CHAPITRE XVI
Un conflit troublant. — Plainte des évêques à Rome. — M^'' Laflèche expose à la S. C. de la Propagande nombre de griefs. — Lettre Pastorale colleclive des évêques du a.'î septembre 1875 contre le libéralisme. — L'archevêque de Québec regrette son courage et voudrait se le faire pardonner. — W^ Laflèche défend la Lettre collective, œuvre personnelle de l'archevêque, mais ratifiée et signée par ses suffragants ; il refuse d'y apporter les modifications voulues par les libéraux menaçants. — L'archevêque, par mandement privé, annule les bienfaisants effets de la Lettre Pastorale collective. — Les évêques délèguent M«' Laflèche auprès du Saint-Siège pour présenter leurs observations et plaider leur Cause. — Lettre de M^' Laflèche à Pie IX relative aux difficultés politiques et religieuses au Canada. — Le Pape approuve les évêques par un bref éfsgieux qu'ils publient avec des Mandements explicatifs. — GonfusiDos des libéraux.
Le lecteur a saisi la gravité du conflit survenu d'abord entre rarchevêque de Québec et Tunanimité de ses suffragants au sujet du libéralisme, en général, et d'une prétendue influence indue du clergé canadien dans les élections, en particulier. Il était incontestable que ce clergé, zélé et soucieux de garder en honneur parmi les fidèles les saines doctrines et les bonnes mœurs, tendait ouvertement et très courageusement à faire obstacle aux principes pervers, dits principes de 89, qui se faisaient jour de toutes parts au détriment de l'Eglise catholique sous l'inspiration des loges maçonniques, foyers d'influences étrangères.
Ce conflit, transpirant dans les milieux profanes, devenait singulièrement désagréable au Saint-Siège qui, éclairé par -Ms'' Laflèche, désapprouva Mê"" Taschereau par l'organe du cardinal Patrizzi.
Il eût été désirable que les choses s'arrangeassent dès lors et que le clergé, unanime à préserver les fidèles des influences délétères, fit face avec ensemble au danger pressant.
D'abord, bien que les sollicitations suspectes qui le pro-
voquèrent ne fissent aucun doute, les origines lointaines de ce désastreux conflit demeuraient obscures. Il paraissait imprévu. Rien, en tout cas, ne l'annonçait lorsque, après de mûres réflexions et de longues délibérations, Ms"" Taschereau, d'accord avec ses sufTragants, et signant à leur tête, publia sa fameuse Lettre Pastorale collective du 22 septembre 1875.
Nous ne donnerons pas cette lettre in extenso (1). C'est un document public, facile à consulter. Sa lecture est édifiante, nécessaire à l'intelligence des débats qui vont suivre.
Nous n'en citons que les passages ayant trait au conflit qui nous occupe, conflit qui causa tant de soucis à des pasteurs zélés, frappés de suspicion et menacés de poursuites, tout en exerçant d'incalculables ravages dans les âmes désemparées. Ce n'est, d'ailleurs, rien aventurer que d'affirmer que c'est grâce à des dissentiments déplorablement entretenus par Québec et grâce au flottement qui s'ensuivit dans les rangs catholiques, que les libéraux, profitant d'une équivoque créée à propos et de complaisances inclues^ escamotèrent le pouvoir.
C'est encore dans son Mémoire à la S. C. de la Propagande de février 1882 (2) que M^'' L.-F. Laflèche nous informera de la genèse de cette Le^^/'e /*<75/o/Y/^e collective des évêques de la Province de Québec qui fit autant de bruit que le Programme Catholiciue de 1872.
Le second fait, dit-il, qui a causé une nouvelle divergence d'opinion entre les évêques a été le Mandement que M""^ Taschereau a publié le 25 mai 1876, pour donner une nouvelle direction au clergé et aux fidèles de son diocèse dans les élections.
La violence avec laquelle les libéraux attaquèrent le clergé après les élections de 1875 et les menaces de poursuite qu'ils faisaient entendre contre les prêtres sous le prétexte d'une prétendue inflaence spirituelle indue, firent comprendre aux évêques la nécessité d'une entente commune sur la question politique, et de donner au clergé et aux fidèles de toute la province une direction uniforme sur la conduite à tenir dans les élections politiques. C'est ce qu'ils firent dans la Pastorale du 3 2 septembre 1876 et dans la Circulaire au clergé qui l'accompagnait. Ces deux documents produisirent les heureux résultats qu'en attendaient les Prélats.
Cependant les libéraux qui étaient demeurés convaincus depuis Tin-
(1) Voir ce texte intégral, Voix Canadiennes, Vers l'Abîme, tome m.
(2) Voir Voix Canadiennes, Vers l Abîme, tome 11, page 256 et suite.
cident du Programme Catholique que l'Archevêque leur était favorable, virent avec chagrin que le Métropolitain s'était rallié courageusement à ses suffragants dans la Pastorale du 32 septembre qu'il avait lui-même rédigée et signée avec eux et qui était, de fait, en harmonie parfaite avec les principes de ce Programme si violemment combattu... L'union des Evêques... était une force que les libéraux auraient essayé en vain de combattre ouvertement et directement.
Ils reprirent donc leur tactique ténébreuse et hypocrite, ils attaquèrent dans l'ombre cette Pastorale en soulevant des doutes sur ces principes et des objections sur sa mise en pratique : en les faisant parvenir habilement aux oreilles de l'Archevêque. Ils firent si bien qu'au mois de février suivant, S. G. était déjà ébranlée, et croyait qu'il serait bon, pour apaiser ces esprits inquiets, de donner collectivement des explications sur ce document. Les suffragants savaient que c'était inutile, parce que les libéraux ne comprenaient que trop bien cette Pastorale qui condamnait avec tant de clarté et de précision leurs principes pervers et leurs tendances dangereuses, et qu'ils ne pouvaient échapper à l'application qu'en feraient les fidèles. Voilà pourquoi ils auraient voulu arracher à la bonne foi des évêques quelques explications qui leur auraient permis de la commenter de manière à lui faire dire ce qu'ils désiraient, c'est-à-dire, le contraire de ce que ces Prélats y avaient clairement enseigné. C'est ce que ces derniers comprirent : aussi se gardèrent-ils de donner dans le piège, et sans s'être consultés, ils répondirent à leur Métropolitain qu'il n'en fallait rien faire.
Ce que les libéraux désiraient surtout, c'était que les évêques missent en quelque manière les deux partis politiques, au point de vue des principes, sur un pied d'égalité devant les fidèles. Or une telle déclaration de la part des évêques n'était ni prudente, ni conforme à la vérité; ni juste ; et ces Prélats trouvèrent plus sage de suivre la conduite du Saint-Siège en se tenant dans la région des principes, sans descendre sur le terrain des personnes ou des partis politiques, et que par conséquent il fallait se contenter dans les circonstances présentes de faire connaître aux fidèles les doctrines dangereuses, et les principes mauvais et CDudamnés, afin de les prémunir contre les dangers de la séduction des erreurs courantes ; mais leur laisser le soin d'en faire eux-mêmes l'application aux hommes ou aux partis politiques. C'est dans ce sens que je répondis à Monseigneur l'Archevêque, le a4 mars
Mais donnons ici, et d'abord^ les extraits de cette Pastorale.
M&' Taschereau rappelait en des termes excellents, qui valurent aux signataires de ce document une flatteuse approbation pontificale, au clergé régulier et séculier comne aux fidèles les principes immuables d'où découlent les pouvoirs de l'Eglise, les bases de la Constitution divine de
— 3S0 — cette Eglise, et il arrive au libéraiisme catholique, disant :
... Le libéralisme catholique, dit Pie IX, est l'ennemi le plus acharné et le plus dangereux de la divine Constitution de l'Eglise. Semblable au serpent qui se glissa dans le paradis terrestre pour tenter et faire déchoir la race humaine, il présente aux enfants d'Adam l'appât trompeur d'une certaine liberté, d'une certaine science du bien et du mal ; liberté et science qui aboutissent à la mort. Il tente de se glisser imperceptiblement dans les lieux les plus saints : il fascine les yeux les plus clairvoyants ; il empoisonne les cœurs les plus simples, pour peu que l'on chancelle dans la foi à l'autorité du Souverain Pontife.
Les partisans de cette erreur subtile concentrent toutes leurs forces pour briser les liens qui unissent les peuples aux Evêques et les Evêques au Vicaire de Jésus-Christ. Ils applaudissent à l'autorité civile chaque fois qu'elle envahit le sanctuaire ; ils cherchent par tous les moyens à induire les fidèles à tolérer, sinon à approuver, des lois iniques. Ennemis d'autant plus dangereux que souvent, sans même en avoir la conscience, ils favorisent les doctrines les plus perverses, que Pie IX a si bien caractérisées en les appelant une conciliation chimérique de la vérité avec l'erreur.
Le libéral catholique se rassure parce qu'il a encore certains principes catholiques, certaines pratiques de piété, un certain fond de foi et d'attachement à l'Eglise, mais il ferme soigneusement les yeux sur l'abîme creusé dans son cœur par l'erreur qui le dévore en silence. Il vante encore à tout venant ses convictions religieuses et se fâche quand on l'avertit qu'il a des principes dangereux : il est peut-être sincère dans son aveuglement. Dieu seul le sait ! Mais à côté de toutes ces belles apparences, il y a un grand fond d'orgueil qui lui laisse croire qu'il a plus de prudence et de sagesse que ceux à qui le Saint-Esprit donne mission et grâce pour enseigner et gouverner le peuple fidèle: on le verra, censurer sans scrupule les actes et les documents de l'autorité religieuse la plus élevée. Sous prétexte d'enlever la cause des dissensions et de concilier avec l'Evangile les progrès de la société actuelle, il se met au service de César et de ceux qui inventent de prétendus droits en faveur d'une fausse liberté: comme si les ténèbres pouvaient coexister avec la lumière et comme si la vérité ne cessait pas d'être la vérité dès qu'on lui fait violence, en la détournant de sa véritable signification et en la dépouillant de cette immutabilité inhérente à sa nature !
