A MARIE IMMACULÉE
Jr^pOIGI les fêtes du cœur ; voici %WmÊ venir une nouvelle année avec
^** son gracieux cortège de félicitalions et de bons souhaits. Qu'il me soit permis de dire les vœux que je forme pour Dieu, pour l'Eglise, pour la patrie, pour nos familles canadiennes, pour mes amis.
Ces vœux, douce Reine du ciel, je les dépose entre vos mains virginales, et vous prie de les présenter à votre divin Fils, afin qu'il les exauce.
En tête de ces humbles pages que me dictent la foi, le patriotisme et l'amitié, j'écris votre nom, ô Marie, votre nom,
synonyme de puissance et de bonté.
Daignez les bénir; et, si elles apportent la consolation et l'espérance à quelques âmes, ô Mère ! c'est vous que je remercierai.
Louis des Lys.
Ql'KP.EC, LE 8 DÉCEMBRE 1882,
Fête de l'Immaculée Conception
de la sainte Vierge.
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Konne année à I>ieu
, mon Dieu, pour vous les ™*ÈÊh premiers et les plus ardents souhaits de mon âme ; car ne fautil pas vous parler de vous-même avant de vous prier pour les œuvres de vos mains ? Ne devons-nous pas songer à vos perfections et à votre gloire avant de nous occuper de ce que nous avons de plus cher ici-bas ?
Donc, bonne année à vous tout d'abord, Père et bienfaiteur universel ! Mais que souhaiter à l'auteur et à la source de tous les biens ? Manque-t-il quelque chose au souverain Maître du ciel et de la terre ? Vous êtes,
Seigneur, l'être dans sa plénitude : tout ce que notre intelligence peut concevoir de vrai, de beau, de bon, d'aimable, tout cela est en vous, et infiniment. Non seulement vous êtes saint, puissant, miséricordieux, sage et juste ; vous êtes la sainteté, la puissance, la miséricorde, la sagesse, la justice. Qu'y a-t-il en dehors de vous, sinon de pâles vestiges et d'imparfaites images de vos attributs divins ?
Vous êtes l'Immense, l'Immuable, l'Eternel. " Il n'y a pas de va-et-vient dans vos années ; celles qui arrivent ne chassent pas celles qui sont en marche, vos années se tiennent toutes ensemble. C'est un jour unique, un aujourd'hui sans hier et sans lendemain, et cet aujourd'hui c'est l'éternité " Au commencement, avant tout commencement, vous existiez jouissant d'une félicité sans bornes.
Vous avez créé le monde ; mais les merveilles que vous y avez répandues comme en vous jouant, ne vous ont pas appauvri. Sans cesse, vous pourriez tirer du néant d'autres univers, et vous ne seriez ni meilleur, ni plus riche, ni plus parfait. Nous, vos enfants, ô mon Dieu, nous acquérons ce que nous avons ; mais vous, vous n'acquérez rien. Tout ce qui est bon, vous l'avez nécessairement ; et, comme s'expriment vos docteurs, tout ce que vous avez, vous l'êtes. Vous ne tenez rien de personne ; tous les êtres dépendent de vous, mais vous ne dépendez d'aucun.
Encore une fois, mon Dieu, quels vœux pouvons-nous donc vous présenter ?
Mes amis et mes parents ont des besoins à satisfaire, et des désirs qui les tourmentent ; souvent hélas ! ils
voient s'évanouir leurs plus douces espérances ; leurs joies sont éphémères, et l'épreuve et le sacrifice attendent nécessairement leurs affections les plus légitimes et les plus tendres. Pour eux, il m'est permis de demander que leurs justes désirs soient comblés, que leurs jours de bonheur soient nombreux, et, s'ils doivent connaître l'angoisse et le deuil, qu'au moins ils sachent souffrir avec cette résignation généreuse qui rend nos larmes méritoires pour le ciel. Mais vous, Seigneur, vous ne désirez rien, puisque vous possédez tout ; vous ne craignez rien, puisque vous ne pouvez rien perdre. Votre béatitude est immuable, constante, infinie comme votre essence ; car votre béatitude c'est votre essence même.
Cependant, ô Maître et Docteur adoré, lorsque vous êtes apparu sur
notre pauvre terre, plein de grâce et de vérité, lorsque vous avez daigné prendre notre nature et converser avec les hommes, qu'avez- vous enseigné ? Votre Evangile me l'a appris. Vous avez dit à vos Apôtres que la prière, avant d'implorer votre Providence, votre grâce et votre miséricorde pour nous-mêmes, devait être un hymne de louange à votre gloire, un soupir, un vœu de notre âme pour l'auteur de toutes choses.
Demandez votre pain de chaque jour, je le veux, le pardon de vos offenses et la protection céleste au milieu de vos dangers ; mais, avant tout, souhaitez à votre Créateur et à votre Père que son royaume s'étende, que du levant au couchant son nom soit aimé, adoré, respecté ; que toute nature intelligente et libre s'incline devant ses augustes commandements. Lors-
que vous prierez, dites ainsi : " Notre Père, qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel. "
C'est la prière que je vous adresse, ô mon Dieu ; ces paroles tombées de vos lèvres, je m'en sers pour vous exprimer les vœux de ma reconnaissance et de mon amour.
Que votre nom soit sanctifié.
Il est saint, trois fois saint votre nom, et les anges en célèbrent les magnificences dans les splendeurs de la gloire éternelle ; il fait fléchir tout genou au ciel, sur la terre et dans les enfers. Cependant, disons-le avec tristesse : n'est-il pas souvent oublié, méconnu, insulté, blasphémé même par ces hommes que vous aimez tant ?
Ah ! puisse cette année nouvelle n'être partout consacrée qu'à l'exalter et à
le bénir ! Enfants, unissez vos voix pures à celles des séraphins ; vierges du Seigneur, ministres des autels* pauvres et riches, grands et petits, tous, louez l'adorable nom de votre Père.
