‹ Vol 2Chapitre 55 sur 70 · LE PURGATOIRE, CHANT XXVIII · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE, CHANT XXVIII

L’Hellespont traversé jadis par Xerxès (exemple dont le frein modère encore tous les orgueils mortels).

«Vous êtes nouveaux -venus, commença la vierge; peut-être mon sourire vous étonne dans ce lieu choisi pour berceau à la nature humaine , et vous inspire un soupçon.

» Que le cantique « Vous m’avez réjoui, ô mon Dieu ! » dissipe à sa clarté les nuages de votre intelligence.

» Toi qui marches devant, et qui m’as priée de parler, souhaites-tu savoir quelque autre chose? Me voici prête à te répondre selon tes demandes. »

Je m’exprimai de la sorte : « L’aspect de l’onde et le murmure de la forêt combattent en moi mes impressions nouvelles, contraires à celles du globe des vivants. »

Et la belle créature : « Je te dévoilerai la cause de ce qui t’émerveille, et je déchirerai le bandeau de ton erreur.

» La souveraine béatitude, savourant en elle son unique volupté, créa l’homme bon et pour le bien; ce jardin lui fut donné comme un gage de la paix éternelle.

» A cause de sa chute , l’homme y demeura peu ; à cause de sa chute, il changea en plainte et en tristesse une joie innocente et des plaisirs purs.

« L’Éden bienheureux fut abrité contre les désordres soulevés plus bas par les exhalaisons des flots et de votre terre, attirées vers le foyer du soleil ;

» Sa hauteur, voisine de la voûte sidérale, offre à ses habitants un calme immuable, et nul orage n’y souffle depuis la porte de son enceinte.

» Or, comme l’air se meut en circuit, poussé par le premier mobile, si rien ne brise le cercle éthéréen,

» Un mouvement pareil vient frapper cette hauteur libre dans l’air vif et pur, et il fait résonner les arbres touffus de la forêt.

» Les arbres ébranlés impreignent l’air de leur vertu, et l’air, en tournoyant, la sème de tous côtés ;

LA DIVINE COMÉDIE

» Et le sol miraculeux, selon sa nature ou sa zône, conçoit et enfante divers arbres doués de facultés diverses.

» Ne sois donc point surpris si des plantes croissent dans votre monde sans aucune semence apparente ; la campagne sacrée enferme tous les germes et des fruits que l’on ne cueille pas ailleurs.

» L’onde fortunée ne jaillit pas d’une veine nourrie par la vapeur résolue en pluie sous le contact du froid de l’atmosphère, comme un fleuve dont l’urne s’emplit et se vide.

» Une fontaine régulière et intarissable va puiser dans la volonté divine, à mesure qu’elle l’épanche, une onde égale par ses deux courants.

» D’un côté, cette onde descend avec le pouvoir d’ôter le souvenir des péchés; de l'autre, elle rend la mémoire de chaque bienfait.

« Ici elle se nomme Léthé, plus loin Eunoë ; il faut avoir bu des deux pour en éprouver la puissance; et son incomparable saveur enchante.

» Mes éclaircissements doivent suffire pour apaiser ta curiosité avide; cependant je t’accorderai au delà de ma promesse, et mes discours, je l’espère , ne te sembleront pas moins précieux.

» Les poètes, dont la lyre antique célébra l’âge d’or et son règne heureux, ont peut-être rêvé ce lieu sur le Parnasse.

» Ici la tige humaine s’éleva innocente ; ici l’éternel printemps et tous les fruits; ici le nectar dont chacun devise. »

Je me mis à considérer Virgile et Stace, et je remarquai leur sourire à cette dernière explication ;

Puis je reportai mes regards sur la belle créature.

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Les vingt quatre Vieillards

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