En présence de cinq brefs apostoliques qui dénoncent le libéralisme catholique comme absolument incompatible avec la doctrine de l'Eglise, quoiqu'il ne soit pas encore formellement condamné comme hérétique, il ne peut plus être permis en conscience d'être un libéral catholique....
Ces déclarations collectives ne laissaient rien à désirer ni pour la précision de la forme, ni pour la solidité du fond : qu'on veuille bien les retenir et puis méditer ce que la même Lettre Pastorale ajoute relativement à la politique canadienne :
Un des plus puissants génies qui aient paru sur la terre, saint Thomas d'Aquin, a défini la loi en général : Un règlement dicté par la raison pour le bi?n commun, et promulgué par celai qui a le soin <> la société. L'Eglise catholique reconnaît dans cette courte définition îous les traits d'une politique chrétienne.
Le bien commun en est la fin unique et suprême.
La raison doit être la source de la loi. La raison, c'est-à-dire, la conformité des moyens à employer, non seulement avec la fin à atteindre, mais aussi avec la justice et la morale ; la raison, et non pas l'esprit de parti, non pas l'intention de se maintenir au pouvoir, non pas la volonté de nuire au parti opposé.
L'autorité qui impose la loi est ici admirablement définie. Le Saint- Esprit nous la représente souvent comme portant le glaive et prête à frapper quiconque refuse de lui rendre honneur, craint.; et tribut ; c'est ainsi qu'elle doit apparaître aux peuples, comme ministre des vengeances de Dieu contre ceux qui/ont le niai. Mais notre saint Docteur, considérant l'autorité dans la personne qui en est revêtue, lui trace ses devoirs en même temps qu'il défiait ses droits : « A vous, ô princes, ô législateurs, a été confié le soin de la société » ; ce n'est pas pour contenter votre ambition, votre soif des honneurs et des richesses, que l'autorité a été donnée : c'est une charge, une obligation, un devoir qui vous est imposé. »
Politique vraiment divine ! Oh ! qu'elle laisse bien loin derrière elle cette fausse et souveraiiiement déraisonnable politique, qui fait des plus graves intérêts d'un peuple comme un jouet d'enfant avec lequel des partisans aveugles cherchent à s'amuser, à s'enrichir, à se supplanter mutuellement !
Loin de nous la pensée de méconnaître les avantages du régime constitutionnel considéré en lui-même, et par conséquent, l'utilité de ces distinctions de partis, qui se tiennent les uns les autres en échec pour signaler et arrêter les écarts du pouvoir. Ce que nous déplorons, ce que nous condamnons, c'est l'abus que l'on en fait ; c'est la prétention que la politique réduite aux mesquines et ridicules proportions d'intérêts de parti devienne la règle suprême de toute administration publique, que tout soilpour le parti el rien pour le bien commun; riea pour cette société dont on a le soin. Ce que nous condamnons encore, c'est que l'on S'3 permette de dire et d'oser tout ce qui peut servir au triomphe d'un parti. « Prêtez l'oreille à mes paroles^ dit le Saint-Esprit, (Sagesse VI) ; vous qui gouvernez la multitude, considérez que vous
avez reçu la puissance du Très-Haut, qui interrogera vos œuvres, scrutera même vos pensées ; parce qu'étant les ministres de son royaume, vous n'avez gardé la Ici de la justice, ni marché selon sa volonté. Aussi viendra- 1 il à vous d'une manière effroyable pour vous juger avec extrême rigueur. »
Une politique animée de cet esprit et tendant manifestement au bien public et privé laisse-t-elle un rôle à jouer au clergé jouissant de ses droits civiques, aj'ant charge d'âmes ? L'ingérence du clergé dans cette politique est-elle indue, ou seulement naturelle et légitime ? La même Lettre Pastorale répond :
Des hommes qui veulent vous tromper vous répètent que la religion n'a lien à voir dans la politique; qu'il ne faut tenir aucun compte des principes religieux dans la discussion des affaires publiques ; que le clergé n'a de fonctions à remplir qu'à l'église et à la sacristie et que le peuple doit en politique pratiquer l'indépendance morale.
Erreurs monstrueuses, et malheur au pays où elles viendraient à prendre racine ! En excluant le clergé, on exclut l'Eglise ; et en mettant de côté l'Eglise, on se prive de tout ce qu'elle rer; ferme de salutaire et d'immuable : Dieu, la morale, la justice, la vérité, et quand on a fait ainsi main basse sur tout le reste, on n'a plus à compter qu'avec la force !
Tout homme qui a son salut à cœur doit régler ses actes selon la loi divine dont la religion est l'expression et la gardienne. Qui ne comprendra quelle justice et quelle rectitude régneraient partout, si les gouvernants et les peuples avaient toujours devant les yeux cette loi divine qui est l'équité même, et ce jugement formidable qu'ils auront à subir un jour devant celui au regard et au bras de qui personne ne saurait échapper ? Les plus grands ennemis du peuple sont donc ceux qui veulent bannir la religion de la politique; car, sous prétexte d'affranchir le peuple de ce qu'ils appellent la tyrannie du prêtre, l'influence indue du prêtre, ils préparent à ce même peuple les chaînes les plus pesantes et les plus difficiles à secouer : ils mettent la force au-dessus du droit et ôtent à la puissance civile le seul frein moral qui puisse l'empêcher de dégénérer en despotisme et en tyrannie !
On veut reléguer le prêtre dans la sacristie !
Pourquoi? Est ce parce qu'il a puisé dans ses études des notions saines et certaines sur les droits et les devoirs de chacun des fidèles confiés à ses soins? Est-ce parce qu'il sacrifie ses ressources, son temps, sa santé, sa vie même pour le bien de ses semblables?
N'est-il pas citoyen au même titre que les autres ? Eh quoi ! le premier venu peut écrire, parier et agir ; on voit quelquefois affluer vers un comté, ou une paroisse, des étrangers qui viennent pour y faire [ revaloir leurs opinions politiques : seul le prêtre ne pourra parler et
écrire ! Il sera permis à quiconque le veut de venir dans une paroisse débiter toutes sortes de principes, et le prêtre qui est au milieu de ses enfants n'aura aucun droit de parler, aucun droit de protester contre les énormités qu'on leur apporte !
Tel qui aujourd'hui crie très fort le prêtre n'a rien à voir dans la politique, trouvait naguère cette influence salutaire ; tel qui nie aujourd'hui la compétence du clergé dans ces questions exaltait jadis la sûreté de principes que donne à un homme l'étude de la morale chrétienne ! D'où vient ce changement, sinon de ce que l'on sent agir contre soi cette influence que l'on a la conscience de ne plus mériter.
Sans doute, l'exercice de tous les droits de citoyen par un prêtre n'est pas toujours opportun, il peut même avoir ses inconvénients et ses dangers ; mais il ne faut pas oublier que c'est à l'Eglise seule qu'il appartient de donner à ses ministres les instructions qu'elle juge convenables, et à reprendre ceux qui s'en écartent, et les évêques de celte Province n'ont pas manqué à leur devoir sur ce point.
Jusqu'ici nous avons considéré le prêtre comme citoyen en parlant politique en son propre et privé nom, comme tout autre membre de la société civile. Y a-t-il des questions où l'Evêque et le prêtre puissent, et même, quelquefois, doivent intervenir au nom de la religion?
Nous répondons sans hésitation : Oui, il y a des questions politiques où le clergé peut et même doit intervenir au nom de la religion. La règle de ce droit et de ce devoir se trouve dans la distinction même que nous avons déjà signalée entre l'Eglise et l'Etat.
Il y a, en eftet, des questions politiques qui touchent aux intérêts spirituels des âmes, soit parce qu'elles ont rapport à la foi ou à la morale, soit parce qu'elles peuvent affecter la liberté, l'indépendance ou l'existence de l'Eglise, même sous le rapport temporel.
Il peut se présenter un candidat dont le programme soit hostile à l'Eglise, ou bien dont les antécédents soient tels que sa candidature devienne une menace pour ces mêmes intérêts.
De même un parti politique peut être jugé dangereux, non seulement par son programme et par ses antécédents, mais encore par les programmes et les antécédents particuliers de ses chefs, de ses principaux membres et de sa presse, si ce parti ne les désavoue point et ne se sépare pas définitivement d'eux dans le cas où ils persistent dans leur erreur après en avoir été avertis.
Dans ces cas, un catholique peut il, sans renier sa foi, sans se montrer hostile à l'Eglise dont il est membre, un catholique peut- il, disonsnous, refuser à l'Eglise le droit de se défendre, ou plutôt de défendre les intérêts spirituels des âmes qui lui sont confiées 1 Mais l'Eglise parle, agit et combat par son clergé, et refuser ces droits au clergé, c'est les refuser à l'P'glise.
Alors le prêtre et l'Evêque peuvent en foute justice et doivent en toute conscience élever la voix, signaler le danger, déclarer avec futorilé
— oiô4 —
que voter en tel sens est un péché, que faire tel acte expose aux censures de l'Eglise. Ils peuvent et doivent parler non seulement aux électeurs et aux candidats, mais même aux autorités constituées, car le devoir de tout homme qui veut sauver son âme est tracé par la loi divine; et l'Eglise, comme une bonne mère, doit à tous ses enfants, de quelque rang qu'ils soient, l'amour et, par conséquent, la vigilance spirituelle. Ce n'est donc point convertir la chaire en tribune politique que d'éclairer la conscience des fidèles sur toutes ces questions où le salut se trouve intéressé.
