‹ Voltaire à Ferney; sa correspondance avec la Duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et notes historiques entièrement inéditesChapitre 43 sur 95 · A M. THIERIOT · texte numérisé non relu

A M. THIERIOT

A Cirey, ce 16 mars 1739.

Je vous prie de me déterrer quelque ouvrage d'un vieil académicien nommé Silhon. J'ai envie d'avoir quelque chose de ce bavard, qui a eu part, dit-on, au testament prétendu du cardinal de Richelieu. Envoyezmoi, mon cher Thieriot, ce Silhon, avec le Langage des Bêtes y chez Moussinot. Je vous ai renvoyé par M. de Maupertuis des livres et mon portrait. Comment vous portez- vous? Je travaille toujours, mais je me meurs.

3SS LETfieS DtéplTES

«.-Ai. VàXBt

CmtiwÊmmil***

Cher ahbé, avez-vous eu la toute d'envoyer ceal livres el mille excuses au chevalier, et deux cents Uvies et deux mille excuses à Praultî

Votre frère voudrait-il m'envoyer le Mercure de février et les joarnaux? ^ .

Le livre sur le Zm^* des Bêles du père Bougeant?

Et celui de D.... sur le change?

Ayez la bonté d'envoyer chez M. l'abbé Nplet, pour le faire souvenir de moi.

Adiea, mon cher ami.

Où demeure M. d'Argenson? Voulez-vous envoyer chez lui aux nouvelles? — V.

Ce 3 avril 1739.

Mon cher abbé, j'ai d'abord à vous dire qu'au lieu de recevoir deux mille livres de M. Michel, je vous prie de rengager à prendre dix mille livres pour un an, lesquelles, avec les deux mille livres qu'il me doit, feront douze mille livres. Le reste sera pour notre voyage dans les Pays-Bas , et ces dites douze mille livres, entre les mains de M. Michel, serviront dans un an ou deux, si je suis en vie, à m'acbeter quelques meubles pour le palais Lambert.

M. votre frère fait des pas très-inutiles auprès de

t)E VOLÎAIftK (1139). 307

M. de Guebriant. Je vous ai déjà dit que ce n'est pas avec les pieds, mais avec la main, qu'on fait des affaires. On ne trouve jamais M. de Guebriant. Une lettre est rendue sûrement, et cent voyages sont inutiles; on perd quatre heures de temps et toute sa journée à courir; on ne perd qu'un quart d'heure à écrire. 11 peut donc écrire à M. de Guebriant, mais il ne doit ja- ' mais y aller.

Il faut en user ainsi avec M. Dauneuil , lui demander permission par lettre de s'adresser à ses locataires, afin de ne le pas importuner. Il faut de même un petit mot à M. de Lezeau, lui demander une délégation ou permission de s'adresser à ses fermiers, et agir en conséquence. Tout cela ne doit coûter qu'une demi-heure d'écriture.

Faites-moi l'amitié, mon cher abbé, d'envoyer encore trois louis au chevalier de Mouhi; mais c'est à condition que vous lui écrirez ces propres mots : M. de V...) mon ami , me presse toutes les semaines de vous envoyer de V argent. Mais je nen toucherai pour lui peut-être de six mois. Voici trois louis qui me restent, en attendant mieux.

Envoyez chercher le grand d'Arnaud, et dites-lui qu'il peut venir à Cirey quand il voudra avec M. Helvétius; que madame la marquise le trouve bon.

Voici une autre affaire : je voudrais au moins présenter requête au lieutenant criminel i pour être à deux de jeu avec Desfontaines. C'est, comme vous savez, en général contre la Voltairomanie qu'il la faut

1 M. Nègre,

3d8 LETTRES INÉDITES

présenter , avec demande de permission d'informer. Cela ne peut nuire, et peut servir. Je vous prie , mon cher ami, d'aller chez M. d'Argenson l'ambassadeur ', de lui dire que cette démarche ne s'oppose point à ses vues, que ce n'est qu'une précaution sage , et que je ne veui la faire que par ses ordres. Je vous prie d'en écrire autant à M. d'Argental et à M. du Châtelet, en les assurant que ce n'est qu'une précaution.

Je vous embrasse du meilleur de mon cœur. V.

Comptez que voilà la dernière corvée de cette indigne affaire.

L'abbé Desfontaines remit à M. Hérault, lieutenant de police, le désaveu suivant, qui termina cette affaire :

« Je déclare que je ne suis point l'auteur d'un « libelle imprimé, qui a pour titre la Voltairomanie, « et que je désavoue en son entier, regardant comme « calomnieux tous les faits qui sont imputés à M. de « Voltaire dans ce libelle, et que je me croirais désce honoré si j'avais eu la moindre part à cet écrit, « ayant pour lui tous les sentiments d'estime dus à « ses talents , et que le public lui accorde si juste- « ment.

« Fait à Paris, le 4 avril 1739.

ci Sigué Dksfontaines. »

1 En IVrtugal.

Page 1