" Dans le monde que vous avez fait, ô mon Dieu, que ce nom mille et mille fois sacré soit mis et maintenu à part ; qu'on lui garde, et avec une religion passionnée, avec une jalousie ardente et inexorable, toutes les excellences et toutes les primautés ; qu'il domine immuablement et d'une hauteur sans mesure, le nom de tous les autres êtres : noms d'hommes et même d'anges, noms de père et de mère, noms de frère et d'ami, et d'époux ; noms de maître et de seigneur ; noms de prince et de roi ; noms décernés par le respect, noms donnés par l'amour ; noms de gloire, noms de
puissance ; noms connus sur la terre, noms connus seulement dans les cieux... Que toute voix le chante ; qu'on le prie comme un nom miséricordieux et puissant ; qu'on y appuie ses espérances comme sur un fondement infaillible ; qu'on l'ouvre aussi et qu'on le fouille comme un inépuisable trésor de vérité, de grâce, de science, de sagesse, de consolation, de paix et de salut ; que pour lui l'on travaille, et, au besoin, l'on souffre et l'on meure ; que, comme il a ses témoins et ses apôtres, il ait aussi ses martyrs, et autant de fois qu'il le faudra. Enfin, qu'un cri immense et unanime, et fervent, et incessant sorte des entrailles du monde, et, emplissant tout l'univers, fasse jour et nuit monter jusqu'au trône de Dieu cet hommage qui n'est que la justice :
Qui est comme Dieu ? 0 mon Dieu !
qui vous ressemble ? Votre nom est saint ! Père, notre Père ! Que votre nom soit sanctifié. "
Que votre règne arrive.
Vous êtes roi, ô mon Dieu, et telle est votre puissance, que les plus grands monarques de la terre sont devant vous comme s'ils n'étaient pas. Vous régnez sur le monde et par droit de création, et par droit de conquête.
Oh ! qui dira jamais tout ce que cette conquête vojis a coûté d'angoisses, do souffrances et d'opprobres ?
La pauvreté, l'exil, l'ingratitude et le mépris, la trahison, l'agonie la plus terrible, les soufflets, la flagellation, la mort sur une croix, vous avez tout enduré, tout accepté de grand cœur afin d'établir sur nos pauvres âmes rebelles et coupables votre empire immortel.
Il y a près de dix-neuf siècles, ô divin Rédempteur, que vous avez accompli votre sacrifice, et que votre sang a été versé jusqu'à la dernière goutte. Sans doute, depuis lors, vous avez été et vous êtes encore beaucoup aimé. Chaque jour, ne sommes-nous pas témoins de miracles de désintéressement, de courage et d'abnégation qui démontrent votre souveraine puissance sur les cœurs ? Ne voyons-nous pas, chaque jour, se vérifier votre prophétie sublime: " Lorsque j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi ! " Mais votre règne est-il maintenant ce qu'il devrait être ? Oh !
non ; combien de peuples ignorent encore tout ce que vous avez fait pour eux ! Combien de millions d'hommes n'ont jamais entendu parler ni de vous, ni de votre Evangile, ni de votre croix, ni de votre Eucharistie !
Eh bien, pendant cette année qui s'ouvre aujourd'hui, dissipez par votre grâce les ombres de l'erreur ; ô Vérité, ô Lumière, ô Vie incréée, révélez -vous à tant d'intelligences qui languissent et se meurent loin de vous. Allez, intrépides et généreux missionnaires, allez, plus nombreux que jamais, annoncer aux nations infidèles la bonne nouvelle du salut. Faites luire bientôt, ô mon Dieu, ce beau jour où il n'y aura plus qu'un troupeau et qu'un pasteur.
Enfin, que votre volonté s'accomplisse.
Oui, partout et toujours ce que vous voulez, et de la manière dont vous le voulez. A vos lois, si bienfaisantes et si sages, obéissance et respect.
Soyez aimé par-dessus toutes choses, 6 le meilleur des maîtres ; que l'on se dépense et que l'on se sacrifie pour
votre gloire. Pécheurs, rentrez en vous-mêmes ; âmes tièdes, réchauffezvous ; justes, sanctifiez-vous encore davantage. " 0 terre, regarde le ciel, et efforce-toi de l'imiter."
Bonne année si l'Eglise
^^pPRÈS Dieu, l'Eglise qui est son ►^|P œuvre de prédilection, le premier objet de sa sollicitude et de son amour.
Bonne et heureuse année, ô sainte Eglise catholique !
Je ne vous souhaiterai point longue vie, vous êtes immortelle. Celui qui vous a fondée vous Ta dit, et ses paroles ne passent point : jamais les portes de l'enfer ne prévaudront contre vous.
Vos ennemis ont beau prophétiser votre ruine, vous les voyez tous disparaître les uns après les autres.
N'est-ce point vous qui fermez leurs cercueils, sans cesser de poursuivre avec calme et confiance votre œuvre divine d'enseignement, de sanctification et de charité ? Les siècles qui s'accumulent sur votre tête, ne vous enlèvent rien de la force, ni de la beauté de votre jeunesse. Autour de vous, les couronnes se brisent, les trônes s'écroulent, les plus puissants empires disparaissent, et rien ne vous ébranle sur ce roc où la main divine vous a placée. Il y a en vous quelque chose de l'immutabilité du Très-Haut.
Votre existence terrestre aura un terme, il est vrai ; mais alors ce sera la consommation des siècles ; le monde aura entendu sonner sa dernière heure, tout le plan divin sera réalisé et le nombre des élus sera complet.
Vous souhaiterai-je la vérité ? Mais vous en êtes ici-bas la dépositaire
et l'infaillible gardienne. En vous, il n'y a ni doute, ni hésitation, ni erreur : chacune de vos paroles est esprit et vie. Toute la doctrine qu'il faut croire, vous la possédez dans sa pureté et son intégrité. Vous êtes la voie que nous devons suivre ; quiconque ne vous suit pas marche dans les ténèbres. Toute science qui oserait vous contredire se condamnerait et se trahirait elle-même.
La sainteté, je ne vous la souhaite pas non plus : il n'y a pas de tache en vous, ô la bien-aimée du Sauveur! Vous êtes toute belle, toute pure, immaculée, ô Vierge-Mère !
Nous vous appelons la sainte Eglise, et qui oserait vous contester ce titre glorieux ?
