‹ Vol 2Chapitre 4 sur 70 · LE PURGATOIRE, CHANT IL · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE, CHANT IL

Autour d’un messager portant la branche d’olivier se précipite la multitude avide et serrée pour entendre l’évènement ;

Ainsi, autour de moi, se groupèrent les âmes fortunées, oubliant d’aller revêtir leur beauté primitive.

Une d’entre elles se dégagea de ses compagnes pour m’embrasser avec un élan affectueux, et je fus entraîné de même à l’imiter.

O ombres vaines, excepté pour la vue ! Trois fois je l’entourai de mes bras et autant de fois ils se refermèrent vides sur ma poitrine.

Mon étonnement se peignit sur mon visage, car l’ombre sourit et se retira. J’avançai encore pour la suivre ;

Elle me dit doucement de m’arrêter. Alors je la reconnus , et je la suppliai de s’arrêter aussi pour converser.

Elle à moi : « Je t’aimais sous mon enveloppe mortelle ; je t’aime dégagé de ses liens. Comme tu le veux, je m’arrête. Mais, toi, où vas-tu ?

— » Mon Casella, j’accomplis ce voyage pour retourner au monde des vivants ; mais toi , quel motif t’a interdit si longtemps le séjour de l’expiation ? »

Et lui à moi : « Aucune injustice n’a été commise par le nocher dont la nacelle passe les ombres à son choix, à son heure, et m’a refusé à diverses reprises.

» Une équitable volonté règle la sienne ; depuis trois mois seulement il a recueilli les âmes désireuses d’entrer avec la paix divine.

» J’errais sur les bords où le Tibre se mêle à l’eau salée, lorsqu’il me reçut avec bienveillance ;

» Son aile bat incessamment auprès de l’embouchure du fleuve, où se rassemblent les phalanges non condamnées à descendre vers l’Achéron. »

Et moi : « Si une loi supérieure ne te ravit pas la mémoire ou l’usage des chants amoureux, dont le charme avait coutume d’endormir mes chagrins,

LA DIVINE COMÉDIE

» Console mon àme; en traînant ici le poids de son corps, elle s’est abreuvée d’angoisses et de terreurs. »

L’ombre se mit à chanter avec une suave mélodie : — Amor che nella mente mi ragiona ; sa douce voix vibre toujours au fond de mon être.

Virgile et moi, et les ombres enlacées autour du chanteur, nous étions absorbés dans l’extase ; aucune autre pensée n’aurait eu le pouvoir de nous distraire.

Suspendus et attentifs à ces chants, nous allions. L’austère vieillard, Caton s’écria : « Esprits paresseux, quelle négligence?

» Pourquoi différer votre tâche? courez vous dépouiller sur le mont de l’écorce impure dont le bandeau vous dérobe la manifestation de Dieu.»

Des colombes, becquetant le blé ou l’ivraie, se forment en groupes tranquilles, sans faire ouïr le roucoulement familier;

Soudain, effrayées par un objet, elles délaissent leur pâture, occupées de leur salut.

Tel l’essaim voyageur délaissa le chant et s’enfuit vers la côte, pareil à un homme effaré :

Notre départ ne fut. pas moins prompt.

litonTiemeïit des Ames.

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