‹ Voltaire, créancier du WürtembergChapitre 14 sur 26 · SECONDE NOTE · texte numérisé non relu

SECONDE NOTE

Madame Denis avait à prétendre corne héritière de M. de Voltaire :

Pour cinq mois de sa Rente assignée sur la

Recette de Riquevier qui est de 28000 L. . 11666 1. 13 s. 4 d. Pour deux mois échu des 32125 L. assignés sur la

forge d'Audincourt 5354 I. 3 s. 4 d.

Sur quoi elle a reçu par les

mains du S' Rosé. . . 11666 1. 13 s. 4 d. Et par le S' Meiner. . . . 7018 1. 3 s. »

De manière qu'elle redoit au 1" Juillet 1778 . . 1663 1. 19 s. 8 d. Par contre il lui est du pour sept mois de sa rente

réduite à 25750 L par an échus le 1" Janvier

courant. 15020 1. 16 s. 8 d.

De manière qu'on lui redoit 13356 I. 17 s »

Si l'on veut lixer au même terme du 1" Janv' les Rentes de l'Abbé Miunot et de son neveu qui sont de deux milles livres à chacune

et les assigner sur la Recette de Riquevier, il faudra leur payer

pour le mois de juin échu 333 1. 6 s. 8 d>

El pour les six mois échus au I" janvier 1779. . 2000 1. » »

(Archivée Nationales).

De i'7'J à -I7SS. les rentes de Mnu' Denis -Duvivier lui furent payées par Colmar, et avec assez d'irrégularité, à en croire les innombrables réclamations qui remplissent, pour celte époque, les archives du dossier, à Paris et à Colmar. Duvivier ne savait évidemment pas séduire Rosé, comme le faisait Voltaire.

(Archives Colmar).

Le Conseil de Montbéliard à Mme Denis Duvivier. Ensuite d'une délibération du Conseil de régence, on lui envoie son compte :

(26 août 1788) Déclaration du Conseil de Montbéliard.

Le Conseil des finances établi à Montbéliard déclare à tous ceux qu'il appartiendra (pie S. A. S. Msgrd, le prince Frédéric Eugène, Duc de Virtemberg, Stathouder de la principauté de Montbéliard a lait paier par la Recette générale de ce pays.

lm" 20 m. Livres en tant moins d'une obligation restante valable pour 50 m livres laquelle originairement ctoit du capital de 80 m. livres au profit de feu M' de Voltaire, tant suivant titre passé au petit Sansonex en fohe Comté par devant Delorme, notaire à Genève, le 1. février 1773, ipie selon un autre titre reçu à Colmar par les notaires Meyer et Reuhell. le 23 Mars 1773, ainsi qu'il avait élé réservé par le premier, lequel dernier titre fait en Alsace et corrobora tif du précèdent a été approuvé par le Serenissime duc régnant le 3 avril dud. an. du paiement desquelles 20 m. livres avec 833 I. 6 s. 8 d. d'intérêts, quittance a été donnée a teneur d un acte de notaires à Paris, le 30 avril dernier, par Madame Duvivier. héritière de monsr de Voltaire et, 2*° 30 m. livres avec 250 livres d'intérêts faisant les restant du desd. 50 m. livres tant en principal qu'accessoires de quoi la quitance finale au bas du titre approuvé se trouve signée de lad. Ds Duvivier et de Mr. Duvivier son mari l'autorisant à cet effet le 2 juillet aussi dernier.

Déclarant au surplus led. Conseil que les frais faits pour le paiment desd. 20 m. livres se montent à la somme de 3i7 1. 17 s. 6 d. et que ceux de l'autre paiment de 30 m. livres vont à 378 1. 6 s. comme il en parait des aquits du Sr Mordrand Sahler, des 7 May et 11 Juillet de l'an courrant, lesquels aquits joints aux titres et quilances énoncés ci devant ont été laissées au Receveur général Berger pour servir de pièces justificatives dans la dépense de son compte de celle année.

En témoignage de quoi le présent certificat a ete donné au S. Prince Stadbouder le requérant pour servir et valoir ainsi qu'il appartiendra.

Fait au Conseil dans la Chambre des Finances.

Le 26 août 1788.