Mais pourquoi cette tristesse et ces larmes ? pourquoi ces plaintes qui attendrissent mon âme ? * ' Vous
tous qui passez, jetez un regard de compassion sur moi ; est-il, je vous le demande, une douleur égale à ma douleur ? " Je le vois et je le sens, ô céleste ailligée, vos maux sont immenses ; impuissant à les soulager, je vous exprimerai du moins mes désirs, mes espérances et mes vœux.
Ce que je vous souhaite aujourd'hui, c'est la fin de cette cruelle passion que l'ingratitude des hommes vous fait subir ; c'est le triomphe promis et si ardemment désiré par tous vos enfants.
Depuis votre naissance, jamais vous n'avez cessé de porter la croix, ô vous, l'épouse d'un Dieu crucifié. Comme le Christ, vous avez eu, vous aurez toujours votre Grethsémani, votre prétoire, votre calvaire, et cela ne vous effraie point. Mais il est des heures où vos tribulations sont plus nom-
breuses et vos angoisses plus poignantes. Pourquoi ? C'est le secret de Dieu qui, sans doute, veut éprouver notre foi, faire resplendir avec plus d'éclat votre puissance et vos vertus, et fournir à vos fils l'occasion de généreux sacrifices et d'héroïques dévouements.
L'année qui commence vous trouve dans un de ces grands deuils. Combien, en effet, n'ont pas levé contre vous l'étendard de la révolte? combien ne vous ont pas reniée et trahie ?
Ils ont ravi à votre chef auguste ce royaume, don de la Providence et des siècles, patrimoine sacré nécessaire à son indépendance,et inviolable presque à l'égal d'un tabernacle. Un usurpateur règne à Rome ; et le lieutenant de Dieu coule maintenant ses jours dans la captivité.
Que vois-je encore ? Vos lois véné-
râbles méprisées, vos droits méconnus, vos monastères, en plusieurs lieux, violés et dévastés. L'enfance et la jeunesse auxquelles vos vierges et vos religieux consacrent leurs travaux et leur vie, on voudrait vous les ravir. N'avez-vous pas été chassée des écoles, en même temps que des mains sacrilèges en arrachaient la sainte image du Sauveur ? Les gouvernements,qui devraient vous défendre, vous abandonnent ou vous persécutent. Vos ennemis ont pour eux la force, la richesse, l'audace, la ruse ; avec quel acharnement et quelle diabolique constance ne travaillentils pas contre vous, au grand jour et dans les ténèbres ? Vraiment, ô Mère ! il y aurait raison de désespérer, si nous ne savions que vous ne pouvez périr. Vos enseignements salutaires sont méconnus, on ferme l'oreille à
vos gémissements et à vos prières, on reste insensible à vos larmes.
Ces épreuves dureront-elles longtemps encore ? Que puis-je répondre, ô sainte Eglise ? L'avenir est à Dieu ; mais au moins, avec toute l'ardeur de mon âme, je demande pour vous des jours meilleurs.
Je n'ai pas oublié ces prophétiques paroles du grand et bien-aimé Pie IX : " Le sommeil du Christ sera passager, et l'heure viendra où le Christ, se levant, commandera aux vents et à la mer, et il se fera un grand calme.
J'ignore ce qui m'est réservé ; mais j'espère que plusieurs de ceux qui m'entourent seront un jour témoins du triomphe, qui ne fait jamais défaut à la cause de Dieu."
C'est aussi notre ferme espérance,
Seigneur, puisse-t-elle n'être pas
déçue ! Cette année... bientôt, venez 1#
au secours de votre Eglise, et confondez tous les impies qui la raillent en lui disant : " Où est ton Dieu ? " G-ardez-nous longtemps, bien longtemps, votre Vicaire Léon XIII :
conservez-le. rendez-le heureux sur cette terre, et ne le livrez point aux mains de ses ennemis.
Pitié ! mon Dieu, sur un nouveau Calvaire, J'ai vu le Chef de votre Eglise en pleurs. Glorifiez le successeur de Pierre Par un triomphe 6g;\\ à ses douleurs.
Rendez-lui la liberté, une liberté pleine, entière, reconnue par tous, comme il convient au premier des rois, à celui qui vous remplace au milieu des hommes et qui gouverne en votre nom.
Lorsque le prince des Apôtres était prisonnier, tout le peuple fidèle ne cessait de vous prier pour lui. Or, nous racontent les saints Livres, la
nuit même qui précédait le jour où Hérode devait le produire devant le peuple, Pierre dormait, lié de deux chaînes, pendant que des gardes veillaient à la porte de la prison. Soudain, un ange apparaît tout resplendissant de lumière, et, réveillant Pierre :
Lève-toi promptement, lui dit-il...
et les chaînes tombent aussitôt des mains de l'apôtre.
Eh bien ! Seigneur, nous prions, nous aussi, pour le pape captif :
envoyez donc vers lui l'ange libérateur. Qu'il vienne du ciel, de la France, de l'exil ; qu'il s'appelle Henri, ou qu'il porte un autre nom..., mais qu'il vienne, et nous l'acclamerons, et nous vous chanterons un cantique de reconnaissance et d'allégresse.
0 France ! pauvre et chère France, fille aînée de l'Eglise, souviens-toi de ton antique valeur, de tes glorieux
exploits, de tes serments solennels. N'oublie pas ta Mère ; autrefois tes propres enfants furent heureux de mourir pour elle !
Quand verrons-nous le nouveau Léon couronner sur le tombeau des Apôtres un autre Charlemagne ?
Et puis, ô sainte Eglise, régnez sur les esprits et sur les cœurs. Que vos persécuteurs, comprenant enfin vos bienfaits, votre dévouement, votre tendresse, viennent se jeter à vos pieds et vous demandent pardon.
Que dans tout l'univers, votre mission céleste soit reconnue et proclamée ; que le talent, la fortune et la puissance mettent leur gloire à vous servir.
O sainte Eglise catholique, apostolique et romaine, puisse cette année être pour vous la bonne, Vheiireuse, la grande année !
Sonne année à In Patrie
i HE nom de la patrie, il résonne en se^p mon cœur comme les pas connus ou la voix cVun ami II y a des moments où je ne puis le prononcer sans me sentir ému jusqu'aux larmes : j'ai toujours plaint les exilés.
O Canada ! reçois les vœux de prospérité, de paix et de bonheur que t'offre en ce jour le plus humble mais non le moins dévoué de tes enfants :
bonne, glorieuse et féconde année !
