‹ Vol 3Chapitre 51 sur 76 · LE PARADIS, CHANT XXVI · texte numérisé non relu

LE PARADIS, CHANT XXVI

Et Béatrice : « dans cette auréole, la première àme, engendrée par la vertu première, contemple avec ravissement son auteur. »

Je m’inclinai , à ces mots, comme la branche dont la cime ploie sous l’aile du vent, et se relève par sa propre force ; puis rassuré par un brûlant désir interne , je proférai :

« O fruit seul enfanté dans sa plénitude , ô père antique, dont chaque épouse est la Glle par le sang , comme par l'hymen , parle , je t’en supplie avec ferveur, et je me tais pour t’ouïr. «

Lorsque un animal caparaçonné s’agite , les mouvements de son enveloppe trahissent ses mouvements intérieurs.

Telle, à travers sa robe lumineuse, l’àme primitive décelait son empressement pour me complaire , et à moi :

« Avant que tu l’articules , je discerne ton envie , mieux que toi la plus palpable certitude ; je la lis dans le miroir où se réfléchit toute chose; lui n’est le reflet d’aucune.

« Tu veux connaître depuis quand Dieu me plaça dans le jardin sublime où Béatrice t’a préparé à gravir l’échelle sidérale,

« Et combien de temps je savourai ses délices, la véritable cause du grand courroux , et l’idiôme dont je créai le langage.

« Or, mon fils, d’avoir goûté le fruit de l’arbre ne naquît pas mon triste et long exil , mais d’avoir transgressé l’ordre.

« Dans les limbes, d’où ta dame appela Virgile, je souhaitai notre lumineux séjour pendant quatre mille trois cent deux révolutions du soleil ;

«Et il revint à tous lessignesde sa roule neuf cent trente fois, pendant que je vécus sur votre planète.

« La langue, dont je me servis, disparut avant que les hommes de Nembrod se fussent appliqués à l’œuvre interminable.

« Nul effet provenant du libre arbitre humain ne dure, caria volonté humaine varie, sous les influences d’en haut.

LA DIVINE COMEDIE

« Que l’homme parle , c'est un acte naturel : dans tel ou dans tel idiome, la nature lui en abandonne le choix.

« Avant que je descendisse aux angoisses infernales, on nommait EL sur la terre le bien suprême d’où éclol ma joyeuse couronne.

« On le nomma ensuite Eli ; cela dut être : les usages des mortels se succèdent comme les feuilles sur les branches des arbres.

« Sur la montagne la plus élevée au-dessus de l’onde, je menai une vie tour-à-tour pure et coupable depuis l’heure première jusqu’à la seconde du cercle ,

l< Quand le soleil change de cadran à Sa sixième heure. »

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