LA VOCATION D'ÉZÉCHIEL
… Comme j'étais parmi les déportés près du fleuve
Kebar, les cieux s’ouvrirent et j'eus des visions
divines. Le cinquième jour du mois, — c'était la cinquième année de la déportation du roi Jéhojakin, — la parole de l'Eternel fut adressée à
Ezéchiel, fils de Buzi, le prêtre, dans le pays des Chaldéens, près du fleuve Kebar, et c'est là que la main de l'Eternel fut sur lui.
LÉO ERA NC ee C'était une image de la gloire de l'Eternel. A cette vue, je tombai sur ma face, et j'entendis la voix de quelqu'un qui parlait. Il me dit: Fils d'homme, tiens-toi sur tes pieds et je te parlerai. Dès qu'il m’eut adressé ces mots, l'esprit entra dans moi et me fit tenir sur mes pieds; et j'entendis celui qui me parlait.
Il me dit: Fils d'homme, je t'envoie vers les enfants d'Israël, vers ces peuples rebelles, qui se sont révoltés contre moi; eux et leurs pères ont péché contre moi jusqu'au jour même où nous sommes. Ce sont des enfants à la face impudente et au cœur endurci; je t'envoie vers eux et tu leur diras: Aïnsi parle le Seigneur, l'Eternel! Qu'ils écoutent ou qu'ils n'écoutent pas, — car
d'homme, ne les crains pas... Ouvre ta ns h
et mange ce que je te donnerai.
en dehors: des ete des plaintes 4 gémissements y'étaient écrits. :
Il me dit: Fils d'homme, mange ce .
trouves, mange ce rouleau, et va, parle à la son d'Israël, J'ouvris la bouche et il me fit manger ce Ë leau.
Il me dit: Fils d'homme, nourris ton = remplis tes entrailles de ce rouleau que donne.
Je le mangeai, et il fut dans ma bouche comme du Eiel
soient une famille de rebelles.
… Et l'esprit m'enleva et m'emporta. J'
Tu écouteras la parole qui sortira de ma b et tu les avertiras Fe ma RE ë
F . mots d’ Rd bo sur cette série de uatre discours. En me faisant l’honneur de me les
qu demander, on a fait ressortir, à bon droit, le but
| didactique de cette étude. Je suis lom de me
plaindre ; il est, en effet, nécessaire de faire nneux » connaître, mieux comprendre, mieux apprécier | quelques- -uns de ces grands lutteurs qui sont les | serviteurs de Dieu sous l’Ancienne Alliance. Mais,
: É il est légitime de chercher à instruire et si quelque | enseignement positif doit, avec le secours de Dieu, ressortir de ces prédications, ce ne saurait en être le but unique. Il s’agit bien plus encore, il s’agit avant tout de parler au cœur et à la cons- cience, plus qu’à l’intelligence et à la compréhen- sion, par l'exemple de ces hommes que nous verroms vivre, penser, sentir, agir et souffrir devant
nous ; il faut que nous en retirions un fruit durable, il faut que cette contemplation constitue un avertissement salutaire, et nous demandons à Dieu de l’opérer par sa grâce toute-puissante.
Sans doute, toute prédication chrétienne devrait
NT pr nb
» avoir pour centre et pour but la personne même » de Jésus-Christ, et il peut sembler que ce soit être
figures de ue ihbortance. Mais ‘dans rable parabole des vignerons, Jésus nous a - le lien étroit qui unit les prophètes à sa propre |
mieux discerner la perfection dans la persor Sauveur.
nodret ‘toutefois une objection bien nat qu'on pourrait nous faire entendre et don avons à tenir compte. Comment peut-il être
images accréditées ! Oh! la puissance de certains tours de langage ! Nous nous sommes accoutumés à voir dans un prophète essentiellement, si ce n’est exclusivement, un homme qui prédit, si bien que prophétie est devenu synonyme de prédiction.
Quand quelqu'un s’avise d'annoncer les événements futurs, on dit: C’est un prophète; et pour exprimer qu'on ne connait pas l’avenir, on dit: Je ne suis pas prophète.
Sans doute, certaines connaissances en ce qui concerne lavénir ont été nécessaires aux vrais prophètes de l'Ancien Testament et rentraient en quelque mesure dans leur tâche. Mais ce serait méconnaître leur rôle que de: s’imaginer qu’on pourrait le résumer dans quelques promesses ou menaces destinées à trouver, tôt ou tard, leur accomplissement. Sans doute, les prophètes étaient chargés de préparer l’avenir, et, pour le préparer, ils avaient à en parler: lesprit de Dieu devait diriger, éclairer leur esprit. Mais, s’ils avaient à s’occuper de l’avenir, — et je suis loin de le contester, — ils avaient tout’ aussi bien à réformer, à redresser le présent; à rappeler, à juger, à condamner le passé. Le passé et surtout le présent tiennent une place tout aussi considérable et même plus considérable que l'avenir dans l’activité des prophètes. Si nous pouvons parler de leur vocation en la comparant à la nôtre, c’est qu'ils étaient avant tout
milieu de leurs contemporains, générations ingra et dévoyées, et ceci n’est-il pas un exemple pc nous? S'ils ont entendu la voix divine leur di
même ordre?