Je t'aime, " ô Canada, plus beau qu'un rayon de l'aurore, " j'aime ton fleuve-roi, tes grands lacs, ton sol fertile, ton ciel bleu. Et comment
ne pas t'aimer, cher pays qui m'as donne mon berceau, ma famille, mes bienfaiteurs et mes amis ? Je t'aime, lorsque tes campagnes ont revêtu leur robe de verdure, lorsque tes jardins sont en fleurs, lorsque tes forêts d'érables sont pleines de vie, de gaieté, de mystères, de parfums et de chansons. Je t'aime encore, lorsque tu t'enveloppes de tristesse, lorsque tes arbres se dépouillent de leurs feuilles, lorsque tout repose dans tes prés.
lorsque l'hiver a jeté sur toi son immense linceul.
Je connais ces pays tant vantés où les myrtes fleurissent, où l'oiseau, dit-on, est plus léger et la brise plus douce ; j'ai passé des jours tranquilles sur cette plage oit la mer de Sorrente déroule ses flots bleus au pied de V oranger ; j'ai vu Gênes la Superbe, et la radieuse Florence, et Venise la reine
de l'Adriatique ; plus d'une fois, j'ai contemplé la belle Naples tout étincelante des feux du soleil couchant ; j'ai vogué sar les ondes azurées du lac de Grenève ; notre doulce France m'a charmé ; mes pas ont foulé le sol béni de Rome, et j'en ai tressailli d'un
indicible bonheur Mais tous ces
grandioses spectacles, tous ces immortels souvenirs, toute cette poésie sublime, toute cette nature enchanteresse, ce n'était pas toi, ô ma patrie ! et je n'ai pas cessé un seul instant de te garder la première place dans mon enthousiasme et dans mon admiration.
Pourrais-je donc aujourd'hui ne pas implorer pour toi les bénédictions du ciel?
O Dieu, qui selon votre bon plaisir faites les patries grandes et glorieuses ; vous qui assignez à chacune sa place au soleil des nations, jetez sur notre
Canada un regard de complaisance et d'amour, et donnez-lui des jours prospères.
Tous les peuples, je le sais, vous appartiennent ; ils naissent à votre appel, vous les tenez dans votre main toute-puissante, et quand vous vous retirez d'eux, il faut qu'ils meurent* Mais il en est qui sont plus spécialement l'objet de votre tendresse et de vos bienfaits. Vous entourez leur berceau d'une sollicitude toute maternelle, vous vous les consacrez en quelque sorte, vous leur distribuez avec une admirable sagesse les prospérités et les épreuves, afin que leurs regards et leurs cœurs demeurent toujours tournés vers vous.
Tel fut le peuple d'Israël destiné à donner au monde le Rédempteur.
Que n'avez-vous point fait pour lui ? Après l'avoir soustrait à la
servitude de l'Egypte, vous vous constituez son guide à travers les périls et les tristesses du désert. Vous êtes vraiment son docteur, son législateur, son maître et son vengeur.
Pour l'instruire, vous lui envoyez des prophètes, et, pour le gouverner, vous lui choisissez des rois selon votre cœur. Se montre-t-il reconnaissant et fidèle ? Vous le récompensez.
S'égare-t-il ? Vous le redressez aussitôt. " Je serai ton Dieu, lui aviez-vous dit, et tu seras mon peuple. " Grandes et consolantes paroles ! Israël pouvaitil les oublier ? Les pères devaient les rappeler arec émotion à leurs fils ; et David, chantant sur sa harpe ces cantiques inspirés, dans lesquels l'amour du sol natal ne se séparait pas de l'amour de lareligion, s'écriait : " Jérusalem, louange au Seigneur !
Sion, remercie ion Dieu, car il n'a pas
traité avec la même miséricorde toutes les patries ! "
O Canada, ces chants enthousiastes du roi-prophète ne te conviennent-ils pas à merveille ?
Est-il une nation qui puisse se glorifier d'une origine plus belle et plus pure que la tienne ? D'où te vinrent en effet tes fondateurs ?
N'est-ce pas de ce royaume auquel l'univers décernait le titre de très chrétien ? Choisis entre mille, ils s'élancèrent vers tes solitudes immenses ; et tu sais avec quel courage et quelle générosité d'apôtres. Depuis ce moment, as-tu cessé d'être comblé des célestes faveurs ? Ah ! trois siècles sont là pour affirmer le contraire. En un jour de lugubre mémoire, il est vrai, Dieu permit que tu fasses séparé de la France, mais n'était-ce point pour que tu ne te séparasses pas de
lui ? Il veillait alors sur toi comme toujours. En changeant de drapeau, tu n'as changé ni de sentiments, ni de langage ; ta foi est demeurée vierge ; ta as su maintenir tes libertés saintes et conserver les glorieuses traditions des ancêtres.
Que ton avenir, ô mon pays, soit digne d'un si noble passé. Oui, qu'elle te soit chère à jamais cette religion divine qui protégea ton berceau. Ne la laisse ni s'affaiblir, ni diminuer en toi. Ne l'oublie point : c'est à l'ombre de la croix que tu as pris naissance.
Aime l'Eglise d'un amour tendre et fort. Avec quelle reconnaissance elle bénit jadis le filial dévouement qui te fit voler à sa défense, lorsque, attaquée de toutes parts, elle sollicita le secours de ton bras ! Sois-lui donc toujours un serviteur fidèle ; souffre de ses souffrances, et réjouis-toi de ses
— oii —
triomphes. Prouve aux autres peuples que lui obéir ce n'est ni s'humilier, ni être esclave, ni se condamner à l'ignorance, mais trouver au contraire le secret du vrai progrès, de la vraie grandeur et de la vraie liberté.
L'attachement de tes fils à cette patrie des âmes amoindrira-t-il l'amour qu'ils doivent avoir pour toi ?
Oh ! ne le crains pas ; " tout le monde «ait que la patrie et l'Eglise, le t*entiment national et le sentiment religieux, loin de s'exclure, se fortiiient l'un l'autre, et que, touchant la poitrine de chacun de nous, le ciel et la terre y rendront ce cri célèbre :
A tous les cœurs chrétien* que la patrie est chère !
