‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 161 sur 188 · All MtME · texte numérisé non relu

All MtME

ft auguste 1773

Je refois, monsieur, votre lettre du 31 juillet. Vous ne me dites rien du gros paquet que je vous adressai, il y a environ quinze jours, sous le couvert de M. de Sartine.

Je vous envoie aujourd’hui un petit paquet sous votre propre et prive nom. 11 ne contient qu’un exemplaire Lalli et qu’un Moranyies; mais cela forme une masse assez grosse pour ne pas en hasarder deux. Vous pourrez obtenir d’imprimer ces ouvrages a Paris, si vous l’entreprenez; car il me seinble que vous venez aisement a bout de ce que vous voulez. En attendant, je contiuuerai & vous faire des envois chaque poste.

Non-seulement les memoires deM.de Tolendal sont venus trop tard, mais il n'aurait pas 6t6 possible d’en faire usage, en quelque temps qu’on me les eftt adresses. Aucun des faits allegues dans ces memoires n’est prouve, et dans un tel ouvrage on ne doit parler que les preuves it la main. On parle dans cet ecrit d’un doyen des substituts du procureur general; mais l’opinion de ce substitut est comptee pour rien . G’est aux conclusions du parquet que l’on s’en tient; encore ne sonl-elles pas mises au rang des voix des juges. Le parquet propose, et les juges disposent.

Le memoire dil que le parlement envoyaau mi pour

DE VOLTAIRE (tin). 43.1

le prier Je ne pom / fame grace; cclil est lie la plus illsigne faussete.

A l’egard d'un Lally roi d'lrlande en 327, c'est une discussion que je laisseaM. d’Hozier.

Je vous dirai encore que jamais je n’attaquerai l’honneur de M. de Bussi, ni d’aucun des officiers qui ont servi dans l’lnde. Ce serait une extravagance atroce et impardonnable, qui ne servirait qu’a rendre la memoire de M. de Lalli odieuse; et je declare d’avance que si on veul fletrir la reputation de tous ces officiers dans l’histoire de la guerre de l’lnde , que M. de Tolendal dit 6tre prtHc a paraltre , c’est le plus mauvais parti etle plus dangereuxque 1’on puisse prendre.

Le motif de madame de Laheuse et de M. de Tolendal est tres-louable ; mais la maniere dont ils paraissent vouloir s’y prendre ne serait pas prudente. Ils craigneut que le public n’attribue la perte de Pondichery aux caprices et aux emportements que tout le monde, sans exception, a reproches a Lalli; if me semble que cette crainte est tres-mal fondee. Les Fragments sur T Inde' disent expressemcnt le contraire.

Je vous embrasse du meilleur de mon coeur, et je vous fais juge entre M. de Tolendal et moi.

* Voy. (Huvres computes, t. XI.YII.

LETTRES INfiDITES

22 leptcmbrc 1773.

II n’y a point, de nouvelle edition des Fragments sur r hde. Celles de Geneve et de Lausanne ne sont pas encore ^coulees. Si on en faisait jamais une edition nouvelle, il faudrait que ce flit a Paris; et, en ce cas, le vieux malade y relravaillerait avec grand plaisir. Quoiqu’il soit dans un etat bien triste et absolument hors de combat, il ne doute pas que M. Marin n’ait eu la bonte d’envoyerdesexemplaires de la quatrieme lettre a M. le eomte de Morangies et a M. Linguet. 11 pense que cette lettre doit suffire , et que ce n’est pas a celui qui s’est epuise en louanges a prevenir par une lettre celui qu’il a taulloue; ce seraitplutfitaulouange a remercier le louangeur. Il se flatte d’ailleurs que M. Marin a eu la bonte de faire parvenir a M. de Morangies un petit billet que le vieux malade mit dans un de sesdernierspaquels, versle9ou le 10 de ce mois. C'etait une reponse a la lettre de remerclments que M. de Morangies m’avait ecrite. M. Linguet n'a pas eu pour moi la mfime attention. Je suppose toujours que M. Marin a bien voulu faire parvenir a M. de Morangies cette quatrieme Lettre a MM. de la noblesse dti Gevaudan

Plus n’en sail le pauvre malade. 11 jette au cou de M. Marin sesdeux bras languissants et decharnes.

1 V. OEuv. compl., l. XI.VIII.

9 aiiguslc 1773.

On pretend quc Linguet a fait de nouveaux ennemis a M. rle Morangies dans le parquet, dans le barreau ct parmi les gens de lettres. Rien n’est plus triste et rien ne me fait plus trembler pour celte malheureuse affaire, qui va se juger definitivement. Je suis historien sincere: vous qui I'tRes, aidez-moi. Je ne vois pas qu'il ait le moindre droit de se plaindre qu’on ropele ses propres paroles, sans y faire aucune reflexion.

M. Pigeon 1 serait bien plus en droit de se fAcher; mais il faut preferer la verite a tout. Cette verite aura bien de la peine a gagner sa cause au parlement; elle court grand risque d'etre ecrasee par les formes. Elle aura pour mortelle ennemie la prevention oil l'on est contre Linguet. On dit qu'il va donner un nouveau memoire; il faut esperer qu’il prouvera dans cet ecrit les cboses qu’il a promis de prouver.

Bonsoir, mon cher bistoriograpbe, qui ne dites pas tout ce que vous savez.

P.S. Je pense qu’il faudrait imprimer sans d61ai raa Morangeade , telle que je vous 1’envoie, en attendant, la Lalliade, qui est annoncAe des la premiere ligne du proces Morangies. Le memoire de I’inspecteur Dupuis est sans replique; il n’y a que des raisons, et c’est ce qu’il faut. — Je vous embrassc bien lendrement, Le tres-vieux et tres-malade V.

1 Lieutenant general an bailliagc du palate.

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