‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 51 sur 188 · A LA MfiME · texte numérisé non relu

A LA MfiME

Aux Dclices, 8 dieembre 1759.

Madame ,

J’ai eu l’honneur d’ecrire k mademoiselle de Pestris. ou Perlris k Gotha, par Nuremberg. J’ai peut-dtre mal orthographie le nom et celui de madame de Beckolsheim ; mais je me flatte que Ton aura supplee a l’ignorance d’un pauvre habitant de la Suisse fran- $aise, et que la lettre aura ete rendue. Elle etait accompagnee, madame, d’un petit billet d’avis que j’eus l’honneur d’^crire a Votre Altesse Serenissime, louchant votre banquier de Leipsick, et son comple dtait dans une lettre jointc & ce billet d’avis. Votre Altesse Serenissime sait combien les temps sont difficiles. Llargent et les occurs se resserrent, quand la poudre a canon se dilate; c’est une experience de physique qui n'cst aujourd'bui que trop commune. J’ai peur d’ailleurs que votre banquier, madame, n’ait eu trop de confiauce, et qu'il n’ait perdu le moment de s’accommoder avec ses creanciers. Et j’avoue que je crains

1 Lc roi de Prusse.

qu'un jour vous ne souffriez quelque pcrte do la faillite 4 laquelle il esl expose. Mais les affaires de votre augusle mnison soul si bien r^glees, votre prudence et celle de monseigneur le due les gouvernent avec une economie si sage, et en mSme temps si noble, que Yos Altesses Serenissimes ne peuvent souffrir beaucoup des malheurs des particuliers. Pour les affaires publiques, je ne sais rien de nouveau depuis la perte qu’ont faite les Fran<?ais de leur vaisselle et de leurs flottes Yoila de bons catholiques prives de morue pour leurcar4me, et n’ayant plus de castors pourcouvrir leurs tfites, qu’on disait legeres et qui sont a present appesanties.

Je De sais rien de la position du roi de Prusse depuis l’aventure de Maxen. J’ignore s’il est vrai que les Russes rentrent en Silesie ; tout ce que je sais, e’est que je voudrais que la grande maltresse des cceurs me presents un matin a Votre Altesse Serenissime, et mlt 4 ses pieds son courtisan, p4netre du plus profond respect.

Aux Helices, 25 docembre et u'a pu partir que le 29. — 1759.

Madame ,

J'ai re?u la letlre par laquelle Yotre Altesse Serenissime daigne m’instruire que mademoiselle Pestris approuve mes demarches aupres de son banquier. Je

1 Lc roi avail envoyc sa vaisselle plate A la Monnaie, — Lea Anglais s'elaient empares du Canada.

LBTTRF.S UR VOLTAIRE

erois qu’il ne lient qu’a lui de s’accommoder avec ses crdanciers II m’aecrit par un correspondent. J’avoue, madamc, quc je nc m’entends point du tout a ces sortes d’affaires. Je ne fais que rapporter des paroles avec simplicity et fidelity, pour le bien de deux ou trois families. Je sais que je ne suis qu'un pauvre laboureur qui cultive en paix quelques avpents, et qui est fort beureux de manger les fruits de ses terres. Les affaires de finance me sonl aussi etrangeres que celles de la guerre. J’ai actuellement environ deux lieues de pays a gouverner, et je ne con?ois pas comment on en pout gouverner davantage par soi-meme. Mais il me semble que si les homines etaient moins fous et moins mediants qu’ils ne sont, cliacun cultiverait ses champs sans devaster ceux de ses voisins.

Je nc manquerai pas, madame, d’envoyer par la premiere occasion, aux pieds de Votre Altesse Serenissime, la copie de la nouvelle piece que nous avons jouee dans un de mcs petits hameaux. Grande maitresse des cceurs, j’implore votre appui; secourez-moi aupres de madame la duchesse, el si je l’ennuie, obtenez ma grace.

Je soubaite & Vos Altesses Serenissimes, pour l’aunee 1760, l'eloignement de tout bousard, de tout pandour et de tout kalmouk, un bonheur tel que vous le merilez, et tous les avantages qui sont dus a votre augusle maison. Le peu d’aunees que j’ai encore a vivre seront consacrees, madame, a vous temoigner mon profond respect et mon attachement inviolable.

' Ses ennemis.

A LA llLT.IIKSSK HE SAXE-GOTIlA ( 1 7 Gu). 223 !)l . — A LA MliME.

2 janvier I76A. *

Madame ,

Je re?ois dans ce moment, ii midi, un instant avant que la posle parte, la lettre dont Voire Altesse Serenissime m'houore, en date du 24 decembre; mais le paquet qu'elle daigua m’envoyer, le samedi, 22, lie in'est point parvenu. Votre Altesse Serenissiirie a la bonte de me dire qu'elle a depdche ce paquet assoz gros sous le couvert connu, est-ce par un banquier de Fraucfort, est-ce par M. de Valdener? Enlin, niailamr, je n’ai point ce paquet, qui contenait les preeieux lemoignages de vos bontes. Je vous avoue que je suis au desespoir. II n’y a que le bonheur de venir vous faire ma cour qui puisse consoler ce pauvre Suisse V., qui vous sera attache jusqu’au tombeau avec le plus profond respect et rallachement le plus inviolable.

Page 1