‹ Vol 2Chapitre 44 sur 70 · LE PURGATOIRE, CHANT XXII · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE, CHANT XXII

renouvelle; la justice va renaître avec le premier âge, et une jeune race descend des cieux. »

» Par toi je fus poète , par toi chrétien. Pour te rendre plus palpable le tissu de ma pensée, j’y répandrai la couleur.

» Le monde entier commençait à se pénétrer de la vraie doctrine, semée par les messagers du royaume éternel.

» Et tes vers cités plus haut désignaient les nouveaux prédicateurs ; je m’accoutumai à les entendre. Combien ils me semblèrent purs!

» Lorsque Domitien les persécuta, nos larmes se confondirent; tant que je respirai, je les secourus, et leurs mœurs austères me firent mépriser toutes les autres sectes.

« Baptisé avant que mes chants eussent conduit les Grecs au fleuve thébain, je tins par peur mon culte secret, et longtemps j’affichai un reste de paganisme.

» Pour cette tiédeur, j’ai parcouru le quatrième cercle pendant plus de quatre siècles. Toi donc, qui m’as soulevé le voile du bien suprême, instruis-moi, en continuant notre pèlerinage, des choses qui m’intéressent.

» Sais-tu où habitent Térence, notre ancien, et Cœcilius, Plaute, Varron? Dieu les a-t-il condamnés, et quel bolge les renferme?

» — Ces ombres, Perse, moi, et beaucoup d’autres ombres, répondit mon guide, nous habitons avec ce Grec , plus tendrement allaité par les Muses.

» Le premier giron du noir labyrinthe nous rassemble; mainte fois, nous conversons de la montagne où demeurent toujours nos nourrices.

» Là séjournent Anacréon, Simonide, Agathon, et plusieurs Grecs, ombres qui ornèrent jadis leur front de lauriers ;

» Là, le groupe des héroïnes, Antigone, Déiphile, Argia, et Ismène triste comme pendant son existence ;

» On y distingue la vierge qui indiqua la fontaine Langia, puis la fille de Tirésias, et Thétis, el Déidamie avec ses sœurs. »

LA DIVINE COMÉDIE

Attentifs à examiner leur route, les deux poètes se turent, car ils avaient franchi les degrés et les parois.

Les quatre servantes du jour fuyaient, et la cinquième, au timon du char, dressait vers le zénith sa pointe ardente.

Et mon maître : « Il convient, je crois, de tourner notre épaule droite vers le bord du cercle , afin de parcourir la montagne , selon notre coutume. »

L’habitude nous servit de règle, et nous prîmes le chemin avec plus d’assurance sous l’approbation de l’âme juste.

Ils allaient devant, et moi seul après eux. J’écoutais leurs discours, où je puisais l’intelligence de la poésie.

Bientôt les doux entretiens furent interrompus par l’aspect d’un arbre chargé de fruits suaves et délicieux à l’odorat ; il s’élevait au milieu du chemin.

Tel qu’en s’élevant un sapin diminue de branche en branche, l’arbre parfumé décroissait vers le sol, comme pour défendre d’y monter ;

Et du côté où notre route était close, jaillissait d’une haute roche une onde claire s’épandant sur les feuilles.

Les deux poètes s’approchèrent, et, du centre du feuillage, une voix cria : « Vous ne goûterez pas ce fruit. »

Ensuite elle ajouta: « Marie intercède pour vous, Marie, jadis occupée à rendre les noces cananéennes honorables et complètes , non à remplir sa coupe.

» Les antiques Romaines se contentaient d’eau pour boisson; Daniel méprisait la nourriture et acquit la science.

» Beau comme l’or fut le premier siècle ; avec la faim les glands parurent savoureux, avec la soif, les ruisseaux un nectar.

» Du miel et des sauterelles nourrirent Baptiste dans le désert, lui, le grand apôtre ;

» Aussi sa gloire éclate dans l’Évangile. »

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