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VOLCANS LUNAIRES

La surface de notre satellite est parsemée d’un trèsgrand nombre de montagnes, ayant presque toutes la forme d’un bourrelet circulaire au milieu duquel existe une cavité. Laplace y voyait des traces évidentes d’éruptions volcaniques. Il ajoutait que la formation de nouvelles taches et les étincelles observées plusieurs fois dans la partie obscure indiquent même des volcans en activité. C’est à eux qu’il attribuait les aérolithes qui viennent de temps en temps se précipiter sur notre globe.

De nouvelles recherches ont considérablement modifié ces idées. On croit pouvoir attribuer la vue des étincelles à des illusions d’optique; les contours des terres lunaires dessinées avec plus de soin par les astronomes, photographiées même depuis quelque temps, ne paraissent nullement changer, et une théorie des aérolithes, différente de celle de Laplace, prévaut aujourd'hui*. Mais si des éruptions récentes ne peuvent être constatées sur le globe qui nous accompagne, nous trouvons des preuves nombreuses de l’existence d’une époque où

1 La Plante et sa vie, par Schleiden, traduction de M. Charles Martins.

* Voyez les Météores, ch. îx [Bibliothèque des merveilles).

Fig. 49. — Paysage idéal de la Lune.

la réaction de l’intérieur de cet astre sur sa croûte superficielle a été extrêmement violente.

Quand on compare les reliefs des terrains sur la Terre et sur la Lune, on est surpris du manque de proportionnalité entre les montagnes. Elles sont relativement beaucoup plus hautes sur notre satellite, où l’on en compte 22 qui dépassent l’altitude du mont Blanc (4, 800 mètres). La montagne appelée Dœrfel a 7,605 mètres de haut, 200 mètres de moins que le pic le plus élevé de rilimalaya. Cette extension des aspérités paraît en rapport avec la diminution de la pesanteur, qu’on trouve, par le calcul, six fois moindre sur la Lune que sur la Terre.

Four bien voir les cavités, il faut choisir l’instant de l’observation à l’époque du premier ou du dernier quartier. Les remparts circulaires projettent alors leur ombre à l’opposé du soleil, tanta lintérieur qu’à l’extérieur. On est aussitôt frappé de l’idée d’une parfaite analogie entre ces formations lunaires et nos formations volcaniques terrestres. Les lianes de la protubérance rejoignent la plaine par une pente modérée, tandis que l’escarpement intérieur est extrêmement abrupt. Dans la partie centrale du fond de la cavité on aperçoit le plus souvent des éminences, qui représentent très-bien les cônes volcaniques d’où s’échappent chez nous les laves et les cendres. En plusieurs endroits on parvient, selon Herschell, à distinguer des marques décisives de stratifications 1 provenant du dépôt successif des déjections. On ne s’étonnera pas du rapprochement des pro-

1 Dispositions des matières rassemblées en courbes parallèles.

tubérances cratéri formes, si nous disons qu’on en compte plus de deux mille sur la surface visible de l’astre. Dans la figure 49 nous avons essayé d’offrir l’idée du paysage qu’on aurait devant soi auprès de l'une de ces montagnes. Le grand nombre d’aiguilles qui se dressent sur les contre-forts et dans la contrée environnante, ajoutent à l’étrangeté du spectacle. Elles sont très-élevées et rappellent nos colonnes basaltiques. Il y en a une près du mont Ligustinus qui est dix fois plus haute que la cathédrale de Strasbourg. Quand on l’observa pour la première fois, l’ombre l’enveloppait et sa pointe seule était éclairée par le soleil. Sa matière, probablement vitreuse, décomposait la lumière et présentait les couleurs du prisme.