Sans doute, de semblables questions ne se présentent pas touo les jours ; m.ais le droit n'en est pas moins certain.
Il est évident, par la nature même de la question, qu'à l'Eglise seule doit appartenir l'appréciation des circonstances où il faut élever la voix en faveur de la foi et de la morale chrétienne.
L'on objectera peut-être que le prêtre est exposé comme tout homme à dépasser la limite qui lui est assignée et qu'alors c'est à l'Etat à le faire rentrer dans le devoir.
A cela nous répondrons d'abord que c'est faire gratuitement injure à l'Eglise entière que de supposer qu'il n'y a pas dans sa hiérarchie un remède à linjustice ou à Terreur d'un de ses ministres. En efiet, l'Eglise a ses tribunaux régulièrement constitués, et si quelqu'un croit avoir droit de se plaindre d'un ministre de TEglise, ce n'est pas au tribunal civil qu'il doit le citer, mais bien au tribunal ecclésiastique, seul compétent à juger la doctrine et les actes du Prêtre. Voilà pourquoi Pie IX, dans sa bulle Apostolicps Sœdis, octobre 1869, déclare frappés d'une excommunication majeure ceux qui obligent directement les juges laïques à citer devant leur tribunal les personnes ecclésiastique;, contre les dispositions du droit canonique.
En second lieu, quand l'Etat envahira les droits de l'Eglise, foulera aux pieds ses privilèges les plus sacrés, comme cela arrive aujourd'hui en Italie, en Allemagne et en Suisse, ne serait-ce pas le comble de la dérision que de donner à ce même Etat le droit de bâillonner sa victime ?
En troisième lieu, si l'on pose en principe qu'un pouvoir n'existe pas. parce qu'il peut arriver que quelqu'un en abuse, il faudra nier tous les pouvoirs civils, car tous ceux qui en sont revêtus sont faillibles...
Cette Lettre expose encore les devoirs de la Presse et dit ce qu'il faut penser du serment des fonctionnaires. Elle ajoute à propos de la sépulture ecclésiastique qui, refusée à Guibord comme indigne et pourtant revendiquée, donna lieu à un orocès retentissant dont l'issue fut douloureuse pour l'Eglise :
La sépulture ecclésiastique n'a pas, sans doute, le même degré de sainteté que les sacrements, miis elle n'en appartient pas moins tout
entière et uniquement au jugement de l'Eglise. Nous voulons parler de la sépulture ecclésiasliqae, telle que définie et réglée par les lois canoniques, c'est-à-dire, non seulement les prières et les rites religieux qui accompagnent les funérailles, mais aussi le lieu sanctifié et consacré spécialement par des prières et des bénédictions, pour la sépulture de ceux qui meurent dans la paix de l'Eglise catholique.
Nulle puissance temporelle ne peut prescrire de venir prier sur la tombe d'un mort qu'elle a jugé indigne de ses prières ; c'est un attentat sacrilège que de vicier par la force la sainteté de la terre consacrée par les prières et les bénédictions de l'Eglise.
On dira peut-être que la privation des honneurs de la sépulture ecclésiastique emporte une dégradation et une infamie, et qu'ainsi considérée elle est du ressort de l'autorité civile chargée de protéger l'honneur des citoyens.
Nous répondons que le déshonneur et l'infamie sont plutôt dans la révolte d'ua enfant contre sa mère et que rien ne peut laver la tache d'une désobéissance grave qui persévèrejusqu'à la mort. Tous les procès, tous les appels, toutes les sentences du monde ne feront que donner un plus grand retentissement à la faute et rendre la dégradation et l'infamie plus notoires et plus déplorables aux yeux des vrais catholiques...
Or, nous devons le dire avec douleur, une aîîaire tristement célèbre nous prouve que l'EgHse catholique du Canada est menacée dans sa liberté et ses droits les plus précieux. Et ce qui met le comble à noire affliction, c'est que l'Eglise peut dire comme le prophète : J'ai nourri des enfants Je les ai comblés de bienfaits et ils nï ont méprisé {Isâïe l, 2) ! Les premiers auteurs de cet attentat ont été élevés sur les genoux d'une mère catholique, ils se sont assis dans leur enfance à la table sainte, ils ont reçu le caractère ineffaçable de la Confirmation, et encore aujourd'hui, malgré leur révolte, ils se disent catholiques pour avoir le droit de faire ouvrir par la force l'entrée d'un cimetière consacré par les prières de l'Eglise et destiné par elle à la sépulture de ses enfants fidèles.
Pour déguiser cette usurpation criminelle on a invoqué les prétendues libertés gallicanes^ comme si l'unité catholique, fondée par Jésus- Christ sur l'autorité suprême de Pierre et ses successeurs, n'était qu'un vain nom ! Qu'est-ce en efïst qu'une autorité contre laquelle il serait permis au sujet de se pourvoir en invoquant ses libertés l Quel prince, quelle république voudrait reconnaître un pareil principe invoqué par une province, malgré les déclarations cent fois répétées de la constitution et des tribunaux suprêmes de l'État ?
Que ceux qui sont en dehors de l'Eglise trouvent de pareils principes bons et admirables, nous ne pouvons nous en é'onner ; car ils ne croient pas à cette autorité qui fait le fondement de l'Eglise catholique. Mais que des hommes qui osent encore se dire enfants de l'Eglise en méconnaissant jusqu'à ce point l'enseignement et la hiérarchie, c'est une inconcevable erreur.
Ceux qui ont commencé, soutenu, ou encouragé par leurs souscriptions, cet inqualifiable attentat contre les droits les plus certains de l'Eglise, nous les tenons pour coupables d'une révolte ouverte contre l'Eglise et d'une grave injustice dont ils ne peuvent recevoir le pardon, s'ils ne s'efforcent de la réparer par tous les moyens en leur pouvoir....
Et voici les conclusions :
Tels sont les avis importants que nous croyons devoir vous donner dans les circonstances actuelles : Défiez-vous surtout de ce libéralisme qui veut se décorer du beau nom de catholique pour accomplir plus sûrement son œuvre criminelle. Vous le connaîtrez facilement à la peinture qu'en a faite souvent le Souverain Ponlife : i° Efforts pour asservir l'Eglise à l'Etat ; 2° Tentatives incessantes pour briser les liens qui unissent les Enfants de l'Eglise entre eux et avec le clergé ; 3" Alliance monstrueuse de la vérité avec l'erreur, sous prétexte de concilier toutes choses et d'éviter des conflits ; 4° Enfin, illusion et quelquefois hypocrisie, qui, sous des dehors religieux et de belles protestations de soumission à l'Eglise, cache un orgueil sans mesure.
Souvenez-vous que la véritable politique chrétienne n'a qu'un but qui est le bien public, qu'un seul moyen qui est la conformité parfaite des lois avec la vérité et la justice....
Cette Lettre Pastorale collective était accompagnée d'une circulaire au clergé^ circulaire portant même date et mêmes signatures. Elle disait notamment, après un chaleureux appel à Vunion et à la subordination respectueuse et filiale des inférieurs envers les supérieurs ecclésiastiques :
... N'avons-nous pas même plus de motifs de leur (aux prêtres) dire: Défiez-vous des candidats et des partis qui, parleurs chefs, leurs amis, soutiennent des principes et des doctrines condamnés par l'Eglise, et dangereux à la société? Ce sont souvent des ennemis cachés: ils déguisent leurs tendances aussi longtemps que leur intérêt l'exige ; ils se démasquent dès qu'ils croient pouvoir le faire impunément.
Ces adversaires de la Religion, qui, cependant, prétendent au titre de catholiques, sont les mêmes partout : ils flattent ceux de ces ministres qu'ils espèrent gagner à leur cause ; ils injurient, ils outragent les prêtres qui dénoncent ou qui combattent leurs desseins pervers. Ils les accusent d'exercer une influence indue, de convertir la chaire de vérité en tribune politique ; ils osent quelquefois les traîner devant les tribunaux civils pour rendre compte de certaines fonctions de leur ministère ; ils chercheront même peut-être à les forcer d'accorder la sépulture chrétienne en dépit de l'autorité ecclésiastique.
En présence de semblables menaces, plusieurs d'entre vous, Mes-
sieurs, nous ont demandé de leur tracer une ligne de conduite. Elle est clairement indiquée par les règles canoniques.
1° Un prêtre, accusé d'avoir exercé une influence indue dans une élection, pour avoir rempli quelque fonction ou donné des avis ou des conseils, comme prédicateur, confesseur ou pasteur, et cité pour cela en justice, devrait récuser respectueusement, mais ferm.ement, la compétence du tribunal civil, et invoquer le recours au tribunal ecclésiastique.
2° Un prêtre qui, ayant suivi exactement les décrets des Conciles Provinciaux et les Ordonnances de son Evêque, serait néanmoins condamné pour influence indue par le tribunal civil, devrait souffrir patiemment cette persécution, par amour pour la sainte Eglise.
Avant de terminer cette circulaire, nous pensons à propos de vous répéter. Messieurs, les sages prescriptions du IX* décret du Quatrième Concile de Québec. Dans les circonstances ordinaires, bornez-vous à développer à votre peuple les règles qui doivent le guider dans les élections : « nec ultra procédant in circamstantiis consuelis. S'il se présente quelques circonstances particulières ou extraordinaires, ayez bien soin de ne rien dire, de ne rien faire, sans avoir consulté nec quidquam moliantur inconsulto Episcopo, votre Evêque.
