LIVRE IV. aol
à s'inquiéter de ces grandes questions, ce n’est pas pour les avoir entendu proposer, mais c’est quand le progrès naturel de ses lumières porte scs recherches de ce coté-là.
Nous avons vu par quel chemin l’esprit humain cultivé s’approche de ces mystères ; et je conviendrai volontiers qu’il n’y parvient naturellement , au sein de la société même, que dans un âge plus avancé. Mais comme il y a dans la même société des causes inévitables par lesquelles le progrès des passions est accéléré ; si l'on n’açcéléroit de même le progrès des lumières qui servent à régler ces passions, c’est alors qu’on sortiroit véritablement de l’ordre de la nature . et que l’équilibre seroil rompu. Quand on n’est pas maître de modérer un développement trop rapide, il faut mener avec la même rapidité ceux qui doivent y correspondre ; en sorte que l’ordre ne soit point interverti, que ce qui doit marcher ensemble ne soit point séparé , et que l’homme, tout entier à tous les moments de sa vie , ne soit pas à tel point par une de ses facultés, et à tel autre point par les autres.
Quelle difficulté je vois s’élever ici ! difficulté d'autant plus grande , qu’elle est moins dans les choses que dans la pusillanimité de ceux rpii n’osent la résoudre. Commençons au moins par oser la proposer. Un enfant doit être élevé dans la religion de son pere : ou lui prouve toujours très bien, très aisément , que cette religion , telle qu’elle soit, est la seule véritable ; que toutes les autres ne sont qn’extravngance et absurdité. La force «les arguments dépend absolument , sur ce point , du pays où l’on
les propose. Qu’un Turc , qui trouve le christianisme si ridicule à Constantinople , aille voir comment on trouve le raahomélisme à Paris ! C’est surlout en matière de religion que l’opinion triomphe Mais nous qui prétendons secouer son joug en tout! chose, nous qui ne voulons rien donner à 1 auto îité, nous qui ne voulons rien enseigner à notri Emile qu'il ne pût apprendre de lui-même pai tout pays, dans quelle religion l’éleverons-nons ? : quelle secte agrégerons-nous l’homme de la nature La réponse est fort simple , ce me semble ; nous m l agrégerüns ni à celle-ci ni à celle-là , mais nous li mettrons en é:at de choisir celle où le meilleu usage de sa raison doit le conduire.
Incedo per ignés Suppositos cineri doloso (*)
ré importe : le zele et la bonne foi m ont jusqu ie tenu lieu de prudence. J’esperc que ces garants n m’abandonneront point au besoin. Lecteurs , n craignez pas de moi des précautions indignes d ni ami de la vérité : je n’oublierai jamais ma devise mais il m’est trop permis de me délier de mes juge ments. Au lieu de vous dire ici de mon chef ce qu je pense . je vous dirai ce que pensoit uu homm qui valoit mieux que moi. Je garantis la vérité de faits qui vont être rapportés ; ils sont réellemen arrivés à l’auteur du papier que je vais transcrire
(*) Je marche sur un feu ardent caché sous des cendn trompeuses. (Horace, liv. II, ode J .}