‹ Vol. 1Chapitre 1 sur 93 · DES LIBRAIRES ÉDITEURS · texte numérisé non relu

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Le vif intérêt que tout militaire éclairé porte aux ouvrages qui peuvent propager la science de la guerre, avait déterminé M. le général Jominl à donner une traduction de l’excellent ouvrage de S. A. I. l’Archiduc Charles : mais les devoirs de sa place ne lui permettant pas de se livrer entièrement à ce travail, il a dû se faire seconder par un ancien officier de son étatmajor , versé dans la langue allemande.

Les lecteurs accueilleront avec indulgence, une entreprise formée dans le seul but de leur être utile. Ils ne

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sauront pas plus mauvais gré aux traducteurs d’y avoir ajouté quelques notes, que de les avoir Restreintes à un si petit nombre. Le livre de l’Arcliiduc est trop intéressant par luimême, pour avoir besoin de développemens ; il repose sur des principes trop sûrs , pour exiger des commentaires minutieux. Afin d’apprécier avec plus de rectitude les maximes de ce Prince et le mérite de son ouvrage, il ne sera pas inutile de tracer ici une analyse fort succincte des progrès successifs de la science stratégique , et de rappeler les auteurs qui ont écrit jusqu’à ce jour sur cette matière.

Nous ne remonterons pas aux siècles trop reculés , quoique Annibal , Scipion et César aient deviné les prin-

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cipes ; il faut nous rapprocher du temps où leur application fut soumise aux chances actuelles, par l'invention de la poudre et le changement qu’elle apporta dans la manière de combattre.

A l’époque du moyen âge , les arts étaient retombés dans l’enfance, et celui de la guerre n’y fut pas plus avancé que les autres. Le traité qu’en a laissé Machiavel, tout en portant l’empreinte du génie, prouve combien on était reculé au temps où il écrivait. Gustave-Adolphe conçut, le premier, des entreprises vastes , hardies, et souvent fondées sur de bonnes vues stratégiques; néanmoins, il faudrait peut-être les attribuer à la nature de la guerre de religion, et à remplacement des états pour le sou-

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tien desquels il avait pris les armes , plutôt qu’au perfectionnement reel de la science.

Sous le règne de Louis XIA , on combattit avec plus ou moins de talens; la tactique se développa , mais les conceptions de la guerre de mouvemens laissèrent beaucoup à désirer.

Marlborougb fut peut-être le général de cette période, qui sut le mieux embrasser un vaste théâtre d'opérations par ses points décisifs; sa mai elle savante, en remontant la Meuse, expulsa en un clin d'œil les Français de la Belgique , qu'ils avaient eu tant de peine à conquérir .Le prince Eugène se distingua aussi par son beau mouvement sur Turin.

Ducôtédes Français , Luxembourg devina l’art stratégique , mais le

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laissa encore à son berceau. Au milieu du 18e siècle, Frédéric lui fit faire de plus grands pas. Feuquières et Lloyd contribuèrent , par leurs écrits , à en prouver l’importance ; mais se bornèrent , comme le maréchal de Saxe et Guibert , à la pressentir ou à l’indiquer vaguement. Quant à Sylva, Maizeroy et Menil-Durand , on sait combien leurs dissertations s’appesantirent sur des branches secondaires , et combien elles furent loin de nous initier aux grandes conceptions d’un plan d’opérations.

Jusque-là des théories incertaines et des systèmes plus ou moins fondés , avaient donc tenu la place des principes.

La guerre de la révolution développa les germes semés par les grands

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liommes du i 8e siècle, dont les exploits étaient encore présens à la mémoire de tout lemonde. Des masses plus considérables furent mises en action avec autant d’audace que d’activité ; les opérations prirent bientôt le caractère impétueux des hommes qui se trouvèrent portés par les circonstances orageuses à la tête des affaires, et leurs succès mirent au jour un système entièrement neuf.

Venturini et Bulow cherchèrent à pénétrer les causes de ces événemens , qui avaient rempli l’Europe d’étonnement et d’effroi. Cependant leurs ouvrages , malgré les excellentes idées dont ils étaient parsemés, ne touchèrent point au but ; quelques maximes justes furent noyées dans des calculs de tirailleurs, de lignes ex-

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centriques , et d’autres écarts de cette nature.

Les belles opérations de l'Archiduc et de Bonaparte en 1796, dévoilant, comme par enchantement, les grandes vérités de l’art, qui avaient été jusquelà le partage exclusif de quelques généraux, signalèrent ainsi l’époque remarquable où la science devoit être fixée. Ces vérités , confirmées par les savantes campagnes de Suwarof en 1799 , et de Moreau en 1800; mieux dévelopées encore par la marche hardie de l’armée de réserve, engagèrent le général Jomini à réduire, en maximes invariables, ce que de grands capitaines venaient de prouver, et ce que tous les auteurs n’avaient fait que discuter, sans trop s’en rendre compte eux-mêmes.

