Cette partie est mise en italique par l'éditeur
nécessaire aujourd'hui qu'alors de mettre en. lumière les sentiments hostiles, qui ont toujours animé ce prêtre et le petit nombre de ses adhérents, contre le diocèse des Tr ois- Rivières. V
(Extrait d'une lettre au Cardinal Franchi, en date du 19 mai 1876^ au sujet de la division du diocèse des Trois- Rivières) :
On peut d'abord observer qtie les plus ardents promoteurs du démembrement du diocèse des Trois-Rivières, ont été fort opposés à son érection, en 1852. Ils ne se sont pas gênés alors de critiquer et de blâmer ouvertement cette importante mesure, sachant bien pourtant q^u'elle avait été proposée par les Pères du premier Concile de Québec, et sanctionnée par N. T. S.-P. le Pape. Ils trouvaient alors que l'Archevêque de Québec pouvait continuer à desservir facilement son vaste diocèse, et qu'il n'y avait pas de raison d'imposer au clergé et aux fidèles du district des Trois- Rivières une aussi lourde charge quz celle de fonder et de soutenir un Evêché.
Voilà ce que ces Messieurs, si désireux aujourd'hui de multiplier les diocèses, sans aucune nécessité, pensaient et disaient hautement en 1852, lors de l'érection du diocèse des Trois-Rivières. Le premier Evêque d«s Trois-Rivières eut bien des déboires à endurer de leUr part.
En 1857, Mgr T. Cooke, voyant qu'après cinq ans d'attente les contributions volontaires qu'on lui avait fait espérer en remplacement du dixième des cUres, autorisé par le Saint-Siège, étaient à peu près nulles; et voyant, d'un autre côté, les dettes, qu'il était en conséquence obligé de contracter, augmenter d'une manière alarmante, se décida enfin à imposer ce dixième, en vertu du décret du a juUlet 1852.
Cette mesure souleva une véritable tempête contre le vénérable prélat. La chose finit par un arrangement à l'amiable, dans lequel le digne Evêque sacrifia en grande partie ce dixième, et les dettes continuèrent à augmenter dans une proportion désastreuse.
En 1861, l'Evêché des Trois-Rivières se trouvait littéralement sur le bord de la ruine, étant incapable de rencontrer ses engagements pécuniaires.
C'est alors que je fus chargé, par le vénérable prélat, de faire
un appel suprême au clergé et aux fidèles du diocèse, en leur exposant les difficultés financières de la corporation épiscopale.
E fait plaisir d'avoir à dire que cet appel reçut le plus sympathise accueil, de la part des fidèles et de la plus grande partie du clergé. Les exceptions (Jue l'oit eut le chagrin de constater, se trouvèrent stirtout dans les rangs de ceux qui avaient d'ahoTd trouvé si mal à propos l'érection du diocèse, qui s'étaient ensuite opposés avec tant de force au dixième, et qtii enfin demandent aujotird'hui avec tant d'insistance le démerabreip,ent immédiat du diocèse.
Les deux chefs du mouvement actuel, surtout, s'efforcèrent de me décotirager. Ils insistaient sUr l'impossibilité de relever les finances de l'Evêché, et l'inutilité des sacrifices que l'on demandait de faire pour cela. M. l'ahbé Marq^uis ne se gênait pas même de dire que c'était le temps de laisser périr ce diocèse, et le reincorporer à celui de Québec, ou d'en former un autre de ses débris!
Cependant, la bonne volonté des fidèles et de la grande partie du clergé, jointe aux autres secours qu'il plut à la divine Providence de notis envoyer, permit de rétablir peu à peu la sit^iation financière; et après cinq (M six ans d'efforts et de sacrifices, l'avenir de la corporation épiscopale se trouvait sativé : il y avait tout lieli d'espérer qu'elle réussirait désormais à rencontrer ses engagements et à liqtiider finalement ses dettes.
En 1867, ces Messieurs, voyant l'heureuse tournure des affaires de l'évêché, et le bien considérable que l'organisation diocésaine avait réussi à opérer, malgré toutes les difficultés qu'ils lui avaient suscitées, passèrent à tine opinion diamétralement opposée. sur l'utilité des nouveatix diocèses. Non seulement le diocèse des Trois- Rivières n'était plus lin hors-d' œuvre onéreux, mais il fallait le diviser en deux, et même en trois diocèses, pour multiplier le bien qu'il avait déjà opéré en aussi peu de temps.
