CRATÈRE OU PICHINCHA
Quito est bâtie au pied de cette montagne volcanique qui a été, au seizième siècle, le théâtre d’éruptions formidables, et qui, plus tranquille depuis 1660, n’est pas encore éteinte. Elle est formée par l’immense mur de trachite noir qui suit, dans un espace de 15 kilomè-
très, la faille pratiquée à l’ouest de la Cordillère. Ce mur porte, comme des châteaux forts, trois coupoles, dont la principale, appelée Rucu-Pichincha (le Père ou l’Ancien), s’élève jusque dans la région des neiges éternelles.
Humboldt, guidé par un Indien, gravit, en 1802, le plus oriental de ces grands rochers. Arrivé, par des
chemins fort dangereux, au bord extrême du cratère, il se trouva à 800 mètres environ du fond de l’abîme enflammé. « C’était, dit-il, un spectacle magnifique. Jamais la nature ne s’était offerte à moi sous un aspect plus grandiose. »
Il mentionne ensuite les observations faites depuis cette époque dans le cratère même du volcan par un
LES ANDES
savant voyageur, M. Wysse, <jui ne craignit pas d’y passer plusieurs nuits. « Ce cratère est divisé en deux parties par une arête de rocher recouverte de scories vitrifiées. La partie orientale, de forme circulaire, et plus profonde que l’autre de plus de 1 ,000 pieds, est ac-
Fig. 52. — Cratères (lu Pichincha (d'après Uumbuldt).
tuellement le véritable siège de l’activité volcanique. Elle renferme un cône d’éruption, haut de 250 pieds, et entouré de plus de 70 fumeroles enflammées, d’où s’exhale une vapeur de soufre. C’est probablement de ce cratère, couvert, aux endroits les moins chauds, de touffes de graminées semblables à des roseaux, que sont
sorties les éruptions ignées de scories, de ponces et de cendres, qui se sont succédé en 1539, 1560, 1566, 1577, 1580 et 1660. Durant ces éruptions, la ville de Quito était souvent plongée tout un jour dans une obscurité complète, causée par la poussière des râpais 1 . »