Dans notre pastorale nous insistons fortement sur les droits du Clergé comme citoyen, parce que ses ennemis veulent le lui dénier pour lui fermer la bouche en tout temps ; mais l'exercice de ces droits, comme de beaucoup d'autres, se trouve nécessairement restreint par les règles que vous imposent vos supérieurs ecclésiastiques, à qui seuls il appartient de juger jusqu'à quel point il est opportun d'en user. Le décret du Quatrième Concile de Québec est bien clair et bien formel sur ce sujet.
Notre pastorale expose également en quel cas le prêtre peut et doit élever la voix, non seulement comme citoyen, mais aussi comme ministre de la religion : nous croyons utile de vous faire remarquer que, même dans ces circonstances, vous devez avant tout prendre l'avis et l'ordre de votre Evêque, car ces questions sont toujours de la plus grande importance et elles tombent a fortiori sous la restriction imposée par notre Quatrième Concile...
S'il est nécessaire de mettre les fidèles en garde contre les mauvaises doctrines sociales et religieuses, et de les instruire des vrais principes aussi bien que des devoirs imposés à leur conscience, pour le choix d'un candidat et le vote qu'ils ont à donner ; d'un autre côté, il est aisé de comprendre qu'il faut s'abstenir de traiter en chaire des questions purement temporelles et profanes, et d'y adresser des injures ou des personnalités à qui que ge soit, comme le dit notre Premier Concile dans les avis qu'il donne aux prédicateurs. (Décret XV, N° 8).
Ordinairement même il convient à un prêtre de ne pas se niêler acli-
veraent aux luttes ds partis : sa considération et son caractère seraient exposés à n'y rien gagner. Bien plus, quand, à raison des principes, des antécédents ou des alliances compromettantes de quelque candidat, il sera obligé de se prononcer dans -l'intérêt de la religion et de la patrie, sa parole aura beaucoup plus de poids et d'autorité, s'il ne l'a pas prodiguée inutilement...
Ainsi donc, celte Lettre Pastorale et la circulaire au Clergé qui l'accompagnait exprimaient le réconfortant accord existant alors entre le métropolitain et ses suffragants, relativement aux difficultés religieuses au Canada, auxquelles s'adaptaient les instructions données et les recommandations faites, le tout aussi sage qu'opportun.
Il faudrait cependant ne rien connaître du tempérament des Français-Canadiens, n'avoir qu'une faible idée de la vivacité de leur foi, de la force de leur attachement à des pasteurs généralement populaires à cause de leur zèle éclairé, de leur dévouement sans bornes, pour se figurer que ces avis des évêques ne firent pas, parmi eux, une sensation profonde. Dans le camp libéral, le désarroi fut complet et la confiance en leur avenir très ébranlée.
Que tentèrent alors les ennemis de l'Eglise, les couriisans du pouvoir, pour retenir la fortune hésitante et pour rétablir leurs affaires ? Quelles menaces proféra-t-on en certains milieux et quelles promesses y furent faites ? M^'' Laflèche nous l'a fait déjà entrevoir.
Qu'il nous suffise d'affirmer avec lui que M?"" Tascliereau fut assailli de réclamations, importuné, pressé et qu'on usa auprès de lui d'arguments divers qui troublèrent son esprit indécis, porté à la conciliation par compromis.
Il en résulta que l'Archevêque, regrettantbientôtla publication de sa Lettre Pastorale collective, qui lui valait tous ces tracas, songea sérieusement, vu les instances et les menaces, à la commenter pour en adoucir les sages prescriptions.
Seulement, le document qu'il s'agissait d'affaiblir ou d'annuler était colleclif Qi^ pour la forme, elle était son œuvre ! Il fallî'- ' n. .
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vait être lamentable. Il fallait consulter, au besoin négocier. Des correspondances furent, en effet, échangées. Me"" Laflèche fut invité par ses collègues à résister au métropolitain perplexe.
Il le fit très respectueusement par une lettre datée du Séminaire des Ïrois-Rivières, 13 février 1876, ainsi conçue :
Monseigneur. — Notre lettre du 32 septembre est un exposé clair et précis de la doctrine catholique sur la question si difficile des rapports de l'Eglise et de l'Etat. Elle est de plus une affirmation des droits de l'Eglise en cet ordre de choses, et une revendication courageuse de ses droits contre les empiétements et aussi contre les lâchetés du libéralisme catholique. Or la doctrine et les droits affirmés dans ce document sont tellement clairs et précis, que les adversaires ont été comme étourdis et éblouis, et qu'aucun n'a osé les aîtaquer de front. Ils ont cru qu'une attaque indirecte aurait plus de chance, et ils ont tourné leurs regards vers le protestantisme, soufflant de ce côté le feu de la discorde et attisant le fanatisme. Mais tout ce tapage n'aboutira pas à grand'chose ; car le document est là, il parle par lui-même et prouve à qui veut le consulter loyalement que nous n'avons blessé les droits de personne; mais que nous en sommes tenus strictement aux droits de la défense en affirmant la doctrine catholique et en revendiquant ses droits là où ils étaient attaqués, et en traçant aux fidèles confiés à nos soins des règles de conduite sur ces questions, pour la sûreté de leur conscience et l'acquit de leurs devoirs envers la sainte Eglise.
Et nous nous en sommes tenus là. Nous avons cru qu'il était mieux de ne pas descendre sur le terrain des faits et des personnes pour y faire l'application de ces principes ; nous avons cru qu'il fallait mieux en laisser le soin à la conscience des fidèles sous la direction de leurs Pasteurs respectifs conformément aux règles que nous leur avions déjà données.
Depuis, les adversaires ont cru trouver une bonne fortune dans la lettre de Monseigneur l'Archevêque de Toronto qu'ils ont interprétée dans un sens favorable au gouvernement de M. McKenzie, et de là les efïorts qu'ils ont faits pour jeter du trouble et de l'hésitation dans les esprits. Mais en réalité cette lettre ne fait qu'exposer la même doctrine que la nôtre et constater le fait regrettable que des Pasteurs auraient été trop loin dans leurs instructions, puisqu'il a fallu les avertir de ne pas changer la chaire sacrée en tribune politique. Tel n'est point le cas ici, et quelques écarts qui ont pu se produire ont pu être facilement corrigés par quelques avis particuliers.
Après avoir mûrement réfléchi et prié je suis d'avis :
i" Qu'il faut s'en tenir à ce que nous avons dit dans notre lettre ; elle est suffisamment claire et explicite pour tout homme de bonne volonté, et les quelques difficultés qu'elle pourrait présenter à certains esprits peuvent facilement se lever par une explication verbale et privée ;
2° Que tout commentaire collectif que nous donnerions publiquement ne pourra manquer de soulever des interprétations qui ne feront qu'augmenter Je trouble, et par là même atténuer et même paralyser le bien que cette lettre a déjà fait, qu'elle continue encore à faire :
3** Que le temps n'est pas encore venu d'en faire nous-mêmes i'ap-
plication directe aux partis, et qu'il en résulterait beaucoup plus de mal que de bien ;
4° Qu'il faut, par conséquent, suspendre noire jugement public et officiel sur le parti au pouvoir fédéral, ni le condamner ni l'absoudre, mais laisser ce soin à chaque fidèle en particulier, à l'aide de la direction que nous lui avons donnée ;
5° Qu'il ne faut point non plus déclarer que nous n'avons pas eu l'intention de ne condamner qui que ce soit, homme ou parti, mais seulement de proclamer la doctrine et les droits de l'Eglise : la lettre le dit assez par elle-même.
En résumé donc, je suis d'opinion que le silence est le meilleur parti pour le présent.
A ces remarques des suffragants dont Aie"" des Trois-Rivières était le porte-parole, Ms"" Taschereau fait une réponse dilatoire, et M^'' Laflèche doit riposter par une seconde lettre datée encore du Séminaire des Trois-Rivières, 26 mars 1876:
MoxsEioEUR. — Y. G. nous ayant parlé des accusations portées contre quelques prêtres du comté de Charlevoix, je crois répondre à son désir en lui faisant connaître mon opinion sur cette difficile affaire.
i" Ces prêtres sont accusés d'avoir exercé une influence indue sur leurs paroissiens en disant en chaire que les Evêques de la province de Québec avaient condamné le parti libéral dans leur lettre du 22 septembre dernier.
2° Il me paraît évident que M. Tremblay, l'accusateur, doit d'abord faire la preuve de ses allégués de manière à lever et à dissiper tout doute. Or, on me dit que ses avancés et ses témoins sont contredits et même niés formellem.ent par les accusés qui ont des témoins à leur appui. De ces accusations contredites et de ces preuves contradictoires^ il ressort un doute sérieux. Le parti le plus prudent à prendre en ce cas, est de suspendre le jugement jusqu'à ce que les doutes soient dissipés par une enquête convenable faite sur les lieux, afin de bien étabhr les faits.
3° Supposé que, l'enquête faite, l'accusation se trouve dûment prouvée, vient alors la question de droit. Ces curés en disant en chaire à leurs paroissiens que les Evêques de la Province avaient condamné dans leur lettre pastorale le parti libéral, ont-ils réellement exercé une influence indue sur ces fidèles?
A' Examinons d'abord la portée de celle leltre pastorale sur ce point, et voyons en quel sens et comment la condamnation qu'elle portait pouvait atteindre un individu ou un parti politique.
Ce document contient la condamnation formelle et précise des doctrines libérales et cat'iolico-libérales ; par conséquent un individu ou
un parti politique, imbu de ces doctrines condamnées, qui les suit dans la pratique, qui s'efforce de les faire prévaloir, tombe certainement sous le coup de cette condamnation; mais comment? De quelle manière? Il y tombe indirectement et par voie d'interprétation.