En conséquence, "une requête fut adressée, par M. l'abbé Marquis seul, atix Evêqlies de l'a province. Cette requête qui, comme celleci, avait été préparée dans le secret et à Vinsu de V Ordinaire, demandait la formation d'un nouveau diocèse dans les Cantons de l'Est.
Les Vénérables Prélats, en apprenant que la chose avait été faite clandestinement, et à l'insti de l'Evêqlie diocésain, mirent simplement la dite requête de côté, sans s'en occtiper davantage, et la chose en resta là.
L'érection du diocèse de Sherbrooke, en 1874, réveilla le zèle et la çoUicitude pastorale de ces Messietirs. Ils cormnencèrent à
agiter de nouvea'u la question de diviser le diocèse des Trois- Rivières, comme si les Evêqiies de la province, qui venaient d'en détacher une si large portion pour former le diocèse de Sherbrooke, n'avaient pas bien compris les besoins des populations de cette partie du diocèse. C'est pour cela, sans doute, qu'ils ont cru plus prudent, cette fois, de s'adresser directement au Saint- Siège.
Telle a été' la conduite des plus ardents promoteurs de la division du diocèse des Trois -Rivières, et surtout de M. l'abbé Marquis, depuis l'érection du diocèse, en 1852, jusqu'à leur première tentative auprès du Saint-Siège, en 1875.
Ce qui les détermina à entrer dans cette dernière voie d'un recours direct au Saint-Siège, voie aussi extraordinaire qu'irrégulière, c'est la direction qu'ils reçurent de Québec, comme le déclare M. l'abbé N. E. Ricard dan§ une lettre citée plus bas.
Voici maintenant les observations qu'il me paraît utile de faire, sur les procédés étranges que ces messieurs ont suivis dan3 leurs diverses tentatives, faites auprès du Saint- Siège, pour diviser le diocèse des Trois-Rivières.
III. Procédés suivis par les principaux promoteurs de la division dans leur première tentative.
Comme il a été dit plus haut, la première tentative faite, devant le Saint-Siège, pour diviser le diocèse des Trois- Rivières, a eu lieu en 1875-76. Elle a été faite par quelques prêtres du côté sud du fleuve Saint-Laurent, entraînés à cela surtout par M. l'abbé Marquis, alors curé de Saint- Célestin, qui décida ces prêtres à demander la division, en leur assurant qu'on avait pour cette mesure l'appui de Mgr l'Archevêque de Québec et celui de quelques autres Evêques de la province.
Ces prêtres adressèrent, en conséquence, une pétition et un mémoire directement au Saint-Siège, à l'insu des Evêques de la province, et surtout à l'insu de l'Evêque des Trois-Rivières, à qui ils ne voulurent rien communiquer. Cette
manière d'agir, qui leur avait été conseillée par Québec, suivant le témoignage de M, Vabhé N. E. Eicard, que l'on peut lire dans sa lettre citée plus bas, était contraire à la règle suivie jusque-là dans le pays, laquelle laissait aux Evêques le soin de régler avec le Saint-Siège tout ce qui concerne la division et la formation des diocèses. C'était la première fois que l'on voyait, en cette province, quelques prêtres isolés entreprendre de diviser un diocèse inconsulto EpiscopOy et pour cela s'adresser directement au Saint-Siège, en laissant de côté le corpis épiscopal.
Si les Evêques, m'écrivait à ce sujet Mgr Conroy, les tenaient plus rigoiureusement à leur plaoe, nous n'aurions pas le spectacle d'une poignée de prêtres entreprenant de diviser un diocèse comme le votre inconsulto episcopo.-. Je suis scandalisé de la liberté avec laquelle ils discutent les actes de leurs Evêques, et je crois qu'il y a une grande réforme à faire slir cette matière. (Lettre du 31 décembre 1877).
