anzi mi giugnea una fiamma di caritade, la quale mi facea perdonare a chiunque m'avesse offeso : e chi allora m'avesse domandato di cosa alcuna, la mia risponsione sarebbe stata solamente « Amore », con viso vestito d'umilitade. E quando ella fosse alquanto propinqua al salutare, uno spirito d'amore, distruggendo tutti li altri spiriti sensitivi, pingea fori li deboletti spiriti del viso, e dicea loro : « Andate a onorare la donna vostra » ; ed elli si rimanea nel luogo loro. E chi avesse voluto conoscere Amore, fare lo potea, mirando lo tremare de li occhi miei. E quando questa gentilissima salute salutava, non che Amore fosse tal mezzo che potesse obumbrare a me la intollerabile beatitudine, ma elli quasi per soverchio di dolcezza divenia taie, che lo mio corpo, lo quale era tutto allora sotto lo suo reggimento, moite volte si movea come cosa grave inanimata. Si 'ihe appare manifestamente che ne le sue salute abitava la mia beatitudine, la quale moite volte passava c redundava la mia capacitade.

JE dis que quand elle apparaissait de quelque côté, par l'espérance de l'admirable salut, nul ennemi ne me restait plus, mais il me venait une flamme de charité, qui me faisait pardonner à quiconque m'aurait offensé ; et à qui m'aurait alors demandé une chose, ma réponse aurait été seulement : « Amour «, avec un visage vêtu d'humilité. Et quand elle était un peu plus près du moment de saluer, un Esprit d'amour, détruisant tous les autres Esprits sensitifs, poussait dehors les faibles Esprits de la vue, et leur disait : « Allez honorez votre Dame » ; — et il restait en leur place. Et qui aurait voulu connaître Amour, le pouvait faire en contemplant le tremblement de mes yeux. Et quand cette gentille Dame de Salut saluait, non seulement Amour n'était pas obstacle qui pût voiler pour moi l'intolérable béatitude, mais lui-même, comme par surcroît de douceur, devenait tel, que mon corps, qui alors était tout entier sous sa puissance, se mouvait maintes fois comme chose pesante inanimée. Si bien qu'il appert manifestement qu'en ses saints résidait ma béatitude, laquelle maintes fois passait et débordait ma force.

ORA, tornando al proposito, dico che poi che la mia beatitudine mi fue negata, mi giunse tanto dolore, che, partito me da le genti, in solinga parte andai a bagnare la terra d'amarissime lagrime ; e poi che alquanto mi fue sollenato questo lagrimare, misimi ne la mia caméra, là ov' io potea lamentarmi sanza essere udito. E quivi chiamando misericordia a la donna de la cortesia, e dicendo « Amore, aiuta Io tuo fedele », m'addormentai come uno pargoletto battuto lagrimando. Avenne quasi nel mezzo de Io mio dormire che me parve vedere ne la mia caméra lungo me sedere uno giovane vestito di bianchissime vestimenta, e, pensando molto quanto a la vista sua, mi riguardava là ov' io giacea ; e quando m'avea guardato alquanto, pareami che sospirando mi chiamasse, e diceami questc parole : « Fili mi, tempus est ut pretermictantur simulacra nostra » '. AUora mi parea che io Io conoscesse, perô che mi chiamava cosi come assai flate ne li miei sonni m avea già chiamato ; e riguardandolo, parvemi che piangesse pietosamente, e parea che attendesse da me alcuna parola ; ond' io, assicurandomi, cominciai a parlare cosi

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