I.KTTRES IN6DITES
suis sensible a la lettre queje regois de lui, a tout cc qu’il me dit de vous et de l’Academie, aux marques d’estime et d’amitiA que vous reccvez de toutes parts. Comptez surtout parmi vos vrais amis et parmi ceux qui rendenl le plus de justice a vos grands talents, Votre tres-obeissant serviteur,
Le vieux malade de Ferney, V.
Plus malade que jamais, et ne vivant que pour vous.
m — A M. CHRIST1N,
A YOCAT.
22 fCYrier 1778.
Le vieux malade de Ferney a re?u les instructions du cher philosophe, patron des opprimAs; il en fera certainement usage. Peut-etre faudra-t-il attendre le saint temps de Piques; les ministres seront alors un peu moins accables d’affaires. Une raison encore plus forte, c’esl que j’espere dans ce temps-la passer quelques jours avec le patron de l’humanitA \ Ce sera probablement ma derniere Piques ; car ma sanle baisse tous les jours. Je finirai trop heureusement ma carriere , si je puis travailler sous votre dictAe a delivrer les hommes de l’esclavage ou des moines* les ont mis. Ne pourrai-je parvenir h briser des fers si honteux, apres nous eitre tires de ceux des fermiers g6neraux 3 ?
1 Turgot, qui fit un »e)our d'un mois a Kcrnoj. ’ II s'agit de I’olTaire des serfs de Saiut-Ulaude.
* Voir preredemment, p. 38.
l)E VOI.TAIRK (1*17;.
Je vous embrasse bien lendremenl, mon clier philosophe.
1 10. — At; MEME.
A Ferney, 12 u<mmbre I • T 7.
Nous sommes fort ignorants, mon cher ami , nous ne savons pas 4 Forney s’il est vrai que des lettres patentes du roi, a nous accordfos pour valider et confirmer nos ^changes et nos marches faits avec la sainte Eglise , ne sont valables que pour une ann£e et ne peuvent Sire euterinees a Dijon qu’au bout de cetle ann4e. 11 n’est pas dit un mot de cette clause pretendue dans ces lettres patentes. On nous assure que e’est vous qui avez decide que nous n’avons qu’un an pour faire enteriner nos lettres. Mandez-moi, je vous prie, si cela est vrai.
Je ne connais point du tout la jurisprudence du Conseil et les entraves que les parlements y meltent. Je ne sais autre chose que de prendre l’int^ret le plus vif a nos chers esclaves1, que vous protegez si noblement h ce Conseil du roi.
Je vous embrasse lendremenl.
Le vieux malade, V.
1 Voir precedemmcnt, p. 31, 32, 38 et 77.
LETTItES INfiDITES
til. — All MfiME.
A Ferney, I 3 Janvier 1778.
Vous me dechircz le coeur, mon cher ami , par tout cc que vous me mandez. II m’cst impossible d’ecrire a voire Genevois. Jugcz-en vous-meme.
Sa femme est n6e et a ete elevee dans le milme village que la mere de mademoiselle de Varicourt qui lui donna longtemps des bas et des souliers, quoiqu’elle n’en eut guere pour elle-meme.
J’ai donne part du tnariage de mademoiselle de Varicourt & la Genevoise, et ina lettre etaitassurement tres-flatteuse. Elle n’a pas daigne me repondre; mais elle a repond u a un frere de mademoiselle de Varicourt, et lui a dit qu’ellc etait une femme trop s£rieuse et voyant trop bonne compagnie pour recevoir cbez elle une jeune marine. Cet exces d’impertinence est-il concevable?
Je tremble de tous c6tes pour nos chers Saint-Claudiens. J’ai bien peur qu’ils ne soient manges par les pharisiens et paries publicains; mais ou se refugieront-ils? 11s n’ont ni protection ni asile. Tout ce que je vois me fait horreur et me decourage. Je vais mourir bientftt en ditestant les persecuteurs et en vous aimant.
1 Mademoiselle de Varicourt, d'une famille noble du pays de Get, eievee a Ferney par madame Denis, epousa en 1777 le marquis de Villette. Voltaire lui avail donne le surnom de Belle et Bonne. Madame de Villette est morlc cn 1822. a. f.