‹ Voltaire à Ferney; sa correspondance avec la Duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et notes historiques entièrement inéditesChapitre 45 sur 95 · M. — A M. THIERIOT · texte numérisé non relu

M. — A M. THIERIOT

Voici la lettre en question '.

Je viens de lui en écrire une un peu pressante sur votre compte. Nous verrons s'il répondra à cet article, et si cette nouvelle semonce sera encore brûlée.

Je vous supplie de dire à Mécénas de Rothelin 2 que je travaille jour et nuit à mériter son suffrage.

A la Haye, ce 9 octobre 1740.

Voici de la graine des Périclès et des Lélius ; c'est un jeune républicain d'une famille distinguée dans sa patrie , et qui lui fera honneur par lui-même. Il désire de voir à Paris des hommes et des livres; vous pouvez lui procurer ce qu'il y a de mieux dans ces deux espèces.

Scribe tui gregis hune, et fortem crede bonumque 8.

Je vous embrasse. Voltaire.

1 Au prince royal de Prusse, en faveur de Thieriot. (Note de M. de Cayrol.)

* De l'Académie française. C'est lui qui accompagne Voltaire dans le Temple du Goût.

* Hor., 1. 1, ép. ix, v. 13.

3» lettwss inédites

m. — A M. Dfi CR0UZ4S. .

Far», 6 juin 1741.

Monsieur» prenez-vous-en i la bataille de Fontenoi, si je n'ai pas eu l'honneur de tous répondre plus tôt. L'occupation que m'a donnée la gloire du roi mon maître était la seule chose qui pouvait m'empécher de m'entretenir arec un vrai philosophe que je préfère à bien des rois. Puisque votre philosophie consistée aimer et àencourager tous les genres de littérature , j'ai l'honneur de joindre à un gros tome de physique la meilleure édition qu'on ait faite de mon Poème sur la bataille de Fonlenoi. Vous verrez, monsieur, dans ce poème, quelle justice je rends à vos compatriotes1.

Vous augmentez bien l'estime que j'ai toujours eue pour cette nation respectable. Puissiez-vous, monsieur, en être encore longtemps l'ornement et la gloire ! Vous avez fait de Lausanne le temple des Muses , et vous m'avez fait dire plus d'une fois que, si j'avais pu quitter la France , je me serais retiré à Lausanne. J'aurais cultivé auprès de vous mon goût pour la véritable sagesse , que le fracas des cours , les agréments de Paris, les charmes de la poésie n'ont que trop séduit. Il faut que je fasse des couronnes de fleurs dans les temps que je voudrais cueillir les fruits de la philosophie. Je me préparais à vous relire, monsieur; je vais travailler à des fêtes. Mais je tourne souvent mes yeux

1 Le* Suiéscg de la maison du roi.

vers Jérusalem, en chaînant sur les bords de l'Euphrate, dans la superbe Babylone. Votre nom m'est toujours présent; je regrette toujours de n'avoir pu, dans mes voyages, goûter le bonheur de vous entendre. C'est avec ces sentiments, monsieur, que je serai toute ma vie, bien sincèrement, votre, etc. Voltaire.

27 mars 1743.

Serais-je un impudent si je vous demandais la permission de venir dîner chez vous aujourd'hui? Je sais que vous avez un certain abbé de Valory à qui je voudrais que tout le clergé ressemblât, et un lieutenant de police à qui je veux plaire 2. Mais ne vous déplairai-je point? N'avez-vous point trop de maîtres des requêtes? Ne serais-je point terriblement intrus dans votre sanctuaire? Refusez-moi si je suis un profane, et conservez-moi des bontés qui me sont bien précieuses, et que je mérite par mon tendre respect pour vous et par l'extrême envie que j'ai de vous faire plus souvent ma cour. Voltaire.

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