O mon pays, je t'en conjure, ne marche pas sur les traces des ingrats et des pervers. Observe scrupuleusement le jour du Seigneur et les fêtes
— Si —
de ses saints. Jamais, je l'espère, nous ne verrons tes temples abandonnés ; Dieu y sera prié, remercié, adoré par un culte solennel et public ; la parole des pontifes et des prêtres y sera accueillie comme un oracle du ciel.
Puisse chacune de tes lois être dictée par l'esprit chrétien et catholique, et ne contredire en rien les ordonnances, ou même les vœux et les désirs de l'Eglise. Rappelle-nous, par ta foi ardente, ces temps bénis où la France, en tête de sa loi salique, écrivait ces paroles immortelles :
Vivat Christus, qui diligit Francos, vive le Christ qui aime les Francs !
Cher pays, je souhaite aussi que les lettres, les sciences et les arts prennent en ton sein un essor nouveau. Ah ! si Dieu te donne de nombreux poètes capables de célébrer dignement les incomparables beautés
de tes paysages, les exploits de tes héros, les vertus de tes saints et l'intrépide courage de tes martyrs, qu'ils chantent ; et, lorsqu'un éclatant succès viendra couronner leurs efforts, leurs frères s'en réjouiront et battront des mains.
Ta langue, cette belle langue française pour la conservation de laquelle nos pères ont combattu, garde-la avec une piété jalouse, comme un héritage de famille. Honte à ceux qui l'oublient après l'avoir apprise sur les genoux de leur mère ! Qu'on l'étudié avec ardeur ; qu'elle demeure pour tout Canadien la langue de l'amitié et de la prière, afin que l'étranger, abordant sur nos rives, y reconnaisse une autre France, et que le Français y salue une seconde patrie.
Honneur et respect à toutes tes vraies libertés : liberté dans l'exprès-
sion de tes sentiments religieux, dans la manifestation de tes sympathies, dans l'éducation chrétienne de tes fils.
Pour te gouverner et te conduire, daigne le Seigneur ne susciter que des hommes de conviction, de sacrifice et de courage, dont l'unique ambition soit ta prospérité et ta grandeur.
Et la charité, la vraie charité apportée par le Christ à la terre, puisse-t-elle régner entre tous les citoyens comme entre les enfants d'une même mère ! Point de ces divisions intestines qui nous affaiblissent, point de ces haines malheureuses capables de compromettre les intérêts les plus sacrés. Quand, à l'exemple des premiers disciples de l'Eglise, ne formerons-nous tous qu'un cœur et qu' une âme ? Pourquoi emploierions-
nous les courts instants de notre vie à nous déchirer et à nous porter des coups peut-être mortels ? Ainsi que nous l'enseigne, en son naïf et gracieux langage, l'aimable saint François de Sales, " la pauvre mère poule qui, comme ses petits poussins, nous tient dessous ses ailes, a bien assez de peine à nous défendre du milan, sans que nous nous entrebecquetions les uns les autres, et que nous lui donnions des entorses."
C'est là, me dira-t-on, un idéal irréalisable ici-bas ? C'est vrai peut-être ; mais pourquoi ne pas te souhaiter tout ce qu'il y a de meilleur, de plus noble, de plus parfait, ô ma patrie ?
Ecoute mes derniers vœux : que dans tes villes et tes campagnes le commerce et l'industrie prospèrent ; que nulle part l'ouvrier ne soit sans travail, que le nombre des pauvres
diminue, qu'une aisance honnête succède à la misère.
Je serai heureux quand je verrai ton territoire s'agrandir, tes fils cultiver ton sol si fécond et lui faire produire ses trésors ; je me réjouirai au spectacle des merveilles opérées par la colonisation devenue, grâce à nos pontifes, un glorieux apostolat.
Que les arbres s'abattent donc dans tes forêts encore vierges, que les solitudes se peuplent, qu'on y bâtisse de nouveaux temples au Seigneur, que les paroisses s'ajoutent aux paroisses, et les diocèses aux diocèses déjà florissants.
O Dieu, nous vous en prions, donnez la fécondité à nos champs, le succès à nos travaux et à nos entreprises, et préservez nos villes de tout malheur.
Bénissez nos évêques et nos prêtres,
les gouvernants et les gouvernés, les pauvres et les riches, les enfants et les vieillards. Nous voulons rester votre peuple, ne nous délaissez pas.
Bonne année bonnes années, ô
ma patrie !
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Bonne année à. la famille
^llp'UE de chers souvenirs se pres- '-^^ sent en ce moment dans ma mémoire ! Le premier jour de l'an, au foyer paternel, pourrais -je dire combien il était ardemment désiré ?
Que d'agréables surprises il nous réservait, que de charmes il avait pour nos cœurs ! Un mois d'avance, tout le petit monde au logis était en liesse et ne parlait que d'étrennes, de promenades, de joyeux soupers.
L'humble maison faisait sa toilette, le salon mettait ses plus beaux rideaux blancs, et s'ornait d'ordinaire de quelque parure nouvelle : tout prenait un air de fête, nous allions bientôt serrer la main à tant de bons amis !
La vieille année ne finissait plus.
Chaque jour qui s'écoulait était, je le sais bien, un pas de plus vers la tombe, mais y songions- nous dans ce temps-là ? Etre grand, cela nous semblait si beau, et nous étions si fiers de grandir !
Enfin, voici la dernière nuit ; mais nous ne dormions guère. Au pied du lit, le petit bas neuf était suspendu ; et ne fallait-il pas guetter l'ange aux ailes d'or qui devait, en passant, y déposer les bonbons les plus exquis ?
Le matin, l'aurore ne brillait pas
encore, et déjà nos pieux parents étaient à l'église. Pour Dieu, disaientils, notre première pensée et notre première visite : c'était une vieille habitude à laquelle, pour rien au monde, ils n'auraient voulu déroger.
Ils priaient longtemps et avec ferveur pour eux-mêmes et pour nous ; puis, quand ils avaient bien épanché leur âme, ils revenaient vers leurs enfants impatients de les revoir. Alors, commençait une scène touchante, bien connue de toutes nos familles : respectueusement prosternés à leurs pieds, nous leur demandions de nous bénir ; et nous sentions comme une grâce céleste descendre en nos cœurs, pendant que leurs mains chéries passaient sur nos têtes. Puis nous nous embrassions avec tendresse. Que de vœux nous échangions tour à tour !