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Quoique très-jeune encore , il se décida à entreprendre son Traité des grandes opérations militaires en ii 800; et déjà un volume était prêt à paraître , lorsque des circonstances imprévues en retardèrent la publication.

Le plan de cet ouvrage se ressentit d’un début : l’Auteur , se défiant de ses propres lumières, crut devoir s’entourer d’une masse de preuves puisées dans l’ancien et le nouveau système de guerre; il ne fallait pas moins de précautions pour se hasarder à mettre en principes , des calculs sur lesquels on contestait même la possibilité d’indiquer de simples règles.

Ainsi le résultat de plusieurs volumes, souvent beaucoup trop lourds , ne fut qu’un chapitre remarquable sur les

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lignes d’opérations , et un autre de principes généraux, rédigé ensuite à Posen, en 1806.

Le général Jomini ne se dissimula point les vices de son travail ; il savait cfu’il serait préférable d’établir d’abord une définition exacte de toutes les combinaisons de la science des marches , ou des divers ordres de bataille, pour offrir ensuite le développement de chacune d’elles par des dissertations didactiques ; et

tel fut effectivement la méthode suivie pour le premier volume qu’il proposa par souscription chez nous, à la fin de 1 8o3. La forme de son ouvrage y eût incontestablement gagné ; mais il s’agissait moins alors de s’attacher à un plan régulier, qu’à mettre des principes à la portée de toutes les

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classes de lecteurs , en les faisant émaner du récit même des événemens ; et pour cela il fallait en revenir à la méthode d’une histoire critique. Sous ce rapport, on doit convenir que les efforts de M. de Jomini ont été couronnés du plus grand succès. Ses chapitres de maximes et de principes semblèrent si fort dégagés de toute forme scientifique, qu’on lui reprocha d'avoir réduit, en quelque sorte, l’art de la guerre à de trop simples expressions.

Après cet ouvrage , il en parut plusieurs en Allemagne, parmi lesquels on distingue celui du capitaine Wagner, de l’état-major autrichien (i).

(i) Nous ne parlons pas ici des ouvrages intéressons publiés par Porbeck, Ruhle , Stutterheim , Muffling , etc. , parce qu’ils furent postérieurs , et plutôt historiques que dogmatiques.

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S. A. I. l’Archiduc Charles partit de ce point, et conçutle louable projet de compléter tout ce qui manquait à l’art, sous ce rapport important. L’illustre guerrier qui combattit si vaillamment au cimetière d’Essling, qui combina avec tant d’habileté le mouvement contre Jourdan et Moreau en 1796, et manœuvra si bien à Stockach , ne crut pas ind igné de sa gloire de devenir auteur didactique, et de chercher, jusque dans les fautes dont il fait un si noble aveu , les preuves des principes établis.

Les militaires de tous les pays sauront gré à l’auteur du Traité des grandes opérations „ de leur offrir la traduction d’un ouvrage plus complet que le sien , et lui rendront toujours la justice de convenir qu’il jeta un

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grand jour sur la science à l’époque où il parut , et que sa forme , toute vicieuse qu elle semble , fut précisément ce qui contribua le plus au développement des idées stratégiques.

L’ouvrage de l’ Archiduc immortalisera ce Prince autant que ses exploits ; car c’est le propre d’une ame magnanime, de se dépouiller de tout préjugé et de tout charlatanisme. Il sera toujours le premier général en chef qui , parlant publiquement de ses opérations de plusieurs mois , ait avoué qu’il avait presque constamment agi en opposition à ce qu’il aurait dû faire.

Cependant , en qualité de bons Français, nous lui reprocherons aussi d’être parfois injuste envers nos gé-

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néraux, et de leur imputer, faute de renseignemens exacts , des torts qu’ils n’ont pas eus : il doit savoir , mieux que personne , combien un général est souvent détourné, à la guerre, de la stricte application des principes , soit par des ordres supérieurs , soit par des faux rapports , soit par l’esprit des subalternes, ou mille autres circonstances. Toutefois , loin d’en accuser le caractère généreux du Prince, on ne doit l’attribuer qu’à son amour pour l’art : voulant démontrer des principes , il blâme tout ce qui leur est contraire, sans égard pour la cause qui a pu faire négliger leur application ; mais ce qui doit consoler ses adversaires, c’est qu’il ne se ménage pas plus qu’eux.

Nous réclamons, en ce qui nous

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