Voici comment le promoteur de cette mesure procéda, et à quelles intrigues il eut recours, pour surprendre la bonne foi de ses confrères et les entraîner dans cette voie irrégulièro et injurieuse à l'autorité épiscopale. C'est l'un de ces prêtres qui m'a fait connaître ces faits, dans une lettre du 7 nov. 1876. <
Monseigneur, vers la fin de l'année 1874, M. Mar(îuis, Curé de Saint-Célestin, forma le projet, comme vous le savez, de créer tin nouveau diocèse dans celui de Votre Grandeur, au Sud du fleuve, soiLS le nom de diocèse de Nicolet. Il fit signer par quelques prêtres du Sud un document, afin de connaître l'opinion des prêtres du territoire qu'il voulait enlever à V. G.. Il m'adressa ce document, me priant de le signer et de le faire signer par mes confrères voisins; ce que je refusai de faire. Je lui remis son document en lui défendant strictement de placer mon nom sur aucun écrit concernant le diocèse que l'on vo'ulait former; car il me répugnait de voir des prêtres prendre l'initiative dans une semblable mesure. Je lui dis cependant que si ce diocèse s'accordait du consentement de V. G., je n'y serais pas opposé.
M. Marquis me dit, comme à d'autres prêtres, qu'il allait soumettre S071 mémoire à V. G., et à tous les Evêqnies de la Province. Il prépara ce mémoire dans un cercle très restreint d'amis, et au lieu de le soumettre à V. G., comme l'exigeaient la loyauté et les convenances, il l'envoya directement à Rome, suivant, disait-il, les conseils qui lui avaient été donnés à Québec, où Von considérait cela comme le meilleur moyen de réussir ; car, ajoutait-il, si Von soumettait ce mémoire à Y. G. et aux autres évêques de la province, le projet pouvait échouer. Je dois dire (jue ce mémoire n'a nullement été soumis à la plupart de ceux qui s'étaient montrés favorables à la mesure, ni même à la plupart des requérants.
Le printemps dernier, M. Marquis m'écrivit pour me demander de faire une démarche en faveur de son projet. Je refusai de lui répondre, regardant cette démarche comme une bassesse et qiielqne chose de déshonorant pour moi. Alors je commençai à ouvrir les yeux, et à blâmer les moyens peU justifiables que l'on employait.
Le 3 octobre dernier, au presbytère de Saint-Léonard, au milieu d'un concours de prêtres, j'entendis M. Marquis dire en parlant de son projet : « Ceux qui ne veulent point marcher avec nous seront forcés de marcher à notre queue. Nous aurons notre diocèse coûte qtie coûte. L'essentiel est de sauver le collège de Nicolet (qui n'était nullement en danger) ». Il fit même des reproches graves à ceux qui allaient trop souvent voir Votre Grandeur.
Je fus indigné, avec tous mes confrères, de ce langage. Tous furent d'accord à dire qUe, s'il s'agissait aujourd'hui de prendre de -nouvelles signatures en faveur du diocèse en question, on ne pourrait pas en trouver plus de trois dans tout le Sud. Beaucoup de confrères me déclarèrent que, si l'affaire recommençait, ils ne signeraient point.
Ayant tout considéré, avec mûre réflexion et devant Dieu, et ayant appris que mon nom se trouve contre ma volonté, parmi ceux gui se sont montrés favorables à la mesure, je déclare ce qui suit :
1" Je veux qUe mon nom soit biffé de tous les documents où il se trouve.
2° Je veux qUe tout ce que j'ai pu dire, ou faire, ou écrire, en faveur do la division de votre diocèse, soît regardé comme nul et d'3 nulle valeur.
3^' Je suis d'opinion aujourd'hui que vouloir diviser votre diocèse, qui n'est pas trop grand et qui ne souffre nullement, sous le rapport religieux, est absurdité.
4" Je suis d'opinion qlie travailler à cette division dans les circonstances présentes, est une injustice et une ingratitude envers^ V. G., puisque, à votre arrivée à la tête des affaires, voas avez sauvé ce diocèse du déshonneur d'une banqueroute.
5'' Je suis enfin d'opinion qfue la division de votre diocèse nous ferait supporter des charges plus lourdes, que celles que nous avons supportées jusqu'à ce jour.
Les fidèles confiés à nos soins voient d'un mativais œil la division de votre diocèse, telle que demandée...
