LE PURGATOIRE, CHANT XX
» Il en sort sans arme, muni seulement de la lance avec laquelle combattit Judas, et de sa pointe aiguë il déchire le cœur de Florence ;
» Et là, il ne conquerra point de domaines, mais le crime et la honte, d’autant plus lourd qu’il joua légèrement avec son crime.
» L’autre déjà sorti, je le vois prisonnier sur sa flotte, vendre sa fille et la marchander comme les corsaires trafiquent des esclaves.
» O avarice ! voilà ton dernier triomphe ! Tu as réduit mon sang à ne pas respecter sa propre chair.
» Que dis-je ! le mal passé, le mal futur s’éclipsent. Je vois les fleurs de lis entrer dans Anagni, le Christ captif dans la personne de son vicaire ;
» Je le vois livré à la dérision, subir une seconde fois la scène du vinaigre et du sel ; entre deux larrons vivants je le vois mourir.
» Je vois un nouveau Pilate , cruel non rassasié par ce supplice ; sans le décret des pontifes, il porte dans le temple ses fureurs cupides.
» O mon Seigneur 1 quand débordera ta juste vengeance, dont l’éclair, caché dans tes secrets réservoirs, plaît à ton courroux? Cette heure me sera douce.
» Pour mes paroles, touchant l’unique épouse de l’Esprit saint, nous les redisons dans les prières du jour.
» La nuit, nous évoquons des exemples opposés , et Pygmalion rendu traître, parricide et voleur, par son idolâtre amour de l’or ;
» Et la misère de l’avare Midas, puni par l’effet de son cupide vœu, digne objet d’éternelles railleries.
» Et le fol Achan, dont chacun se souvient, ravisseur infidèle du butin de l’ennemi ; la colère de Josué semble encore l’étreindre.
» Puis nous accusons Saphira et son époux ; nous exaltons ceux qui foulèrent aux pieds Héliodore ;
» Et sur toute la montagne retentit l’infamie de Polymnestor, le meurtrier de Polydore.
LA DIVINE COMÉDIE
» O Crassus, crions-nous enfin, dis-nous, car tu la connais, la saveur de l’or !
» Parfois nous conversons, l’un à voix haute, l’autre à voix basse, suivant l’aiguillon qui nous presse, et précipite ou ralentit notre pas.
» Je ne proférais point seul les exclamations heureuses, hymnes du jour ; mais aucune autre âme voisine n’y mêlait son refrain. »
Déjà nous avions quitté cet esprit, et nous tâchions de gravir le sentier avec toute la vitesse possible ;
Soudain, comme une ruine croulante, trembla le mont sacré : je fus saisi d’un froid pareil à celui d’un condamné marchant à la mort.
Moins fortement s’agitait Délos avant que Latone y eût préparé le nid où elle mit au monde les deux lumières du ciel.
Bientôt il s’éleva de toutes parts une clameur inouïe, et le maître se tourna vers moi en disant : « Ne crains rien tant que je suis ton guide. »
« Gloire à Dieu dans les hauteurs célestes ! » chantait le chœur des âmes, comme je le compris rapproché du lieu d’où l’on pouvait l’entendre.
Immobiles et en suspens, comme les pasteurs dont l’oreille ouit pour la première fois le chant divin, nous écoutâmes, jusqu’à ce que le tremblement cessa et que les voix se turent ;
Ensuite nous reprîmes notre saint voyage , regardaut les ombres étendues à terre et déjà replongées dans leurs lamentations.
Si ma mémoire n’erre pas, jamais l’ignorance d’une chose et l’envie de savoir ne me tourmentèrent comme alors elles dominaient ma pensée.
La vitesse de notre marche m’empêchait d’interroger Virgile, et ma propre intelligence n’avait point la clef de ces mystères.
J’avançais donc pensif et timide en gravissant la montagne.
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Dante et Virgile rencontrent Stac^