LE PARADIS, CHANT XXX
vers la mamelle , et moi , pour Taire de mes yeux des miroirs meilleurs, je m’inclinai vers l’onde où la vertu s’épure.
A peine y eus-je mouillé le bord de mes paupières , le fleuve allongé me parut s’arrondir, et comme des masques jetant leurs trom peuses apparences,
Les fleurs et les étincelles se transformèrent en une plus brillanle fêle, et je saluai sans voile les deux cours bienheureuses.
O resplendissement incréé, par qui j’envisageai l’alfissime triomphe du royaume véritable, insufle-moi le génie de le retracer comme je le vis !
Dans le ciel immuable^ règne une lumière dont la clarté rend le créateur visible aux saintes hiérarchies, ses contemplatrices fortunées ;
Son océan se déroule en une figure circulaire , trop large pour ceindre le soleil , tant elle ondule vaste.
Toute sa partie perceptible n’est qu’un rayon réfléchi sur le sommet du Premier Mobile, pour lui verser la vie et la puissance.
Et tel que dans l’eau de sa base un coteau se mire, comme pour y contempler sa parure , sa végétation et ses fleurs , ondoyante richesse ;
De même, suspendues à l’entour du fleuve lumineux, se miraient, sur plus de mille degrés, foules les âmes revolées de notre terre vers leur commune patrie.
Si le rang inférieur enserre une si vaste aurore, combien doit resplendir la rose miraculeuse dans ses dernières feuilles ?
Mes regards, sans s’égarer sur sa hauteur ou sur sa largeur, embrassaient son allégresse dans sa forme et son étendue.
La distance n ajoute ni n’ôle rien au plaisir, car où Dieu gouvernesans intermédiaire, les lois temporelles s’effacent.
LA DIVINE COMEDIE
Béatrice m'entraîna vers le centre doré de la rose éternelle , dont les feuilles dilatées s’échelonnent et consument un parfum de louanges au soleil, père du printemps intarissable.
Silencieux, je voulais et n’osais parler. Elle à moi : « Examine combien de blanches étoles ! combien notre cité se déploie en circonférence! sur nos estrades presque pleines, peud’élusseposerontencore.
« Sur ce siège, vers qui tes yeux se lèvent parce qu’un diadème le surmonte , avant l’heure où tu boiras au même banquet, s’asseoira un jour l’âme magnanime de Henri;
« Jour auguste dans vos fastes , car le libérateur impérial viendra réformer l’Italie, avant qu’elle soit mûre pour l’accueillir.
« Votre aveugle et bestiale cupidité vous a rendus semblables à l’enfant qui meurt de faim et chasse sa nourrice.
« En ce temps commandera au forum divin un homme lancé ouvertement et en secret sur une voie contraire ;
Le Rémunérateur le tolérera peu dans le sacerdoce , et le précipitera , où se lamente Simon le magicien pour ses mérites,
« Et il reléguera plus bas le vaincu d’Agnani. »