6° Je déclare que je fais la présente déclaration de moi-même, après mûre réflexion, sans avoir été conseillé, ni menacé, ni forcé par qui que ce soit.
Donné à Saint-Zéphirin, etc.
(Signé) N. E. Ricard, Prêtre Curé.
Les mêmes intrigues et la même supercherie se trouvent également prouvées par plusieurs autres lettres produites aux pièces justificatives, qui accompagnent le présent mémoire, nos 1^ 2, 3, 4^ 5 et 6^
Après une année de cabale et d'intrigues, M. Marquis apposa ou fit apposer au bas de cette pétition les noms de vingt-six prêtres, qu'il donnait ainsi comme favorables à la division du diocèse. Il adressa ces documents à la S. C. de la Propagande, avec la condition, dit M. Malo, l'un de ses plus chauds amis, que les noms des signataires ne seraient pas renvoyés au Canada; ce qu'il affirme leur avoir été promis par la S. C. de la Propagande (P. J, 9) 2.
La raison de ce secret est facile à comprendre : c'est que les noms de plusieurs prêtres se trouvaient là sans leur permission, et même contre leur volonté, ou parce qu'ils avaient été trompés. Aussi ces prêtres n'ont point manqué de protester contre une telle supercherie, quand la chose est arrivée à leur connaissance. (P. J., 1, 2, 3). Ces documents ainsi signés et adressés au Saint-Siège, constituaient un véritable faux, en matière très grave et devant le plus
1. Nous avons donné ces pièces au chapitre : Premières Hostilités.
2. Voir ces pièces justificatives au chapitre : Premières Hostilités.
aiigiisto tribunal, puisqu'on y avait inscrit comme pétitionnaires de la division du diocèse des prêtres qui y éftaient ojpposiés.
C'est ce qui explique pourqtioi deux ans plus tard, en 1878, lorsque Mgr Conroy demanda une nouvelle expression écrite de l'opinion du clergé du Sud stir cette question, le nombre des pétitionnaires tomba de 26 à 16. (P. J., 16).
Cependant, la S. C. de la Propagande référa la pétition aux Evoques de la province, et ces Prélats se prononcèrent contre ce projet, ainsi que le constatent le procès-verbal de leur assemblée du 23 mars 1876, et les lettres des Evêqties de Rimouski et de Montréal. (P. J., 1-0, 11, 12). C'est aussi ce qu'a constaté S. Em. le Card. Simeoni dans ^a lettre du 6 avril 1878, citée plus loin, où il dit que la demande des pétitionnaires aurait dû être accompagnée devant la Congrégation du suffrage des Evéque's de la province, et qtio ce suffrage ou cette recommandation n'existe pas.
Mgr ï Archevêque de Québec, il est vrai, se prononça en faveur du démembrement du diocèse des Trois- Rivières, disant qu'il était possible et opportun. Sur la déclaration, qu'il fit dans la même assemblée, quil allait en écrire au Saint-Siège pour lui exposer franchement ses vues sur ce sujet, je compris que j'avais à défendre mon diocèse contre une attaque fort grave, puisque le Métropolitain allait prendre en main la cause des pétitimmaires, qui s'étaient vantés dès le principe, d'avoir son appui
J'adressai, en conséquence, une Supplique avec un mémoire au Saint-Siège, pour la défense du diocèse qui m'avait été confié. Je démontrai dans ce mémoire la futilité des Taisons; invoquées par les pétitionnaires, et les graves ineonvénTents qu'entraînerait un démembrement, lequel serait une cause de ruine pour le diocèse, puisqu'il le rejetterait dans des embarras financiers plus graves encore que ceux qu'il avait déjà rencontrés, etc.
J'accompagnai ces documents d'une lettre au Card. Franchi, dans laquelle je lui fis connaître V intrigue qu'il y av^ait
au fond de toute oette affaire. (Vioir cette lettre et ce mémoire qui sont à la Propagande).