5" Les Evêques n'ont pas jugé prudent ni praticable de faire euxmêmes l'application directe et explicite de cette condamnation aux individus et aux partis politiques qui pouvaient se trouver en défaut et imbus de ces doctrines funestes et de ces erreurs ; mais ils ont laissé ce soin à la conscience de chacun en leur traçant cependant des règles sûres pour les conduire dans l'accomplissement de ce devoir qui a une grande analogie avec le verdict des jurés.
6° Maintenant ces curés en lisant la Lettre Pastorale à leurs paroissiens et en la leur expliquant au meilleur de leur capacité, remplissaient une fonction qui a aussi de l'analogie avec celle du juge qui fait sa charge aux jurés afin de les aider à bien remplir leur devoir. Or la loi civile laisse ici une grande latitude aux juges dans ces sortes d'adresse, parce qu'ils sont les guides naturels des jurés qui ont tant besoin d'être éclairés en ces moments solennels où ils ont à décider du sort de leurs semblables, et surtout la loi leur accorde sa haute protection. Nul doute que l'Eglise n'accorde à ses pasteurs une latitude et une protection convenables dans les instructions et directions qu'ils ont à donner aux fidèles qui leur sont confiés, pour reconnaître l'erreur où elle se trouve et la repousser dans la mesure de leurs forces.
7" Ces curés ont-ils donc été trop loin, et ont-ils commis un acte criminel en disant en chaire que la Lettre Pastorale condamnait le parti libéral ?
Je réponds : ils ont été trop loin, mais ils n'ont pas commis un acte criminel; ni exercé une influence indue.
8° Et d'abord ils ont été trop loin, parce qu'un règlement disciplinaire de nos Conciles leur défendait d'aller plus loin que l'exposé des principes, sans consulter l'Ordinaire {inconsullo Episcopo), et ils ont manqué à ce règlement en faisant ainsi une application des principes à un parti politique sans avoir consulté leur Archevêque.
9° En second lieu, ils n'ont point fait un acte criminel, ni exercé une influence indue. Les fidèles venaient d'entendre la lecture de cette Lettre ; ils pouvaient la rehre sur les journaux, et ils étaient certains qu'elle ne contenait point la condamnation directe et explicite d'un individu ou d'un parti politique quelconque. Il leur restait donc à conclure qu'il ne pouvait s'agir que d'une condamnation indirecte et interprétative, qui dans l'opinion et au jugement de leur curé s'appliquait au parti libéral en question ; et que, par conséquent, cette opinion, toute respectable qu'elle fût, n'était pour eux qu'un conseil qui ne leur ôtait point la liberté de porter un autre jugement, s'ils croyaient que le parti libéral n'est pas imbu des erreurs condamnées par la Lettre
Pastorale. L'opinion de ces curés ainsi manifestée en chaire n'est pas plus une influence indue ^ que ne l'est l'opinion des juges manifestée dans leur charge aux jurés.
10° Pour qu'il y eût une influence indue ^ il faudrait que ces curés eussent dit à leurs paroissiens que les Evêques avaient condamné formellement et explicitement le parti libéral, et qu'en conséquence ils avaient défendu aux fidèles sous peine de péché de le supporter ou quelqiîe ciioïe d'équivalent, qui ôtât aux électeurs ia liberté de leur vote et le droit de constater par eux-mêmes si ce parti e.^t réellement imbu des doctrines condamnées. Telle est. Monseigneur, mon humble opinion sur celte question.
Il" Je pense qu'il faut se garder de dire dans le jugement que la lettre n'a pas condamné le parti libéral, ce qui ne serait pas strictement vrai. Car ce document condamne indirectement tout individu ou tout parti politique imbu des erreurs libérales, et par conséquent cette condamnation atteint le parii libéral en autant qu'il est imbu de ces erreurs.
Je prie le Seigneur de vous envoyer son Esprit de lumière et de sagesse pour le règlement de cette affaire difficile. »
(c Telle est, continue M^'' Laflèche dans son Mémoire à la Sacrée Congrégation de la Propagande, la ligne de conduite que je me suis toujours eiTorcé de suivre dans mon diocèse et que je n'ai point cessé de recommander à mon Clergé. Aussi nous avons eu toujours dans notre diocèse la paix sous ce rapport jusqu'à présent... «
Comment donc contester la sagesse de ces appréciations et la prudence de cette conduite ? L'Archevêque est-il convaincu? Non! Il avait ses raisons pour complaire et il n'arrivait pas à entraîner ses suffragants à une condescendance jugée périlleuse, téméraire, injuste.
S^obstinant, n'étant pas en mesure de rapporter ni de modifier la Lettre Pastorale collective qu'il avait rédigée et publiée avec le concours de ses collègues, M^'' Taschereau tourna la difficulté en publiant, le 25 mai 1876, un Mandement particulier qui affaiblissait la Lettre Pastorale et en détruisait les meilleurs effets (1).
En ce Mandement il parle aux électeurs de leurs responsabilités, disant :
(( Dieu jugera les candidats ; il jugera les électeurs ; il jugera tous ceux qui prennent part aux élections, il vous
(1) V'oir texte intégral de ce Mandeiuent au tome m, page 62 et suiv. des Voix Canadiennes, Vers V Abîme.
demandera compte de vos intentions, de votre choix, de votre suffrage, de vos paroles, de vos actes, dans Vexercice de ce droit important de vote... »
Il parle de sobriété^ de justice, de charité, de vérité, de prudence et de Tlieure de la mort.
Mais surtout de charité ; il montre la laideur du vice ; la gravité du péché ; de la noblesse du vote qu'il ne faut pas avilir.
Quant aux moyens à prendre pour ne pas se tromper dans son choix, il ne dit pas à l'électeur de voter pour tel parti eu tel candidat, plutôt que pour tel autre. Quand des circonstances exceptionnelles exigeront qu'il élève la voix pour signaler un danger (il n'en est plus sûr, mais), il espère que Dieu lui fera la grâce de ne pas manquer à son devoir de pasteur, et il a la confiance qu'il sera écouté. Son unique but, dans celte pastorale, est d'exposer les règles générales de prudence chrétienne.
Il faut craindre, dit-il, des lois sévères ; être prudents, polis, charitables et ce serait salutaire de faire chanter une messe en union d'intentions honnêtes.
Mais du libéralisme il n'est plus question; de la condamnation des libéraux francs-maçons, pas davantage. M&''' Taschereau demande une messe solennelle aux électeurs, sans doute aussi aux candidats qui, à l'exemple du bon roi Henri IV, trouveront toujours qu'aussi bien que Paris, un mandat législatif vaut cette démarche inoffensive ou ce léger sacrifice !
C'était vraiment faire trop bon marché de la Lettre Pastorale collective ; c'était en réduire, délibérément et après coup, ^importance à celle du Mandement personnel du seul archevêque de Québec, qui ne s'expliquait cependant pas sur les motifs nébuleux de son étrange revirement et de son acte contradictoire.
La situation faite aux évêques suffragants devenait intolérable; les accusations dont, eux et leur clergé, étaient Tobjet leur conseillaient d'en référer à Rome.
L'apparition de ce Mandement, dit encore M"''Laflèche dans le même Mémoire à la S. G. de la Propagande, produisit un sentiment pénible dans le clergé et surtout dans le clergé du diocèse de Québec, qui se sentait humilié et compromis par le silence forcé qu'on lui imposait, et cela dans le temps précisément oii plusieurs de ses membres étaient traînés devant les tribunaux civils sous prétexte à'inflaence spirituelle indue ; ce qui pouvait être interprété par le tribunal comme une reconnaissance de culpabilité de la part de leur Ordinaire. Tous les bons ca-
Iholiques qui avaient été si heureux l'année précédente de voir la concorde rétablie entre les évêques par la Pastorale du 22 septembre, furent aussi grandement affligés de voir l'Archevêque se séparer de nouveau des autres évêques et donner à son clergé une autre direction à suivre au sujet des élections, et différente de celle donnée unanimement par l'épiicopat Tannée précédente. Il en fut de même à plus forte raison des suffragants. Dans une assemblée qui eut lieu quelquesjours après la publication de ce Mandement auquel aucun d'eux ne s'était attendu, ils lui exprimèrent tous dune voix la surprise qu'ils en avaient éprouvée, et le chagrin avec lequel ils voyaient leur Métropolitain se séparer d'eux sur une question où l'accord et l'unanimité des évêques étaient indispensables au maintien de leur autorité, et à l'efficacité de la direction qu'ils avaient donnée aux fidèles sur ce grave sujet.
Par contre, ce Mandement porta la jubilation dans le camp des libéraux, et quelques-uns annoncèrent même d avance que leur parti ;ii!ait enfin être réhabilité par la plus haute autorité religieuse du pays. A l'apparition du Mandement le Journal de Québec emboucha le premier la trompette et annonça que ce document, émanant du chef de la iiiérarchie ecclésiastique, devait seul désormais faire autorité, qu'il remplaçait la Pastorale du 22 septembre, qui devait à l'avenir être reg udèe comme non avenue.
Ce fut au point que le Métropolitain se sentit obligé de piotestercotilre les assertions hardies de cette feuille libérale, et de lui adresser, le 8 juillet, une lettre dans laquelle on lit entre autres choses ce quibuit : Dans votre numéro du 21 dejuiu... vous affirmez que mon Mandement du 25 mai dernier remplace le Mandement du 22 septembre 1870. Je crois devoir protester contre cette expression qui insinue que j'ai regretté et révoqué la dite Pastorale collective. Les principes qui y sont contenus sont, à mes yeux, trop vrais et trop certains pour que je songe jamais à regretter de l'avoir signée, et à la remplacer par un autre.
