‹ Vol 3Chapitre 13 sur 76 · LE PARADIS. CHANT V · texte numérisé non relu

LE PARADIS. CHANT V

fous comme les sages pleurèrent, quand ils ouïrent parler d’un culte si barbare.

« Chrétiens., soyez plus graves à vous émouvoir; ne flottez pas comme la plume à tout vent, et ne supposez pas que toute eau vous lave.

« Le Vieux et le Nouveau-Testament, et le pasteur de l’Église, voilà vos guides ; ces phares doivent suffire pour votre salut.

«Si de mauvais penchants vous appellent ailleurs, soyez des hommes, non des brebis folles ; que le juif ne se rie pas de vous, au milieu de vous.

« N’imitez pas l’agneau simple et folâtre; il abandonne le lait de sa mère et lutte contre lui-mème pour son plaisir. »

Comme je l’écris, s’exprima Béatrice, puis elle se tourna, brûlante d’ardeur, vers le côté où luit davantage le monde;

Le silence de ses lèvres et la métamorphose de ses traits absorbèrent mon esprit avide , où erraient de nouvelles questions.

Et comme la flèche frappe le but avant que la corde soit immobile, nous volâmes au second royaume.

La beauté radieuse de ma souveraine , transfigurée dans la lumière astrale, se réfléchit sur la planète plus brillante.

Si l’étoile changea et rit d’allégresse, que fis-je, moi, créature mobile en tous sens ?

Dans l’eau tranquille et pure d’un vivier, les poissons accourent vers les formes présentées au dehors comme des images de leur pâture.

Telles des milliers de splendeurs accoururent vers nous , et chacune s’écriait : « Voilà qui accroîtra nos amours! »

Et pendant que chaque âme s’avançait, sa joie s’exhalait au sein de son éclatante auréole.

LA DIVINE COMEDIE

Songe, ù lecteur, si le tableau finissait soudain, quelle anxiété tourmenterait ta soif curieuse. Tu jugeras la mienne de connaître ces splendeurs.

Et une d’elles : « O bienheureux à qui la grâce permet de saluer les trônes du triomphe éternel, avant d’avoir quitté la milice des vivants,

«f Nous brûlons de la lumière épandue dans l’ineffable royaume ; désires-tu t’éclairer sur notre destin ? nous te satisferons. »

Et Béatrice à moi : « Parle avec pleine confiance, et crois-les comme des dieux. «

« — Je vois bien que tu t’enveloppes dans les langes de ta propre lumière ; elle s’épanche par tes regards, et rayonne quand tu souris.

« Mais j’ignore ton origine et pourquoi tu habites, ô âme pieuse, le degré de la sphère voilée aux mortels par les fulgurations d’une autre. »

Je répondis de la sorte à la splendeur, ma première interrogatrice, et son éclat devint plus vif.

Comme le soleil s’ombrage de sa gloire, quand il a détruit les vapeurs dont le bandeau en tempéraitles étincelles ;

La figure sainte se déroba dans ses rayons épanouis par une plus vive joie, et s’y enferma mystérieusement :

Ainsi close, elle articula ce que le chant suivant module.

Les esprits illustres.

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