Le prophète que nous avons à étudier plus HER on hui, Ezéchiel, appartient à à
avons à aller non pas à Jérusalem, mais bien 1 sur la terre d’exil; ce n’est pas en Judée, ce n’e
dressé sur la montagne sacrée; non, c’est en pl Babylonie, au sein d’une colonie de Juifs dép
se passait dans la patrie lointaine.
“La déportation ! l'exil! Cela, pour Ezéchiel,.
, il avait participé au culte de Jéhova. Mainte- Fa
transporté sur une rive étrangère, il était
+ réduit à Pinaction. Il ne lavait ni cherchée ni
lue, mais il y était contraint. Sans doute, aussi
gtemps qu'il avait été à Jérusalem, tant qu'il n ” Je fidèlement les devoirs de son office,
ou rien à faire, il était inoccupé; cette oisiveté pesait, et pourtant comment en sortir? Il lui interdit de songer à élever un nouveau sanc-
des victimes impures aussi, lui serait apparue
nme un pre Le un sacrilège: :
que nous pouvons en dire, c’est qu'Ezé-
1 fut tellement frappé par cette révélation de : majesté du Très-Haut que tout son être en fut uleversé. Et ce n’est pas à Jérusalem, la terre
étrangère, la terre de l’exil, de l’esclavage, que Jéhova lui apparaît. L’Eternel était donc aussi bien là que dans la patrie et il pouvait tout aussi bien se susciter un messager là, parmi les exilés, que sur le sol de la promesse. Tel fut le premier étonne ment d’'Ezéchiel. Saisi, épouvanté, il tombe, il se prosterne, mais ce n’est pas là ce qu’il faut au Frès- Haut ; Dieu ne veut pas à son service des machines qui agissent d’une manière inconsciente. Une voix qui le transperce, pour ainsi dire, lui crie : Redressetoi, relève-toi et alors je te parlerai. Voilà ce qu'il entend. La voix lui ordonne de se mettre debout, et, lorsqu'il a repris possession de son être, comprenant les paroles qui lui sont adressées, il se rend compte de sa vocation. L’Eternel lui dit d’aller non pas là-bas, au loin, en Judée, mais ici, tout près, dans son entourage immédiat, à Tel-Abib; il doit être le messager de la vérité divine, celui qui réprimande et encourage. Dieu donne à Ezéchiel le gage et l'assurance que ce qu’il sera appelé à pro= férer, ce ne seront plus ses propres paroles, mais celles que Dieu lui mettra dans la bouche. Ce message, il se l’assimile par un acte symbolique, il en fait sa nourriture. La parole de son Dieu devient chair de sa chair et os de ses os; et, chose surprenante, tandis qu’il est question de plaintes et de doléances, tandis qu’il s’agit d’une situation triste et affligeante, Ezéchiel éprouve une douceur sans
égale par le seul fait qu’il s’unit à son Dieu et qu'il devient le porteur de son message. Oh! ce contraste entre le côté douloureux et le côté joyeux de la vocation que Dieu nous adresse! Je peux dire “« nous », car la vocation des chrétiens ne diffère pas sensiblement de celle des prophètes de lAncienne Alliance. Oui, il y a un côté douloureux sur lequel nous n'avons pas le droit de fermer les yeux et les oreilles, pour ne pas voir et ne pas entendre; nous sommes obligés de les ouvrir pour apercevoir le mal autour de nous et en nous. Et s’il n’y avait pas là pour nous un sujet trop évident d’afliction, d’humiliation, de repentir ; si ce n’était pas là une réalité brutale, c’est que nous n’aurions pas compris le message d’En haut. Mais nous ne l’aurions pas davantage compris, si nous croyions qu'il n’y a que ce côté triste, ce côté de condamnation ; il y a une autre face, une face glorieuse : celle de la promesse, de la consolation.’ C’est en unissant. ces deux faces que le prophète est appelé à la fois à pleurer et à pousser des cris de joie, et c’est dans ces sentiments qu’il entreprend d'accomplir sa tâche; mais cette entrée ne s'effectue pas aisément et comme de plam-pied; il faut une lutte, il faut des efforts. Voilà ce qu’il y a de profondément humain dans le caractère de ces prophètes de Ancienne Alliance ! voilà ce qui est bienfaisant! voilà ce qui doit nous stimuler ét nous montrer le chemin!