Ce fut en vain que S. G. protesta contre les assertions de la presse libérale; tout le monde voyait et comprenait que, si les /)/7'/ic//;e5 étaient les mêmes dans les deux documents, la direction donnée était fort différente. Le silence gardé sur les erreurs libérales, et imposé au clergé sur les explications à donner aux fidèles sur ce sujet, faisait du Mandement de l'Archevêque un document contraire à la Pastorale collective de i'épiscopat de la Province. Voilà ce que tout le monde comprenait, ce qui contri^lait le clergé et les fidèles les plus éclairés, et qui réjouissait grandement les libéraux cl tous les ennemis de l'Eglise. L'Archevêque en désaccord avec tous les suffragants, et le clergé de l'Archidiocèse bâillonné, était pour eux une tiop belle aubaine pourn'en point profiter. Aus«i vit-on leur hardiesse redoubler dans les poursuites scandaleuses contre le clergé sous le prétexte d'injluence spirituelle indue.
Je suis convaincu que, si le Métropolitain s'en était fermement tenu, comme ses sulîragrnts, à la Pastorale du 32 septembre, et eût retenu
à son tribunal les plaintes qui y avaient été portées contre quelques prêtres, au lieu de les laisser aller au tribunal civil sans aucune réclamation, l'on n'aurait pas eu le triste spectacle des procès scandaleux de V influence spirituelle indue.
De plus en se séparant ainsi des autres Evêques sur une question aussi grave, Monseigneur l'Archevêque a agi contrairement à la défense du Saint-Office ainsi exprimée dans !a lettre de Son Eminence le Cardinal Patrizzi, citée à l'occasion du Programme catholique : « Mais afin de prévenir le retour de ces maux et d'éloigner toute occasion et sujet de discorde, les mêmes Pères Eminentissimes, en vertu de leur autorité et au nom du Saint-Siège défendent strictement à Votre Grandeur, et aux autres évèques de la province de ne rien publiera l'avenir qui paraisse indiquer un dissentiment ou une divergence d'opinion. ■>
Voilà. Eminentissimes Seigneurs, les deux seuls faits qui aient pu servir de base à ce qui est dit dans les instructions du Saint-Office données au Délégué apostolique en 1876 :
« Que la cause de si graves inconvénients se trouve dans la division de ces Evêques entre eux, tant au sujet de la question politique qu'au sujet d'autrea questions qui s'agitent en ce moment au Canada. »
Permetîez-moi de le dire, là n'est poiiit la première cause de nos difficultés ; la véritable cause se trouve dans les influences diverses que subit à son insu, je pen-:e bien, Monseigneur l'Archevêque, et qui l'inclinent tantôt à marcher avec ses sufiragants, et tantôt à favoriser les libéraux. Voilà ce que tout le monde remarque et que beaucoup ne se gênent pas de dire. Les protestants eux-mêmes le remarquent, comme le prouve l'extrait suivant dun journal anglais de Montréal :
« Pour M^"" Taschereau qui paraît toujours prêt à favoriser les libébéraux, ou à sacrifier à la fois ses convictions et ses amis aux bigots ; proclamant à un moment des ordres éclairés, et shumiliant ensuite devant les évèques Laflèche et Langevin, c'est un rude coup. »
On se rappelle aussi les paioles du chef libéral M. W. Laurier: « M?"" l'Archevêque nous rend certainement service en inclinant tantôt d'un côté et tantôt de l'autre ; mais il n'est pas Ihomme qu'il nous faut pour un triomphe complet, il est trop girouette ! »
La supplique faite au Saint-Père par les évèques, déléguant M^^ Laflèche (1), est datée du 13 juillet 1876, elle dit :
Très Saint Père. — Les soussignés se regardent comme profondément humiliés d'avoir à répondre à des accusations si dénuées de tous senlirnents des plus simples convenances et présentées sous des formes
(1) Voir texte intégral. Voix Canadienne", Vers CAbinie, tome m, page 69 et suiv.
odieuses et compromettantes pour le caractère sacré dont ils sont revêtus.
Permettez-leur de remarquer que les Evêques n'ont jamais ordonné à l'Université d'empêcher ses Professeurs de se mêler de poiitiqu3,mais recommandé ; et cela à la demande formelle de quelques-uns des Professeurs Prêtres delUniversité-Laval.
Piien ne leur sera plus facile de prouver à Votre Sainteté qu'en recommandant ainsi aux Professeurs de la dite Université-Laval de ne point s'immiscer activement dans les élections, ils n'ont eu intention que de prévenir un très grand scandale, celui de laisser marcher à la tête des libéraux, qui foulaient aux pieds leurs Mandements et leurs Lettres Pastorales traçant aux Fidèles les règles qu'ils avaient à suivre pour faire de bonnes éleclions, des hommes dont l'iufluence pouvait être d'autant plus funeste qu'elle paraissait soutenue de l'autorité delà dite Université.
En attendant, ils croient devoir faire observer à Votre Sainteté qu'après le premier désir exprimé au Séminaire, sur qui seul repose toute la responsabilité des faits et gestes de rUniversité-Laval, de veiller à ce que ses Professeurs ne se compromissent plus dans les élections, comme ils avaient fait précédemment, il s'écoula un an entier sans qu'aucune réponse ait été donnée aux soussignés.
Une seule recommandation, donnée en des termes plus explicites, comme de juste, demeura encore un an sans réponse. Celle réponse fut évasive et n'était au fond qu'un refus de se conformer au désir des soussignés dont on est allé se plaindre à Rome. Les principaux motifs allégués dans cette réponse du Recteur, pour justifier ce refus, sont au fond ceux qui ont été formulés devant la S. Congrégation comme sujet de plaintes contre les soussignés.
Rien de plus futile et de plus faux que ces allégués. Car, à entendre ces accusateurs, l'Université Laval serait exposée à tomber si on eu éloignait ces professeurs. Or il n'en est rien du tout; mais ce qu'il y a de certain, c'est que cette institution jouirait davantage de la confiance des familles si tous ses professeurs avaient la confiance des Evêques. Malheureusement, ce n'est pas le cas ; les soussignés ont la douleur d'admettre ce fait regrettable. Pour ce qui les regarde, il ont fini par déclarer qu'ils ne voulaient plus lieu avoir à démêler avec celle Université.
3* Dans sa dite lettre du iS mai dernier, Son Eminencc s'adresse à S. G. M^'' l'Arch. de Québec, pour avoir des informations exactes, concernai;!, les prétendus troubles occasionnés par riutervenlion du Clerpé de L\ Province dans les élections politiques, et pour apprendre de ici quels moyens de prudence sa sagesse suggère pour éloigner les diffic allés qui se sont présentées.
Ce n'est pas dans une simple supplique comme celle-ci, que les soussignés peuvent faire un exposé complet de celte malheureuse affaire, pour que Vote Sainteté puisse l'apprécier à sa juste valeur. Mai? ils le
feront dans un Mémoire particulier, et forts de la justice de leurs réclamations, ils ont la pleine confiance de pouvoir lui présenter cette question, qui est si fort embrouillée, sous un jour si lumineux, que ce Mémoire devra paraître aux yeux des gens sans préjugés, vraiment inattaquable.
Ils croient devoir, en attendant, présenter ici à Votre Sainteté quelques observations générales qui lui donneront toute la clef de cette sérieuse difficulté.
Vers la fin de l'année dernière, nos libéraux se montrant plus excités, quelques Evêques proposèrent à S. G. Ms"" l'Archevêque de s'entendre avec ses sufïragants, pour donner une lettre collective, qui serait publiée dans toute la Province, afin de fermer la bouche à ceux qui, pour s'autoriser dans leurs fausses opinions, trouvent toujours des prétextes de se soustraire à l'enseignement de leur Evêque, en invoquant l'autorité de quelques autres Evêques dont malheureusement ils abussent pour tromper le bon peuple.
L'Archevêque acquiesça volontiers à cette proposition, et il voulut bien, à la prière de ses sufïragants, rédiger lui- même celle Lettre Pastorale qui fut ensuite souscrite de grand cœur par tous ses suffragants et publiée le 23 septembre 1870.
Mais pendant que la masse du Clergé et des bons catholiques dans toute la Provmce applaudissaient à cetiraportant document, les libéraux, qui y voyaient la condamnation de leurs principes et la ruine de leur parti se portèrent dans leurs écrits à des excès inouïs. Comme ce moyen ne leur réussissait pas, ils employèrent toutes sortes d'intrigues et d'autres moyens condamnables pour faire revenir les Evêques sur leurs pas.
L'Archevêque, à ce qu'il paraît, fut ébranlé par toutes les menées secrètes qui se tramaient autour de lui pour le détourner de la voie dans laquelle il était entré si généreusement avec ses sufïragants.
11 prêta l'oreille aux propositions qai lui furent faites de modifier la dite Lettre Pastorale, ou plutôt de la regarder comme non avenue.
Mais comme il ne pouvait modifier seul une lettre qui était entrée dans le domaine public revêtue des signatures de tout l'épiscopat de la Province, il comprit qu'il devait avant tout travaillera avoir le concours de ses sufïragants. Il leur proposa donc son projet. Mais tous, d'une voix unanime, lui répondirent que la position qu'ils avaient prise dans leur lettre collective, qui n'est que le résumé des documents du Saint-Siège et des Décrets de nos Conciles provinciaux, leur paraissait si juste et si honorable pour l'Eglise, qu'ils n'entendaient nullement la quitter, et qu'ils voulaient à tout prix s'y fixer.
Là-dessus, l'Archevêque jugea que le seul moyen possible de se tirer de rembarras que lui suscitaient ses amis était d'adresser au Clergé et au peuple de son Archidiocèse un Mandement dans lequel il omit tout ce qui avait rapport au libéralisme cathoHque, et il en formula l'exécution de manière à imposer silence au Clergé, ou à ne lui permettre
que des choses qui n'embarrasseraient nullement les libéraux, qui, par là, demeuraient maîtres du champ de bataille.
