LE CERCLE DE FEU
Si l’on imagine un instant le pôle nord placé au milieu de l’Europe méridionale, le globe terrestre sera divisé par l’équateur correspondant en deux hémisphères présentant de remarquables contrastes.
L’hémisphère boréal renfermera tous les continents, la partie extrême de l’Amérique méridionale exceptée, et ces continents seront groupés autour de l’Europe, mieux placée encore comme centre du globe. L’hémisphère austral, au contraire, sera presque entièrement maritime.
En outre, sur ce dernier, couvert par l'immense océan Pacifique, les volcans seront en beaucoup plus grand
nombre que sur l’hémisphère continental. Avant l'époque assez récente de sa découverte, on ne connaissait pas le véritable domaine de l’activité souterraine actuelle du globe.
La longue chaîne qui garnit de ses cônes brûlants le bord occidental de l’Amérique a déjà été décrite. Parallèlement à la côte opposée de l’Asie et à travers les groupes d’îles qui s’étendent depuis le Kamtchatka jusqu’à la Nouvelle-Zélande, apparaît une série semblable, quelquefois plus large et ayant des branches latérales. Deux volcans aperçus vers le pôle austral, paraissent indiquer qu’elle se continue à travers le continent qui couvre probablement une grande partie de la zone glaciale, et qu’elle se lie ensuite, par les îles Shetland, couvertes aussi de cratères et de laves, aux géants enflammés des Andes.
Léopold de Buch a nommé Cercle de feu cette ligne volcanique qui forme un des traits les plus caractéristiques de la surface terrestre. L’océan Pacifique est rempli d’une multitude d'iles dans lesquelles existent des cratères, mois on distingue principalement deux zones ignées, dont l’une se dirige des Philippines jusqu’à l’île de Pâques, et l’autre du Japon jusqu'au cratère colossal de l’île Sandwich.
Si d’un point éloigné de la terre on pouvait embrasser le vaste hémisphère terrestre d’un seul coup d’œil, on verrait quelquefois, dans cette région volcanique, plus de cent bouches en éruption groupées au milieu de la nuit en une constellation splendide.
L’illustre géographe allemand, Cari Ritter, ajoute à la description de ces lignes de feu, qui révèlent sans
doute d’immenses fissures de l’écorce terrestre, de trèsintéressantes considérations.
« La force de soulèvement, dit-il, devait se faire sentir autrefois avec une activité bien autrement puissante dans le bassin tout entier de la mer du Sud. En effet, indépendamment des îles que nous apercevons, d’autres, encore invisibles, soulevées par milliers, se sont approchées de la surface de l’eau sous forme de bas-fonds, d'écueils, de récifs, et, pour peu que le mouvement des Ilots le permette, elles servent de point d’appui aux superstructures d’immenses colonies de polypes et de madrépores. Mais aujourd’hui la force expansive de la vapeur souterraine semble, en se distribuant sur tous ces milliers de points, devenir impuissante à faire surgir du sein des flots ce continent sous-marin, dont l’étendue n’est pas encore déterminée par une suite de sondages assez complète.
«Cette action, s’appliquant à de vastes espaces et non pas seulement à des points isolés, se montre encore dans les soulèvements de l’ancien et du nouveau monde, qui entassent leurs plus hauts plateaux et leurs plus orgueilleuses montagnes autour de l’anneau volcanique, tandis que du côté opposé, vers l’intérieur du continent, les grandes plaines descendent dans l’océan Atlantique du nord et le3 vastes dépressions arctiques. La formation continentale contraste ainsi avec la grande formation insulaire, et toutes les deux servent de base à l’histoire du passé et à celle de l’avenir.
« A l’ouest de la puissante rangée de volcans de l’Océanie, et dans leur proximité immédiate, s’étend le vaste et beau pays de la Nouvelle-Hollande, qui, dé-
pourvu de tout volcan à nous connu, n’a pu être soulevé plus haut par la force défaillante. Même la Grande Barrière, si riche en coraux et en récifs dangereux, qui se dresse entre ce continent et l’ile allongée de la Nouvelle-Guinée, n’a pu émerger de la mer, ou bien a été replongée dans les vagues.
« Cette vaste dépression de tout un continent se continue aussi vers le nord, entre le golfe de Carpentaria et le sud-ouest deMalacca, le long de l’isthme de la Sonde, percé desinombreux détroits. Au delà, les basses terres de l’Inde, du Tonkin, de la Chine orientale, se prolongent jusqu’à la rencontre du plateau central asiatique, qui élève, vis-à-vis des volcans du Japon, l’infranchissable muraille des côtes escarpées de Leaostong et de la Corée.
« Un phénomène analogue se montre dans les deux Amériques. Là aussi, toutes les grandes dépressions commencent immédiatement au delà des volcans des Cordillères et des plateaux élevés, étroits et allongés, que cette chaîne porte sur ses épaules. Remarquable analogie ! pas plus que dans le continent australien, aucun volcan ne s’élève dans ses plaines immenses, dont la pente, comme celle des fleuves, descend du côté extérieur du cercle volcanique. Parsemées de quelques groupes de montagnes modestes, ces plaines s’abaissent et s’aplatissent de terrasse en terrasse, jusqu’à l’Atlantique, tandis que le côté intérieur plonge dans le Pacifique par une pente escarpée. »
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