Une lettre du même Cardinal, en date du 24 mai 1876', reçue quelque temps après l'envoi des documents ci-dessus mentionnés, vint me jeter dans l'étonnement, en m'apprenant que trois Evêques suffragants avec V Archevêque avaient fait connaître à la S. C. de la Propagande, que la division du diocèse des Trois -Rivières était non seulement utile, mais même nécessaire ! ^ Or, cette information donnée à la Propagande était en contradiction directe avec le procès-verbal de rassemblée d^s Evêques du 23 mars précédent, dans lequel ces Prélats avaient exprimé officiellement leur opinion sur cette question. Aux termes de ce rapport, l'Arche- V€qux3 seul s'était prononcé sans condition en fav43ur de cette mesure, non pas toutefois en la décliarant nécessaire, mais seulement possible et opportune. Et je dois ici faire remarquer que le Métropolitain avait formé son opinion sur eetto question, qui touchait à l'existence même de mon diocèse, sans m'en dire un seul' mot, s'en rapportant sans doute exclusivement aux informations données par ce prêtre intrigant ou par ses partisans. En second lieu, un smd suffragant, Mgr A. Racine de Sherbooke, s'était prononcé dans le même sens, mais conditionnellement, « pourvu, disait-il, que la chose puisse se faire sans inj.ustice pour les créanciers de l'Evêché. » Les six autres Evêques étaient opposés à la division du diocèse. C'est ce qu'a pleinement reconnu le Card. Simeoni, en 1878, lorsqu'il déclara que la pétition n'avait pas le suffrage ou la recommandation des Evêques de la Province. Il y avait donc là un nouveau faux commis envers la S. C. de la Propagande. Qui en était coupable? Je l'ignore. Mais on se demande naturellement ici s'il ?ie serait pas d'une' importance souveraine de trouver ce coupable et de le pimir.
Je m'empressai de signaler cet acte indigne au Cardinal
1. Voir ces pièces justificatives au chapitre : Premières Hosliliiés.
Franchi, et je lui dis en même temps qu'il devait avoir déjà reçu les documients qu'il me demandait sur la division du diocèse. Il paraît que ces documents furent trouvés concluants, car la chose en resta là.
Il ressort évidemment de cet exposé : 1° Que cette première tentative, faite auprès du Saint-Siège, pour diviser le diocèse des Trois-Rivières, est surtout l'œuvre d'un prêtre intrigant, pour qui tous les mioyens sont bons : il n'a pas même reculé devant le mensonge et les faux, dans des pièces officielles, pour tromper ses confrères et le Saint- Siège; 2° Que ce prêtre a reçu V appui de V Archevêque de Québec en cette affaire, et que c'est ce qui lui a donné tant d'importance : sans cet appui, en effet, ce projet n'aurait pas été pris au sérieux; 3° Qu'un autre faussaire, plus audacieux encore, lui est venu en aide pour tromper la S. C. de la Propagande, sur l'opinion des Evêques de la province dans celte question : on a, en effet, informé faussement cette Sacrée Congrégation que l'Archevêque et trois de ses suffragants trouvaient la division du diocèse des Trois-Rivières non seulement utile, mais nécessaire.
Tels furent les procédés des pétitionnaires dans leur première tentative, faite auprès du Saint-Siège, pour diviser le diocèse des Trois-Rivières, ainsi que le résultat auquel ils sont parvenus. i
IV. Procédés des pétitionnaires devant Mgr Conroy, délégué apostolique (deuxième tentative).
La deuxième tentative faite pour démembrer le diocèse des Trois-Rivières a eu lieu auprès de Mgr Conroy, délégué apostolique au Canada, en 1877-78, lequel, comme nous l'avons dit plus haut, reçut instruction du Saint-Siège de s'enquérir de cette affaire, pendant son séjour dans la province. Son Excellence procéda avec une grande discrétion à l'exécution de cet ordre. Elle commença par s'informer prudemment de ce qui concernait les pétitionnaires, puis
Elle se rendit aux Trois-Rivières, à l'époque de la retraite pastorale, afin d'y rencontrer, en cette circonstajice, le clergé du diocèse, et de s'assurer par Elle-même des dispositions de ces prêtres. Mgr Conroy ne put s'empêcher de m'exp rimer, en plusieurs circonstances, combien il avait été édifié, de l'imion et des rapports véritablement fraternels qu'il avait remarqués parmi mon clergé. Il visita aussi Nicolet, afin do connaître par lui-même ces lieux et la facilité qu'ils offrent pour les oommunica tiens.