Tel est le point de la difficulté qu'a prétendu trancher S. Em le Cardinal Préfet, en chargeant l'Archevêque seul, à l'exclusion de ses sufïraganls, de faire les suggestions que, dans sa sagesse, il trouveîdit convenables et propres à faire cesser ces difficultés. Il est facile de s'apercevoir que l'Archevêque est appelé ici à juger sa propre cause
Quoi qu'il en soit. Votre Sainteté conclut facilement que l'Archevêque, au lieu de soutenir et de protéger ses suffraganls, dans la cause qu'ils s'étaient engagés, d'un commun accord, à défendre, les abandonna à la fureur des libéraux. Aussi se sont-ils portés à toutes sortes d'excès dans des écrits furibonds publiés sur ce sujet, dans leurs journaux.
Il s'est montré également faible, quand il a fallu venger ses mêmes sufïragants quand il a vu l'Universilé-Laval les traiter avec un mépris affecté : après s'être uni à eux pour demander que le Séminaire de Québec ne permît pas aux Professeurs de Laval de se mêler activement «les élections, il a fini par les abandonner et par approuver les démarches de rUniversité contre les vues des Evêques.
Toutes ces observations sont, comme de raison, abandonnées aux appréciations de la suprême sagesse de Votre Sainteté.
Tout ce que les soussignés attendent aujourd'hui de Votre Sainteté, c'est que Vous daigniez recevoir avec bonté paternelle M^": Laflèche, Evêque des Trois-Rivières, qui veut bien consentir à faire le voyage de la Ville Sainte, pour Lui donner toutes les explications qui Lui sont nécessaires pour qu'Elle puisse leur rendre la justice qu'ils croient mériter du Saint-Siège qu'ils vénèrent et honorent d'un culte vraiment filial.
Ils croient devoir déclarer en même temps qu'Us reposent toute confiance dans la prudence, l'impartialité et les intentions droites de ce digne Evcque. Ils supplient en conséquence Votre Sainteté de vouloir bien croire qu'il est autorisé par eux à Lui exprimer leurs vrais sentiments sur les questions qu'il est chargé d'exposer au Saint-Siège pour le plus grand bien des Eglises confiées à leurs soins...
M?^ Laflèche, ainsi accrédité et délégué à Rome par ses collègueS; appuya celte Supplique par une admirable adresse, où nous lisons :
Très Saint-Père (i). — L'Evêque des Trois-Rivières, soussigné, député vers le Saint-Siège par ses Vénérables Frères et Collègues de la Province de Québec pour donner certaines informations demandées par SonEm.le Cardinal A. Franchi, Préf. de la Propagande dans une lettre du i8 mai dernier...
(1) Voir leste iutégral au tome ii des Voix Canadiennes, Vers l'Abîme, page 76 et sulv.
... Ce n'est pas, Très Saint-Père, que le souffle de la grande erreur contemporaine ne se soit pas fait sentir dans la vallée de notre grand fleuve et que la voix enchanteresse des sirènes libérales n'ait fait entendre ses échns sur les bords du Saint-Laurent, et n'ait même pénétré jusque dans l^profondeurde nos forêts 1 Mais grâce à la vigilance des premiers Pasteurs, grâce au zèle écb.iré de leurs dignes coopérateurs dans le saint ministère, le nombre des victimes de cette subtile et séduisanie erreur est encore assez restreint, et la masse de noire peuple est demeurée profondément attachée à notre Mère la sainte Eglise catholique et fidèlement soumise à tous les enseignements du Vicaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
C'est depuis 25 ans environ que les erreurs contemporaines ont commencé à faire sentir leurs funestes effets dans les élections populaires, et à leur donner un caractère bien prononcé d'hostilité contre l'Eglise de la part de certains catholiques influents de la Province. Ils formèrent un p?rti et fondèrent des journaux qui se donnèrent la mission de faire prévaloir en Canada les idées subversives de la France, de battre en brèche les doctrines de l'Eglise sur les rapports des deux puissance.5;, et d'attaquer ouvertement le Clergé.
Les Evêques justement alarmés de celte tentative, hardie et inouïe jusque-là, au milieu de nos religieuses populations jetèrent un cri d'alarme, et ils ne cessèrent depuis de surveiller les allures et les menées de ces dangereux ennemis de la foi de leur peuple, afin de déjouer leurs plans et de faire échouer leurs tentatives hypocrites pour tromper la bonne foi et accaparer la confiance de notre bon peuple. Dans leurs Lettres Pastorales, dans leurs Mandements, dans leurs Décrets de leurs Conciles provinciaux, il est facile de voir avec quel zèle et quelle assiduité ils veillaient à la garde de leurs troupeaux.
Voire Sainteté peut en avoir un aperçu dans les extraits suivants de leur dernière Lettre Pastorale collective, qu'ils jugèrent nécessaire d'adresser à tous l?s catholiques de la Province au mois de septembre dernier, pour les prémunir contre de nouveaux dangers. Ce document important résume avec clarté et précision les enseignements et les directions données jusque-là. Il commence par rappeler la constitution divine de l'Eglise, son autorité, sa mission dans le monde...
Suivent des extraits de la Lettre Pastorale du 22 septembre 1875, et M"'' Laflèohe termine ainsi :
... Le soussigné comprend qu'il doit demander pardon à Voire Paternité pour ces longues citations. Il espère néanmoins que le désir de bien faire connaître à Voire Sainteté les sentiments de dévouement de l'Épiçcopat, du Clergé et du peuple canadien à la Chaire Apostolique, ainsi que leur fidélité à suivre ses enseignements, lui servira d'excuse.
« En effet, Très Saint- Père, si votre cœur es': souvent contristé par
l'indocilité d'un nonabre, hélas ! bien trop grand de vos enfants, les témoignages de l'amour et de la docilité, même des plus petits et de plus éloignés, ne peuvent manquer d'apporter quelque consolation à ■votre cœur dans ses grandes tribulations... »
La réponse de Pie IX ne laissa pas d'être satisfaisante et consolante pour les évêques appelants. Elle est renfermée dans le bref du Pape à l'Evêque des Trois-Rivières, dont voici la traduction :
Vénérable Frère, Salut et Bénédiction Apostolique. Ce que vous avez attesté par écrit et de vive voix, en votre propre nom et en celui des autres Prélats Canadiens, de votre commune soumission et afïection envers ce Siège Apostolique, Nous a été très agréable, Vénérable Frère, surtout en ces temps où l'accord et l'union des esprits et des cœurs est si nécessaire pour arrêter le torrent des maux qui nous envahissent et pour en détourner de plus grands encore. Nous nous gommes principalement réjoui du soin que vous prenez d'inculquer au peuple la saine doctrine et de lui expliquer ce qui regarde la nature, la constitution, l'autorité, les droits de l'Eglise, dont on a coutume de pervertir très subtilement la notion pour tromper les Fidèles ; et Nous avons dû louer le zèle avec lequel vous vous êtes efforcés de prémunir le même peuple contre les astucieuses erreurs du libéralisme dit catholique, d'autant plus dangereuses qu3, par une apparence extérieure de piété elles trompent beaucoup d'hommes honnêtes, et que, les portant à s'éloigner de la saine doctrine, nommément dans les questions qui, à première vue, semblent concerner plutôt le pouvoir civil que l'ecclésiastique, elles affaiblissent la foi, rompent l'unité, divisent les forces catholiques, et fournissent une aide très efficace aux ennemis de l'Eglise, qui enseignent les mêmes erreurs, quoique avec plus de développements et d'impudence, et amènent insensiblement les esprits à partager leurs desseins pervers. Nous vous félicitons donc. Nous souhaitons que vous travailliez toujours à dévoiler leurs pièges et à instruire le peuple avec une semblable ardeur, un pareil discernement et avec une concorde qui montre à tous votre charité mutuelle, et prouve que chacun de vous ne pense, ne dit et n'enseigne qu'une ^eule et même ; hose. Or, ceci arrivera de soi-même, si vous vous appliquez à nourrir soigneusement en vous ce dévouement à cette Chaire de Pierre, maît: esse de la vérité, que vous professez en termes si forts et si affectueux. Nous vous le souhaitons à tous, en même temps que, comme augure des faveurs divines et comme gage de Notre particulière bienveillance. Nous vous accordons de tout cœur la Bénédiction Apostolique, à vous, Vénérable Frère et à chacun des Evêques Canadiens ainsi qu'à leurs diocèses.
D.3nné à Saint-Pierre de Rome, le aS septembre 1876, de notre Pontificat la trente-et-unième année.
Tous les Evêques publièrent ce bref pontifical avec les commentaires de circonstances (l). Ms"" Laflèche le publia dans sa Lettre Pastorale du l'^'' novembre 1876, où il disait :
Nos TRÈS CHERS Frères. — Nous nous faisons un devoir aujourd'hui de porter à votre connaissance le Bref apostolique que N. T. S. P. le Pape a daigné Nous adresser pendant Notre séjour dans la Ville- Eternelle. Pour bien vous faire comprendre le véritable sens de ce vénérable document, et l'importance que nous devons y attacher, il esl nécessaire de vous exposer les circonstances dans lesquelles il Nous a été adressé.
Vous vous rappelez, sans 'doute, Nos très chers Frères, les clameurs qui se sont élevées contre le Clergé, à la suite des élections pour la Province de Québec en 187.5 et les menaces de poursuites judiciaires contre les prêtres pour influence indue, qui se faisaient entendre de côté et d'autres. Les Evêques, alarmés de celte recrudescence de haine, comprirent qu'il était nécessaire d'éclairer les fidèles sur la graviié des questions soulevées, qui ne louchaient à rien moins qu'à la constitution de l'Eglise, à ses droits imprescriptibles, à sa mission divine; car, c'était la liberté de la prédication évangélique que l'on menaçait, et que l'on voulait soumettre au jugement des tribunaux civils, contrairement à toutes les défenses et censures de l'Eglise. En conséquence, ils adressèrent, le 32 septembre 1875, une Lettre Pastorale collective aux catholiques de toute la Province de Québec, contenant un expose clair et précis de la constitution divine de l'Eglise, de ses droits et de sa mission divine dans le monde, et une revendication. courageuse de ces rnêraes droits.
