‹ Voltaire à Ferney; sa correspondance avec la Duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et notes historiques entièrement inéditesChapitre 62 sur 95 · M. DE BRETEUIL, ministre plénipotentiaire en russie · texte numérisé non relu

M. DE BRETEUIL, ministre plénipotentiaire en russie

Paris, ce 1er août J7Ç3.

J'étais parti de Russie, monsieur, quand la lettre dont vous m'avez honoré y a été apportée par M. Féronce ; elle m'a été renvoyée ici depuis peu de jours. Je regrette très-sincèrement de ne m'être pas trouvé à Pétersbourg pour témoigner à M. Féronce tous les droits de votre recommandation auprès de moi.

Il n'est pas, malheureusement pour moi, en mon pouvoir de me rappeler l'époque de mon maillot, dont vous voulez bien dater votre connaissance ; mais je

i Helvétius.

1 Saurin.

8 La lettre de Voltaire, à laquelle M. deBreteuil répond en termes si aimables, n'a malheureusement pas été retrouvée, a. f. — V. p. 57.

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vous prie, monsieur, d'ètrp ii'ès-pprsuadé que jr» n'ai point oublié, ni n'oubliprai jamais q.np. j'ai pu souvent l'avantage île me trouver à portée, dans les premières années de ma raison, do vous voir et de vous entendre. Je voudrais bien en pouvoir dire autant aujourd'hui; j'en sentirais mieux et le prix et tous les charmes.

J'ai beaucoup vécu avec votre géant de Russie'. (Tait un homme fort estimable, et que j'aime de toul mon cœur. Souvent, monsieur, il me parlait de son attachement pour vous, et très-souvent je lui demandais de vos nouvelles; il ne me démentira pas. Mut pourquoi me vanter de cette attention ? Je la partage . avec l'Europe; d'ailleurs le devoir et l'A, B, C, d'un ambassadeur est de mettre sans cesse en avant ce qui honore le plus son pays.

J'ai l'honneur d'être, avec les sentiments les plus sincères, monsieur, voire très-humble et très-obéissant serviteur.

Le baron dk Rhetguil.

- A M. LE CONSEILLER TRONCH1N.

J'apprends, mon cher ami, que quelques malins débitent une rapsodio intitulée: Saill, tragédie tirée de l'Écriture sainte, par M, de Voltaire^ à Genève.

Il est clair pur l'intitulé que c'est un tourqu'on me

joue. On dil qu'il y eu a très-peu d'exemplaires, et qu'ils ont été très-sagement supprimés par messieurs les scholarques ; mais c'est assez que les ministres du saint Évangile en aient un exemplaire, pour qu'ils fatiguent la prudence du Conseil. 11 me semble que, dans cette occasion, ce serait à moi et non à eux à demander justice de l'abus qu'on a fait du nom de Genève et du mien. Je crois aussi que le parti le plus convenable est d'ensevelir dans son obscurité cette sottise, qui ne mérite pas qu'on lui donne de l'importance; mais s'il arrivait que les brouillons insistassent auprès du Conseil, il serait peut-être alors à propos que je détruisisse leur mauvaise volonté, en déférant moi-même ce libelle fait en effet contre moi, et visiblement imprimé pour me nuire. Ainsi donc je joins ici à tout événement une requête que je soumets à votre prudence et que je recommande à votre amitié. Vous ne la donnerez sans doute que quand il la faudra donner. Vous ne ferez que ce qu'il faudra faire. Je vous avoue qu'il serait fort triste pour moi que mon nom fût compromis à mon âge. Si tous et vos amis pouvez faire en sorte que cette sottise soit étouffée, je vous en aurai, aussi bien que maman ', une véritable obligation. Le Conseil sait combien je lui suis dévoué. En un mot, je compte sur vous et sur vos amis, et je vous embrasse bien tendrement; ainsi fait maman.

1 Madame Denis.

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