Ce fut dans ce voyage que les pétitionnaires se présentèrent devant le délégué, et firent valoir de leur mieux les' raisons qu'ils avaient exposées dans leur pétition de 1875, en faveur de la division du diocèse. Son Excellence leur répondit que c'était là une affaire à laquelle il ne fallait plus penser, que la chose n'était point praticable, et qu'il n'y avait pas de raisons véritables pour justifier une mesure aussi préjudiciable au diocèse des Trois-Rivières.
Cette réponse du délégué ne les découragea point cependant. Ils insistèrent et revinrent plusieurs fois à la charge dans le cours de l'automne de la même année. Mais Son Excellence n'en demeura pas moins convaincue, par tout ce qu'Elle avait vu et entendu, que toute cette affaire n'était que le résultat d'une intrigue, et qu'il n'y avait aucune raison véritable et canonique de diviser le diocèse. Elle constata facilement que tout se réduisait à tin intérêt de clocher, l'intérêt, du reste, prétendu, du séminaire de Nicolet qui, depuis quelques années, prenait ombrage du développement du séminaire des Trois-Rivières. .
Ce ne fut qu'après s'être ainsi renseigné sur toute cette affaire, que Mgr le Délégué jugea à propos de m'en parler; et l'une des premières remarques qu'il me fit au sujet des pétitionnaires, fut celle-ci : « Il paraît, dit-il, que toute cette affaire de la division de votre diocèse, est une intrigue montée par M. C. Marquis, lequel est un intrigant çle bas étage. »
Or, co M. Marquis affirmiait à Mgr Gonroy, avec raplomb d'un homme qui dit la vérité, que le clergé du Sud était à peu près unanime à demander cette division du diocèse. Pour savoir au juste la vérité sur le nombre des pétitionnaires, Son Excellence me demanda à plusieurs reprises, ainsi qu'à quelques prêtres du diocèse, une nouvelle expression écrite de l'opinion du clergé du Sud sur cette question. Une requête, datée du 28 novenLbre 1877, et signée par les prêtres opposés à la division, fit alors connaître offîciellement au Délégué quii sur un clergé de 64 prêtres résidant au sud du f leuVe, 43 étaient opposés à la division, et 5 s'étaient abstenus; et que le nombre des pétitionnaires n'était réellement que de 16, dont 7 cnrés, 1 ex-curé et 8 prêtres du Séminaire de Nicolet. (P. J., 16, 17). Ce n'était donc qu'un quart du clergé du Sud, ou un huitième du clergé diocésain, qui demandait la division du diocèse; et c'est pourtant en présence de cet état de choses que M. l'abbé Marquis assurait au Délégué que k clergé du Sud était presque unanime à demander la division I ! 1
Quelques semaines plus tard, le 31 décembre, Mgr Conioy tn'écrivait :
Les prêtres des diocèses canadiens prennent trop sur eux-mêmes; ils contrôlent trop les Evêqiies et on leur donne trop de liberté d'intervenir dans le gouvernement général de l'Eglise. Si les Evêgue les tenaient plus rigoureusement à leur place, nous n'aurions pas le spectacle d'une poignée de prêtres entreprenant de diviser un diocèse, comme le vôtre, inconsulto episcopo!... Je suis scandalisé de la liberté avec laquelle ils discutent les actes de leurs Evêqlies, et je crois qu'il y a une grande réforme à faire sur cette matière.
Je dus répondre à Son Excell^ice qw® je partageais entièrement son opinion sur oe sujet, mais que je ne pouvais point remédier au mal, paroe que ces prêtres étaient soutenus et encouragés par Mgr l'Archevêque, dans leur tentative do diviser mon diocèse. (P. J., 18).
En parlant, un jour, à mon secrétaire, de la formation d'un diocèse à Nicolet, Son Excellence, lui dit en anglais : « It is a non sensé to erect anew diocèse at Nicolet. » (C'est un non-sens d'ériger un nouveau diocèse à Nicolet).
Dans le cours de janvier 1878, le Délégué m'informa qu'il allait faire son rapport au Saint-Siège, concernant la division du diocèse des Trois-Rivières et la formation d'un nouveau diocèse au Sud du fleuve, et il m'engagea à faire un nouveau mémoire contre ce projet.