L'apparition de ce document important fit une sensation profonde, apaisa les clameurs, et fit taire, pour ie moment, les menaces de poursuite contre les prêtres. Mais un travail se commença alors contre celte Lettre Pastorale, que les adversaires n'osaient point attaquer ouvertement. Ils s'appliquèrent à miner son autorité, et à paralyser le bien qu'elle opérait, en jetant habilement, daus l'ombre, des doutes sur sa parfaite orthodoxie, et en s'efiorçant de la faire regarder comme une intervention indue dans le domaine politique.
On faisait même courir le bruit que le Saint-Siège pourrait bien la censurer et allait donner un Monltiun sévère aux Evêques de la Province. Bien que toutes ces rumeurs fussent sans fondement, il s'ensuivit néanmoins un malaise dans un grand nombre d'esprits, et ua certain doute sur la sûreté de la doctrine de ce grave document.
En même temps on faisait auprès du Saint-Siège des rapports gran-
(1) V. les textes de ces coaitnenlaires, tome m des Voix Canadiennes, Vers V Abîme, page 69 et suiv.
dément exagérés, et même entièrement faux, contre la Clergé de toute la Province. On le représentait comme intervenant d'une manière tout à fait inconvenante dans les élections politiques, et comme agissant avec tant d'imprudence qu'il compromettait l'avenir de la religion en ce pays.
Ce fut au point que S. E. le C" A. Franchi. Préf. de la S. G. de la Propagande, crut devoir en écrire à M-"' l'Archevêque de Québec, et demander des renseignements précis à ce sujet.
Cette information officielle du Saint-Siège fit comprendre aux Evêques de la province qu'il y avait quelque chose de réel dans les rumeurs malveillantes que certains personnages inconnus faisaient circuler contre eux et leur Clergé, et que leur devoir était d'éclairer au plus tôt le Saint-Siège sur toutes ces menées d'adversaires qui avaient le soin de se cacher dans l'ombre. Ils décidèrent que le meilleur moyen à cet eflet était de députer l'un de leurs Collègues auprès de la Chaire Apostolique, avec mission de répondre à toutes les plaintes et accusations portées contre eux-mêmes et contre le Clergé de la Province, et de faire connaître le véritable état des esprits et des choses dans la Province ecclésiastique de Québec.
Le choix de ce député tomba sur Nous. Malgré la conviction où Nous étions de Notre incapacité pour mener à bonne fin une mission aussi épineuse, Nous dûmes Nous y ré&igner, et faire ce sacrifice pour le bien de l'Eglise du Canada.
Tel a été, N. T. C. F., le motif véritable, et le but de Notre voyage (i) à la Ville Sainte ; et Nous devons repousser ici les insinuations malveillantes, par lesquelles on attribuait un tout autre motif à ce voyage.
A Notre grand étonnemxent, personne ne se présenta pour soutenir les plaintes et accusations portées devant la S. C. de la Propagande.
Cependant, Nous avons compris que Notre devoir était de présenter à cet auguste tribunal une justification complète des Evêques et du Clergé de la Province. C'e?t ce que Nous avons fait dans un Mémoire oîi Nous avons exposé d'après les documents officiels : Règlements disciplinaires, Lettres Pastorales, Mandements et Conciles Provinciaux, les enseignements donnés aux Fidèles parles Evêques depuis plus de vingt ans, sur les devoirs que la religion leur prescrit, comme citoyens, dans l'ordre civil et politique, ainsi que les règles de conduites tracées au Clergé dans cet ordre de devoirs.
S. E. le Préfet de la S. C. de la Propagande, après avoir pris connaissance de ce Mémoire, n'a pas hésité à Nous déclarer que ces enseignements étaient parfaitement conformes à ceux du Saint-Siège, dont ils n'étaient que l'écho fidèle et souvent textuel, et que les règles de conduite données au Clergé sur la manière d'inîtrv.irc et de diriger les
1) Ce fui son troisième voyage à Rome.
fidèles dans raccomplissement do leurs devoirs politiques, étaient aussi très sages, et que les uns et les autres avaient même reçu Tappro bation directe du Saint-Siège dans ies décrets des Conciles provinciaux.
Nous avons aussi exposé avec quel soin les Evêques se sont appliqués à combattre les doctrines libérales, que l'on cherchait à répandre au milieu des populations confiées à leurs soins, et comment leur vigilance à surveiller les menées de ces adversaires delà vérité a presque toujours réussi à déjouer leurs plans, et empêcher l'expansion de ces doctrines séduisantes.
Dans un autre Mémoire (i), Nous avons démontré combien étaient nécessaires ces inesures prises par les Evêques contre le libéralisme, en faisant l'histoire des doctrines libérales depuis i848; d'après leurs journaux, leurs orateurs, et les actes de leurs chefs : et comment cette erreur, qui s'était d'abord présentée dans le pays avec toute l'impudence du libéralisme radical de la vieille France, se vit forcée de battre en retiaite devant l'altitude ferme de l'Episcopatet du Clergé, et comment elle fut forcée d'en venir peu à peu aux allures adoucies du libéralisme catholique, afin de tromper plus facilement les âmes droites, mais trop confiantes, de nos bons fidèles, encore trop religieux généralement pour accepter sciemment celte funeste erreur.
Nous avons ensuite démontré par le V** Concile de Québec, et la Lettre collective du 3 a septembre 1S75, qui dénoncent et condamnent solennellement le libéralisme catholique, que cette erreur est aujourd'hui, au jugement des Evêques, la grand danger pour l'Eglise du Canada, et que la presque totalité du Clergé et des catholiques les plus éclairés de la Province en jugent de même.
Après celte justification de la conduite des Evêques et du Clergé de la Province, jugée pleinement suffisante par l'Eminentissime Préfet de la S. G. de la Propagande,. Nous lui avons fait connaître la guerre sourde faite à la Pastorale du 23 septembre, le malaise qui en était résulté chez plusieurs, et les avantages que les libéraux catholiques, qu'elle avait atterrés, s'efïorçaient d'en tirer pour paralyser tout le bien qu'elle opérait.
Son Eminence Nous répondit qu'Elle connaissait ce document important, que non seulement la doctrine en était parfaitement sûre et conforme aux enseignements du Saint-Siège, mais que la rédaction en était fort remarquable par la clarté et la précision. Elle m'engagea à présenter une adresse au Saint Père pour lui exposer brièvement la situation de l'Église au Canada, et la conduite tenue parles Evêques dans les circonstances difficiles où ils se trouvent, et donner occasion à Sa Sainteté d'approuver celte Lettre.
(t) Voir ces Mémoires avec leurs pièces justificalives in extenso au toaie m des Voix Canadiennes, Vers V Abîme.
11^" Agnozzi, Pro-Secrétaire de la S. C. de la Propagande, à qui Nous avons exposé longuement tout ce qui se passait dans la Province, et notamment les circonstances relatives à cette Lettre Pastorale, Nous exprima non seulement sa pleine et entière approbation de ce document, comme avait fait l'Eminenlissime Préfet, mais encore qu'il la trouvait un magnifique exposé de la Constitution divine de l'Eglise, de ses droits, de sa mission dans le monde, et de sa doctrine contre les erreurs libérales. Son excellence Nous engagea aussi à présenter une adresse au Saint-Père pour lui fournir une occasion d'en faire l'éloge dans la réponse que Sa Sainteté daignerait Nous faire.
Nous avions déjà exposé à Sa Sainteté ces choses de vive voix dans l'audience privée qu'elle avait daigné nous accorder ; mais Nous avons compris quïl était tout à fait convenable de le faire par écrit, et un peu plus au long, conformément aux sages conseils de Son Eminentissime le Préfet, et de Ms"" le Pro-Secrétaire de la S. G. de la Propagande,
C'est celte adresse à Notre Très Saint-Père le Pape, et le Bref Apostolique qu'il a daigné Nous adresser eu réponse, que Nous avons la consolation de vous communiquer aujourd'hui. Nous vous exhortons à en écouter attentivement la lecture. Vous y verrez que le Chef infaillible de l'Eglise approuve pleinement le zèle de vos premiers Pasteurs à vous enseigner la sainte doctrine, dont l'exposé lui est fait par la citation même textuelle de leur Lettre Pastorale du 23 septembre 1875, et que Sa Sainteté loue hautement leur zèle à combattre les erreurs libérales, et quElle y renouvelle la condamnation formelle du libéralisme catholique, en le désignant par les caractères les plus propres à nous le faire reconnaitre ici. Elle termine en exhortant les Evêques à continuer de môme, dans la concorde et l'union, à travailler au salut des peuples confiés à leurs soins, en les préservant de ces erreurs dangereuses, et leur donne, ainsi qu'à leurs ouaillles, la Bénédiction x\poslolique.
Après une aussi haute approbation des mesures prises par vos Evêques pour vous diriger sûrement dans les sentiers de la vérité eldu devoir, en ces temps mauvais que nous traversons, il ne nous reste plus, nos très chers Frères, qu'à vous exhorter instamment à suivre gvec une grande fidélité ces enseignements et ces règles de conduite quo Nous vous avons donnés collectivement avec Nos Vénérables Collègues, dans nos Mandements, dans nos Conciles provinciaux et notamment en dernier iieu dans notre Lettre Pastorale de septembre