Que d'espérances, que de projets, que
de beaux rêves ! Les cadeaux venaient^ ces cadeaux convoités depuis de longs mois, et nous nous pensions fortunés.
Père, mère, frères et sœur, que nous vivions heureux ensemble, et comme nous étions loin de penser que ces joies si douces devaient nous être ravies bientôt !
Et pourtant elles sont passées pour no plus revenir jamais. Dans sa course rapide le temps emporte tout. Il y a des places vides maintenant à ce foyer jadis si rempli ; la mort, en y allumant ses flambeaux, a fait succéder le deuil à la joie. Sans doute, nous nous souhaiterons encore la bonne année ; mais comment, en nous rappelant notre passé envolé, ne pas joindre à nos vœux des regrets et des larmes ?
0 vous, jeunes enfants qui lirez ces pages, vous qui ignorez la douleur d'être orphelins, rendez grâces
an Seigneur, et dites-lui en ce jour, du fond de votre âme :
Oh ! laissez-nous longtemps la joie à la maison, Le père au coin du feu, le rire et la chanson, Nos jardins pleins de fruits, et nos cœurs pleins de sève, La mère à nos rideaux, nous veillant avec vous, Et nos chevets bénits, où, chaque nuit sur nous, Comme on sème des fleurs vous semez de beaux rêves.
Enfants, sachez-le bien, ces anges protecteurs, le père et la mère disparus, rien ici-bas ne saurait les remplacer.- Jouissez-en maintenant, car votre bonheur ne durera pas toujours.
Yous arriverez bientôt, vous aussi, à cet instant de la vie où vous direz mélancoliquement avec le poète :
Que vous ai-je donc fait, ô mes jeunes années, Pour m'avoir fui si vite et vous être éloignées
Me croyant satisfait ?
Hélas ! pour revenir réapparaître si belles, Quand vous ne pouvez plus me prendre sur vos ailes,
Que vous ai-je donc fait ?
Mais pourquoi ces pensées lugubres et ces attristants tableaux ? Point d'inquiétudes, enfants, point de soucis, point d'alarmes. Au-dessus de vos têtes le ciel est sans nuage, autour de vous tout rit et tout chante, sur vos chemins les fleurs n'ont pas d'épines, ouvrez donc vos jeunes âmes à l'allégresse : bonne fête et bonne année !
Maintenant, Seigneur, j'ai d'autres prières à vous adresser.
0 vous, protecteur et gardien des foyers comme des patries, veillez sur nos familles canadiennes, et faites-y régner la vertu, l'innocence et la paix Donnez aux époux qui vous craignent une postérité nombreuse pour la consolation et la gloire de leur vie ; épargnez-leur le chagrin de voir jamais
La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles, La maison sans enfants.
Réservez-leur une vieillesse honorée ; retardez longtemps pour eux l'heure de ces déchirants sacrifices et de ces cruelles séparations qui assombrissent nos jours. Mais enfin, ô mon Dieu, lorsque, pour peupler votre ciel, il vous plaira de rappeler de nos demeures quelques-uns de vos serviteurs et de vos amis, accordez-leur la grâce de quitter cet exil, purifiés par vos sacrements, fortifiés par l'hostie sainte, viatique de la mort, confiants dans votre infinie miséricorde, soumis de grand cœur à vos adorables volontés. Prêtez l'oreille aux prières et aux chants de sublime espérance qui retentiront sur leurs cercueils ; ne permettez pas que leur souvenir s'efface dans la mémoire d'aucun ami, et consolez vous-même ceux qui resteront ici-bas plongés dans la douleur.
Nos familles ! nos bonnes familles •
répandez sur elles, ô Dieu tout-puissant, vos grâces de choix.
Que le travail y soit en honneur ; que les mœurs patriarcales de nos pères y persévèrent dans leur admirable et touchante simplicité ; que le luxe et l'intempérance en soient bannis. Que les parents y goûtent la joie d'être obéis, aimés et respectés ; que les enfants y apprennent de bonne heure à joindre leurs mains et à prier ; que pas une parole coupable ne vienne souiller leurs oreilles, que jamais des exemples criminels ne ravissent à leur aine sa blancheur virginale. Jeunes intelligences, hâtezvous de vous entr'ouvrir à toutes les sciences humaines, mais nourrissezvous surtout des solides enseignements et de la sainte doctrine de l'Evangile.
O foyer domestique, sanctuaire de
l'amour et de la paix sans mélange, après le temple où la divinité réside, c'est toi que je voudrais voir le plus aimé. Quelle fête vaudra jamais les heures délicieuses passées au milieu de ces êtres chéris que le ciel luimême voulut unir par des liens immortels ? L'attachement à tes berceaux, à tes souvenirs, à tous les trésors que tu renfermes, voilà, avec l'amour de l'Eglise, la plus vivifiante source du patriotisme ; " car la famille, comme l'a dit un orateur illustre, c'est une patrie dans la patrie : c'est la patrie des souvenirs, c'est la patrie des affections, c'est la patrie du cœur, c'est la patrie elle-même, abrégée et concentrée à ce point vivant par où l'homme tient à elle, et lui demeure attaché d'un invincible attachement et d'un impérissable amour. Oui c'est par là, c'est par ce lien sympa-
thique qui a conquis son premier amour, qu'il se sent enchaîné à la patrie, associé à ses malheurs et à ses prospérités, à ses gloires et à ses humiliations ; c'est par là qu'il se sent voué, lui et les siens, avec toute sa richesse, toute sa force, tout son courage, à la protection et à la défense de la patrie ; par là enfin, que tout homme bien élevé devient pour elle un glaive et un bouclier, un soldat dans la guerre et un soldat dans la paix."
En formulant ces souhaits, je m'adresse sans doute à toutes les familles, mais je pense particulièrement à celles qui sont pauvres et délaissées.