Dans quel sens fut rédigé ce rapport de Mgr Conroy? Je ne le sais; car je n'en ai pas eu communication. Mais tout ce que Mgr le Délégué m'a dit à ce sujet, et qui vient d'être relaté ; ce qu'il en a dit à Mgr l'Archevêque de Saint-Boniface, et qui est rapt)orté dajis sa lettre du 19 avril; enfin, la lettre du Cardinal-Préfet, écrite peu de temps après la réception de ce rapport, et qui déclare que cette demande est le fait de quelques prêtres auxquels la recommandation des Evêques de la province fait défaut, en conséquence de quoi les choses resteront comme elles sont; tout cela m'a toujours fait croire que le rapport du Délégué apostolique avait été opposé à la division du diocèse des Trois-Rivières.
^Conformément à la recommandation de Mgr Conroy, j'adressai à Son Em'. le cardinal Siméoni un mémoire imprimé, en date du 16 février 1878, avec une lettre le priant de s'intéresser au maintien de l'intégrité d'un diocèse, qui avait déjà tant de peine à so soutenir et à se libérer de ses dettes, qui même ne faisait, que d'échapper à une banqueroute, dont il se relevait bien difficilement.
Son Eminence avait donc en main, sur cette affaire, des informations officielles : 1° des Evêques de la province; 2« du Délégué apostolique; 3° de l'Evêque des Trois-Rivières, quand Elle m'adressa la lettre suivante :
Illmo é Rmo Signore,.
Ho ricevuto le s'ue lettere e le osservaziorii trasmossemi relativemento alla petizione fatta . da alcuni membri del suo Clero
p«r la creazione di tina ntiova diocesi in Nicolet. Taie petizione dovrebbe essere accompagnata alla Sacra Congregazione del siiffragio dei Vescovi délia Provincia; e poichè fin ora suffragio o commendatizia non esiste, le cose restino corne sono. Rome, dalla Propaganda, 6 aprile, 1878.
(Signé) Giovanni, Gard. Simeoni, Pref.
Co jugement rendu d'après les rapports de l'Episcopat de la province, du Délégué apostolique et de TEvêque diocésain, fut reçu avec bonheur par le clergé et les fidèles du diocèse, presque à Tunanimité, et fut regardé comme le règlement final de cette question de la division du diocèse des Trois-Rivièreis. Aucune démarche ultérieure ne fut faite par les pétitionnaires, le calme se rétablit, et la paix la plus parfaite régna sur cette question ju'sqti'à l'hiver dernier, ce dont nous bénissions abondamment le Seigneur.
Tel fut le résultat de la deuxième tentative de division du diocèse des Trois-Rivières, faite en 1877-78.
Il ressort encore plus clairement de ce nouvel exposé, que cette seconde tentative n'a été que la continuation de Ja miême intrigue, dont l'auteur a été si facilement reconnu par le Délégué apostolique, et si justement qualifié par Son Excellence « d'intrigant de bas étage ».
V. Quels sont les pétitionnaires de la division du diocèse des Trois-Rivières en 1883? (Troisième tentative).
Le 28 mars 1883, une lettre de S. Em'. le Cardinal-Préfet de la Propagande à Mgr l'archevêque de Québec, en date du 8 du même mois, m'apprenait que le diocèse des Trois- Rivières allait être prochainement divisé, et qu'un nouveau diocèse serait formé dans la région de Nicolet : le Saint- Père avait jugé que le temps opportun de faire cette division était arrivé. ' ; •
Quelques jours pluis tard, S. G. Mgr l'Archevêque faisait annoncer officiellement dans les journaux cette grave
mesure, en déclarant que c'était une chose réglée par le Saint-Père. (P. J., 19).
Il serait difficile de dire quelle pénible impression cette nouvelle inattendue produisit dans le diocèse des Trois-Rivières, et même en dehors du diocèse, tant dans le clergé que parmi les fidèles.
En me communiquant la lettre de Son Eminence, l'Archevêque me disait : « D'après les termes mêmes de la lettre, nous n'avons que deux questions à traiter, savoir : Quelles limites il convient de donner à ce nouveau diocèse, dont le Saint-Père a jugé l'érection opportune, et les noms des trois candidats à proposer ». (P. J., 20).