Nous nous tromperions si l’analogie que suggère la première vue nous conduisait à assimiler toutes les cavités lunaires à nos volcans. C’est une très-faible partie, au contraire, qui peut leur être comparée, quand on vient à tenir compte des dimensions. Un observateur placé sur notre satellite et muni d’un excellent télescope w verrait à peine les cratères terrestres. Le cratère de la Caldiera del Fogo, dans l’île de Palma, le plus grand, selon Humboldt, n’a que 8 kilomètres de diamètre, tandis que sur la lune on voit une multitude de circonvallations beaucoup plus étendues. Le diamètre du mont Clavius, par exemple, est de 227 kilomètres ; ceux de huit autres sont compris entre 112 et 184 kilomètres; viennent ensuite douze cirques de 90 kilomètres en moyenne, etc. Il faut donc imaginer des enceintes vastes comme deux de nos départements, comme la Bohème. Ce dernier pays, entouré par des montagnes, peut très-

bien les figurer; seulement les remparts des cirques lunaires sont de véritables falaises, à peine crevassées et surgissant d’un seul jet à une hauteur à laquelle la cime du mont Blanc n’arrive qu’après un grand développement de pentes et de contre-forts.

Fig. 50. — Volcans éteints de l’Auvergne.

Ce sont seulement des points noirs qu’on voit sur le flanc de quelques protubérances qui peuvent être considérées comme les cratères des volcans éteints. Les cirques eux-mêmes ont probablement été produits par un phénomène différent, du moins par ses gigantesques proportions, de l’éruption volcanique que nous connaissons. Imaginons, aux premières époques géologiques, de puissants gaz élastiques se dégageant par suite de

réactions chimiques internes de la masse lunaire, et se trouvant arrêtées par une couche de matière pâteuse très-résistante, mais encore assez visqueuse pour avoir la faculté de s’étendre. De nombreuses boursoutlures, pouvant acquérir de grandes dimensions à cause de cette élasticité, feront saillie hors de la surface, et pendant quelque temps la pression intérieure des gaz dilatés par la chaleur soutiendra la voûte, cette voûte dominâtelle un espace aussi grand que le cirque de Clavius. Mais dès- que le refroidissement aura commencé, elle manquera d'appui, elle se rompra et jonchera de ses débris le fond d’un immense abîme. Que restera-t-il alors? Précisément les apparences qu’on observe maintenant : toutes les parties surplombantes écroulées jusqu’au bourrelet abrupt; des montagnes de rochers brisés au centre, sur un disque plan dont le niveau est inférieur à celui de la région environnante. Cette dernière circonstance est caractéristique pour tous les cirques. L’excavation du mont Newton est telle, que jamais le fond n’en est éclairé, ni par la Terre, ni par le Soleil.

Parmi les fluides sortis des dômes déchirés se trouvaient probablement beaucoup de vapeurs qui ont dû se condenser et même se transformer en une substance solide, car les observations des astronomes ne constatent pas jusqu’à présent l’existence d’une atmosphère lunaire. On attribue à ces vapeurs le dépôt des pellicules brillantes qui semblent revêtir quelques rebords des cirques. Suivant Maedler, ce sont des courants gazeux qui ont vitrifié une partie de la surface de l’astre, en y produisant les bandes lumineuses qu’on aperçoit

disposées en rayons autour de plusieurs montagnes. Dans certains points, comme Tycho et Copernic, il y en a plus de cent, et elles traversent sans s'interrompre les circonvallations et les taches noires environnantes, fournissant ainsi un élément pour établir la chronologie du soulèvement des terrains. Il faut supposer qu’il y a eu de violentes conflagrations au-dessus des centres, . vers lesquels les courants ont convergé comme dans tous les incendies. Aucune de ces bandes /l’accuse un relief, car elles ne sont visibles qu’aux environs de la pleine lune et ne projettent pas d’ombre pendant les autres phases.

Si nous voulons comparer la surface lunaire avec celle de notre globe, nous devons supprimer par la pensée les terrains de sédiment et les mers qui recouvrent cette dernière. Beaucoup de cirques, aujourd’hui comblés, apparaîtraient alors. En Auvergne, il y en a de très-vastes qui sont encore entièrement dessinés, quoique le granit qui les forme soii altéré et disparaisse dans un grand nombre de points sous d’épaisses couches de terre végétale. Celui qu’on voit sur l’île de Ceylan a 70 kilomètres de diamètre. Dans l’Océanie, plusieurs îles madréporiques paraissent prendre appui sur de semblables cirques 1 .

* Nos lecteurs trouveront une très-intéressante description de notre satellite dans l'excellent livre de M. Ainédée Guillcmin : La Lune, 1 vol. in-i 8 ; librairie Hachette.

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