Je parlais, il y a un instant, d'étrennes et de fêtes ; hélas ! combien de foyers pour lesquels ce premier de Tan, si joyeux ailleurs, sera sans
sourire et sans soleil ! Il y a des mères à qui leurs enfants en pleurs demanderont un jouet, un souvenir, un frais gâteau, et qui, comme la veille et l'avant-veille, ne pourront encore leur donner qu'un morceau de pain ! Mon Dieu ! que cette pensée serre le cœur ! Chez le riche, on causera longtemps, le soir, auprès de la flamme pétillante, et pendant ce temps, dans la mansarde, songez-vous qu'il fera bien froid peut-être ? Là, on ne parle point de visiteurs ; là, point de bois pour se chauffer, souvent point de couver tures pour se protéger contre les rigueurs de l'hiver. 0 mes pauvres, mes bien-aimés pauvres, avec quelle ferveur je vais prier pour vous ! A vous, plus qu'à tous les autres, bonne et heureuse année ! Daigne Jésus, l'ami de tous ceux qui souffrent,
envoyer vers vous ses anges ; ou plutôt, qu'il vienne lui-même, sous l'image d'un Vincent de Paul, vous secourir et sécher vos pleurs. Que la Sœur de charité, confidente de vos peines, adopte vos enfants malheureux. Souvent, cette année encore, elle ira frapper à la porte des riches : oh ! qu'on ne la rebute jamais, puisque c'est pour vous qu'elle demande de l'argent ou du pain au nom de Jésus-Christ.
Au milieu de vos épreuves, murmurerez-vous ? vous laisserez-vous aller au découragement et au désespoir ? Oh ! non, mais exposez au Père céleste vos besoins et vos peines ; il a promis lui-même que l'humble prière du pauvre percerait les nues, et ne pouvait manquer d'être exaucée.
Vous, petits indigents, dites : Jésus, c'est nous, Les pauvres, les petits, qui prions à genoux. S'il passe un riche enfant, léger comme la biche, Montrez-lui nos lambeaux, notre froide pâleur; Qu'il donne un peu d'argent, nous rendrons du bon- C'est l'aumône du pauvre au riche ! [heur •
Pourquoi sur l'innocent répandre les douleurs ? Nous n'avons pas de tache à laver dans nos pleurs, Car nous quittons le ciel et les saintes phalanges. Pitié, Dieu de l'enfance et de la pauvreté ! Nous avons la misère avec la pureté, Les haillons de Lazare et la robe des anges !
Mais la mort sera belle ! Au lieu d'habits fangeux, Nous prendrons l'auréole et des corps lumineux. Eh bien, sois donc béni, Seigneur ! toi qui nous gardes La foi pour adoucir notre coupe de fiel, Et nous montrer du doigt tous les palais du ciel, Par les fenêtres des mansardes !
-••^cy^-
Bonne année à nies amis
1»E crains pas que je t'oublie, ô 6§p>a toi dont s'éprirent tous les grands cœurs, noble et sainte amitié proclamée par Dieu même un remède de vie et d'immortalité : je te dois de trop beaux jours !
Dès l'aurore de ma vie, tu daignas me sourire et me tendre la main, et, depuis cet heureux moment, nous 'n'avons cessé de marcher ensemble.
Sous les traits d'un pieux jeune
homme ou d'un saint prêtre, tu m'as dirigé, conseillé, repris avec douceur.
Oh ! qu'il y avait d'onction et de persuasive tendresse dans chacune de tes paroles, et comme tu savais toujours être victorieuse, toi qui pourtant ne commandais jamais !
J'ai vécu lc:'n de ma patrie, tu ne m'as pas quitté. De mes joies et de mes épreuves tu fis tes épreuves et tes joies. Tu fus une lumière au milieu de mes doutes, un encouragement dans mes luttes, une force aux heures de l'abattement ; et, quand tu me vis désolé priant auprès d'un cercueil, alors, tendre amitié, tu versas sur mes plaies saignantes un baume salutaire et tu pleuras avec moi.
Comment te remercierai -je, ô céleste bienfaitrice, de toutes les faveurs dont tu m'as comblé ?
Les sceptiques qui te méprisent ne t'ont jamais connue : pour moi, je ne puis douter ni de ta vertu, ni de ta fidélité.
Les années succèdent aux années, les splendeurs de l'été font place aux tristesses de l'hiver, les fronts ne tardent pas à se couvrir de rides, et l'ardeur de la jeunesse s'éteint bientôt. Mais toi, tu ne changes ni ne meures : dominant le temps, tu semblés le défier. Tu tiens à l'âme même de l'homme, et, lorsque cette immortelle captive brise les liens qui l'attachent à la terre, tu t'envoles avec elle dans sa patrie qui est aussi la tienne.
" A mesure que les événements passent sur la vie de deux amis, leur fidélité s'affermit par l'épreuve.
Comme deux rochers suspendus au bord des mêmes vagues, et leur oppo-
sant une résistance qui ne fléchit jamais, ainsi regardent-ils le flot des années attaquer en vain l'immuable correspondance de leurs cœurs. L'âge ne saurait affaiblir un tel commerce, car l'âme n'a point d'âge. L'amitié vit par elle-même et par elle seule :
libre dans sa naissance elle le demeure dans son cours. Son aliment est une convenance immatérielle entre deux âmes, une ressemblance mystérieuse entre l'invisible beauté de Tune et de l'autre, beauté que les sens peuvent apercevoir dans les révélations de la physionomie, mais que l'épanchement d'une confiance qui s'accroît par elle-même manifeste plus sûrement encore, jusqu'à ce qu'enfin la lumière se fasse sans ombre et sans limite, et que l'amitié devienne la possession réciproque de deux pensées, de deux vouloirs, de deux vertus, de
deux existences, libres de se séparer toujours et ne se séparant jamais."
En transcrivant cette admirable page d'un grand maître, j'ai voulu vous rendre hommage, ô mes pieux amis ; maintenant agréez les souhaits que l'affection m'inspire.
Frères aînés ou compagnons d'âge, vous qui vivez à mes côtés ou dont je regrette l'absence,que Dieu répande sur vos jours l'abondance de ses grâces, qu'il vous accorde les biens les plus précieux et les plus durables.