Cette opinion de l'Archevêque, ainsi exprimée, était propre à faire croire qu'il n'y avait plus à Rome de recours possible contre cette mesure de division, comme si elle avait été définitivement réglée et même accomplie. L'Evêque des Trois-Rivières et ises diocésains, qui s'étaient trouvés dans l'impossibilité de faire entendre, auprès du Saint-Père, leurs justes réclamations, vu que la demande de division avait été! faite absolument à leur insu, n'auraient donc plus eu aucun moyen d'obtenir la justice, à laqiielle ils croyaient ifivoir droit.
Il en est de même pour ce qui concerne l'annonce, que rArchevêque a fait faire dans les journaux. Quand Sa Grandeur a dit que c'était une affaire réglée par le Saint-Père, il a été compris que c'était un décret formel et absolu, au sujet duquel il n'y avait plus de recours possible. Ce n'était cependant qu'un commencement de procédure, au sujet duquel il restait aux Evêques le droit de respectueuses représentations auprès du Saint-Siège, sur les inconvénients que pouvait avoir la mesure elle-même; d'autant plus que la majorité d'entre eux, en 1876, et le Délégué apostohque, en 1878, n'avaient pas jugé à propos de la reciommander, et que c'était à leur insu, au moins pour la plupart, que la demande venait d'en être renouvelée.
En présence d'un fait aussi grave el aussi inattendu, j'ai compris qu'il m'incombait une grande responsabilité devant Dieu et devant l'Eglise, en même temps qu'un grand devoir envers le diocèse des Trois-Rivières : celui de sauvegarder ses plus graves intérêts, si fortement engagés dans cette mesure. i
Etant convaincu, avec la niasse d^i clergé et des fidèles, que cette division, si elle avait lieu, porterait un coup fatal aux institutions diocésaines les plus nécessaires, et rejetterait le diocèse lui-même dans les embarras financiers qui l'avaient déjà conduit au bord do l'abîme, je compris que c'était un devoir rigoureux pour mioi, le pasteur et le père de ce troupeau, de faire entendre ses justes réclamations sur une affaire de celte importance, et de porter ses prières et ses humbles supplications aux pieds du Saint-Père lui-même; et cela, avant de prendre part à l'exécution d'une mesure, que je croyais être tout à fait préjudiciable au diocèse, dont le soin m'a été confié.
Au reste, la bonté avec laquelle Sa Sainteté avait accueilli la demande, qui lui avait été faite-, en faveur de cette division, m'était un garant qu'Elle accueillerait également avec bienveillance la prière des intéressés au maintien de l'intégrité du diocèse, et qu'elle ferait examiner leurs justes réclamations.
Mais qui avait fait, ou plutôt renouvelé^ cette demande- du démembrement du diocèse des Trois-Rivières? C'est ce que j'ignorais absolument, et ce qu'il m'importait grandement de savoir. Les léponses^ que je reçus, à ce sujet, des Evêques de la province, me firent connaître que cette nouvelle demande avait été faite à l'insu de la plupart d'entre eux, et que deux de -ces prélats seulement, sur neuf, en avaient eu connaissance, Mgr l'Archevêque et Mgr D. Racine, Evê<fue de Chicoutimi. Je consultai de même le clergé du diocèse, et tous, sans exception, les anciens pétitionnaires de 1875 et de 1877, comme les autres, me répondirent par
écrii, qu'ils n'avaient chargé personne de renowvéler cette demande à Rome, et qu'ils nen avaient pas même eu connaissance. (P. J., .22, 23) 1.
Ainsi, j'ai en main la preuve que la de-m'ande de la division du diocèse des Trois-Rivières a été faite ou renouvelée l'hiver
1 . Bépovses des curés du diocèse des Trois-Rivières à ces deux guestio7is :
I. — Avez-vons remarqué (Quelque indice de véritable division entre le clergé du Nord et celui du Sud?
IL — Est-il à votre connaissance que quelqu'un ait été chargé de renouveler, au nom des prêtres ou des fidèles diocésains, la demande d'une division du diocèse des Trois-Rivières ? -
Ces réponses sont extraites de leurs lettres du mois d'avril 1883.