‹ Vol 3Chapitre 39 sur 76 · LE PARADIS CHANT XIX · texte numérisé non relu

LE PARADIS CHANT XIX

«Qui es-tu toi-mème? toi, pour t’ériger en arbitre et juger à mille milles avec une vue de miope.

« Cerles, il y aurait pour l’argumentateur subtil de quoi douter et s’étonner, si les deux testaments ne vous éclairaient de leur fanal.

« O animaux pétris d’argile! esprits grossiers! la volonté suprême, excellente de sa nature, ne quitte jamais son centre, l’altissime bien .

« Rien de juste, en dehors de ses harmonies; nul bien créé ne l’attire; mais elle le produit dans ses rayonnements.

« Après avoir repu ses petits, la cigogne se retourne dans son nid, et satisfaits, ils la regardent. »

Ainsi l’oiseau sacré, en agitant ses ailes mues par tant de splendeurs ; et moi, je le contemplais.

11 chantait en tournoyant : « Incompréhensibles sont pour loi mes cadences; telle pour vous, ô humains, l’insondable justice. »

Et les lueurs enflammées de l’Esprit saint se reposèrent encore dans le signe par qui les Romains triomphèrent du monde.

Puis l'aigle reprit : « Jamais dans ce royaume ne parvint quiconque ne crut pas au Christ, avant ou après son martyre.

«Toutefois, songes-y, beaucoup vont clamant Jésus: Jésus! qui au jugement seront moins proches de lui que tel, étranger au Christ.

« De semblables chrétiens seront condamnés par l’Élhiopien, quand se sépareront les deux phalanges, l’une éternellement fortunée, l’autre éternellement misérable.

« Que ne dira point à vos rois le Persan, lorsqu’il verra ouvert le volume où sont gravées leurs turpitudes !

« On y lira, parmi les actions d’Albert, celle qui lancera bientôt l’aigle dont le vol changera en désert le royaume de Prague.

« On y lira l’insatiable orgueil dont la démence enivre l’Écossais et l'Anglais, impatients de franchir les bornes de leur domaine.

LA DIVINE COMEDIE

« On y lira le deuil excité sur la Seine par le falsificateur de la monnaie, destiné à mourir blessé sous la dent d’un sanglier.

« On y lira la luxure et la mollesse de ce roi d’Espagne et de ce roi de Bohême, sourds aux conseils de la vaillance.

« On y lira, désignée par un 1, la bonté du boiteux de Jérusalem, et son vice contraire par un M.

« On y lira la bassesse et l’avarice du monarque possesseur de l’île de feu, où Anchise termina sa longue carrière.

« Et comme un signe de mépris, les caractères tronqués de son écriteau renfermeront beaucoup en peu d’espace.

« Et là se dévoileront les œuvres honteuses de l'oncle et du frère, par qui furent avilis une si brave nation et deux couronnes.

« Et là seront stygmatisés le roi de Portugal et celui de Norwège, et celui de Rascio., le falsificateur des ducats de Venise.

« Heureuse la Hongrie, si elle ne se laisse plus opprimer ! Heureuse la Navarre, si elle s’arme de sa ceinture de montagnes !

« Et déjà, que chacun y ait foi, pour l’appel de cette vengeance, Nicosie et Famagouste crient et se lamentent contre leur bê! conductrice,

« Bête fidèle aux traces des autres brutes. »

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