Bonne santé ! Le travail est si facile et si doux quand on se sent plein de force et de vie ! Bonne santé du corps, mais surtout bonne santé de la conscience et du cœur. Ah ! si pendant cette année il vous arrivait de souffrir dans ces parties les plus intimes de l'âme, recourez à l'auguste médecin dont vous avez expérimenté
si souvent la puissance. Vous ne l'ignorez pas, d'une parole il a guéri des malades déjà aux portes de la tombe ; il a rendu l'innocence à bien des coupables, et la paix à bien des cœurs troublés.
Chers compagnons de collège, vous souvenez-vous de nos rêves de quinze ans ? L'avenir était alors un impénétrable mystère, et, pourtant, avec quel enthousiasme nous nous portions vers lui ! Tous nos beaux projets inspirés par l'amour de la vérité, de* la patrie et de nos frères, nous sommes-nous efforcés de les réaliser ? Je n'ose répondre, mais au moins, en ce jour, au pied des saints autels, jurons de les reprendre et de leur consacrer nos forces et nos travaux. Si Dieu vous met une plume à tla main, écrivez pour sa gloire ; s'il rsvous accorde le sublime don de l'éloquence, publiez
ses grandeurs et proclamez ses droits.
Ah ! comme votre ami tressaillira d'allégresse, lorsque l'Eglise et la patrie, saluant en vous les défenseurs d'une noble cause, mettront sur votre front la couronne du vainqueur !
Vous, enfants hier, et maintenant revêtus des saintes livrées du sacerdoce, laissez-moi presser respectueusement vos mains consacrées par l'huile sainte, et vous souhaiter un ministère béni du ciel. Puisse chacun de vos actes porter la double empreinte divine de la douceur et de la force ! puisse le peuple dont vous êtes le pasteur voir toujours alliés en vous le zèle d'un apôtre et la tendresse d'une mère ! Soyez Moïse priant sur la montagne, mais, au besoin, soyez aussi Josué combattant dans la plaine.
Vous parlerai-je de richesses et d'honneurs ? Oh ! non : disciples du
Christ, vous n'êtes point faits pour des biens périssables et fragiles, je n'implore pour vous que les trésors éternels et ces lauriers que le temps ne flétrit point.
Souhaits de bonheur à vous aussi, ^amis placés dans le monde à la tête d'une lamille. Un noble sacerdoce vous est également échu en partage, comprenez-en toutes les grandeurs, et, dans votre foyer, efforcez -vous d'être les imitateurs du Père qui est au ciel. Soyez bénis dans votre amour et vos plaisirs, et, si vous devez porter quelque lourde croix, que l'amitié se trouve auprès de vous pour en alléger le poids.
Pendant que je vous parle ainsi, mes amis et mes frères, une pensée obsède mon esprit. Une année nouvelle se lève aujourd'hui pour nous :
la verrons-nous finir ? N'est-ce pas la
dernière que nous passerons ensemble sur la terre ? L'heure de l'adieu ne sonnera-t-elle pas bientôt pour nos cœurs ? Au lieu de nous souhaiter une vie heureuse, ne devrions-nous pas plutôt nous souhaiter une sainte mort ? Nous sommes entre les mains de Dieu, qu'il dispose à son gré de nos jours et de nos instants. Mais, pour répondre à ces questions mystérieuses, je veux vous répéter, ô mes amis, ces belles paroles d'un grand saint : " Pendant tout l'espace de temps accordé aux mortels, tant que je serai enfermé dans cette prison du corps, par quelque distance que nous soyons séparés, dans quelque monde, et sous quelque soleil que je vive, je vous porterai au fond de mes entrailles, je vous verrai par le cœur, je vous embrasserai tendrement par l'âme : vous me serez présents partout
Et lorsque, affranchi de cette prison^ je m'envolerai de la terre, en quelque région que le Père commun me place, là encore, je vous porterai dans mon âme. La mort qui me séparera de mon corps, ne me détachera pas de vous ; car l'âme qui, en vertu de sa céleste origine, survit à notre corps, doit nécessairement conserver ses affections et ses sentiments comme sa vie. Immortelle, elle doit se souvenir à jamais ; elle ne peut pas plus oublier que mourir. "
Et vous, êtres chéris, qui m'avez devancé dans l'étern°l séjour de la gloire et de la paix, laissez-moi maintenant tourner mes regards vers vous et vous adresser ma prière. Oui, je viens vous prier et non vous présenter des vœux. Que vous souhaiterais-je en effet ? Vous êtes dans la patrie, vous habitez la maison du Père. Ils sont
passés les jours de l'exil : pour vous plus de périls, plus d'orages, plus de souffrances, plus de craintes, plus de larmes. Les trésors infinis que vous possédez, nul ne peut vous les ravir, votre joie est sans mélange, tous vos désirs sont satisfaits. Vous le voyez tel qu'il est, et face à face, ce grand Dieu, qu'ici-bas nous ne pouvons contempler, hélas ! que dans une énigme et à travers des voiles ; sa lumière vous éclaire et sa charité vous embrase ; vous pénétrez l'adorable mystère de sa vie, vous chantez ses perfections, vous l'aimez et vous en êtes aimés ! ... 0 mes amis, loin de ce pauvre monde, si plein de tristesses et de misères, jouissez de la récompense accordée à vos vertus. Mais penchez-vous, je vous en conjure, vers l'ami qui vous implore, et souhaitezlui vous-mêmes une bonne et sainte
année : oui, une sainte année, car pourra-t-elle être bonne si elle n'est pas sainte ?
Et toi surtout, ô le meilleur et le plus dévoue des amis qui me furent donnés sur la terre, mon père, mon tendre père, du haut du ciel où tu vis maintenant, aie pitié des orphelins qui te pleurent et te regrettent.
Tu sais de quelle douleur et de quel amour ils entourèrent ta tombe ; tu sais que ton souvenir ne les quitte jamais. Tu les vois, tu les entends, tu connais leurs besoins et leurs peines ; intercède pour eux auprès du Tout-Puissant ; sois leur protecteur et leur conseiller, et bénis-les aujourd'hui comme tu les bénissais autrefois.
Notre séparation ne sera pas éternelle ; bientôt, je l'espère, nous irons te rejoindre et partager ton triomphe et
ton bonheur. Oh ! le doux moment !
Oh ! l'incomparable fête ! Alors, ce sera l'année sans déclin, alors ce sera le jour qui n'aura pas de soir !