Signé de tous les membres de la Chambre à l'exception de Mr Goguel

l'alné qui est absent.

(A rchives Nationales).

11 n'apparaît pas que ce compte ait été soldé, d'après la lettre suivante du duc Frédéric-Eugène.

(19 Octobre 1790)

Frédéric-Eugène à M. DuTivier.

Hanau. 19 octobre 1790.

Il répond avec élégance que sa caisse est vide et qu'on ne voit pas trop quand elle se remplira pour le payer :

» M', le Bouleversement des affaires en France, le non-paiement ■< général de la part de ceux qui doivent à la recette générale de Colmar, « et l'impossibilité où on est actuellement d'user « arec succès » en » France, des roiesde contrainte, sont les seules causes du retard que vous « éprouvez. — En effet veuille: considérer Mons', qu'aussi longtemps

qu'il n'entre rien dans cette caisse, il est impossible d'y prendre de ' quoi faire des payements !

(Voilà des raisons ! ! ! ).

En Décembre 1790 ou Janvier 171)1 probablement M™ Denis Du vivier mourut. — Les titres de créance de sa succession furent retournés à Rosé, après qu'il eût paye tous les arrérages.

C'est alors que Duvivier, livré à lui seul, commence à entrer

en correspondance avec Frédéric-Eugène pour lui proposer de

recommencer toute l'histoire des prêts et des rentes viagères de

Archii es Xalionales .

(1" Février 1791) Du Vivier au Conseil de Eégence.

Paris. 1" février 1791.

Il offre à S. A. S. 'iO.OOO ou 50.000 L. en échange d'une renie viagère sons celle forme engageante, genre Voltaire : « J'ai 60 ans, et relie » renie viagère pourrai! n'être pas désavantageuse au prince. Cepenii dan f , Monseigneur, je ne vous pi omettrai pas de hâter le moment •■ de ma mort ; mais noire Révolution en est, en vérité, très capable ».

Cette offre fut reçue avec une certaine fraîcheur par Frédéric Eugène, qui sortait à peine de ses ennuis causés par la manie d'emprunts tic Charles Eugène 11 lui écrivit :

(Archives Nationales).

(8 février 1701)

Frédéric Eugène à Du Vivier.

Lettre où il refuse la proposition d'une rente viagère, mais consent

à envisager la possibilité d'un prêt avec intérêts fixes. Il demande le

taux cl les conditions générales.

{Archives Nationales).

(13 février 1791)

Du Vivier à 8. A. S.

Paris, 13 février 1791.

Il ne marche pas pour un prêt à intérêts, mais insiste à nouveau pour une rente viagère (chose maladroite, car Voltaire avait vécu plus longtemps que Charles Eugène ne le comptait). — Il propose une rente viagère à 10 %, au lieu de 11 % qu'on prend en moyenne à Paris pour son âge. Et : il ne demande qu'une hypothèque sur les biens que S. A. S. possède en France. — Quant au versement de la somme, il déclare de plus ne pouvoir le (aire qu'en assignats (!). « On peul « aisément les convertir en argent, niais je ne me chargerai ni de celte « opération, ni de les faire parvenir sans frais à Montbéliard. •>

(18 février 1791)

Frédéric-Kugène à DiiTivier,

De Stuttgart, lellre où il refuse puremenl et simplement ses offres.

(Archives Nationales).

(29 janvier 1792) Rosé au Conseil de Monlbéliard.

Coluiar. 29 janvier 1792.

Il écrit pour annoncer la mort de l'abbé Mignot. arrivée le lô septembre 1791. Sa rente viagère, de 2000 L. par an, se trouve donc éteinte. M. d Hornov. son héritier unique par testament, a fait toucher une partie de ce qui revenait encore de sa rente, impayée probablement).

{Archives Nationales).

(Le dernier neveu de Voltaire, M. d'Homoy, avait encore droit à une rente viagère de 2000 L. par an, payable en 4 quartiers. Après l'invasion de 1793, et la prise de possession de Monlbéliard par la France, les rentes qui lui étaient dues, lui furent payées, quelque temps par Rosé, puis par la trésorerie de Stuttgart. En 1 s I • » . un acte passé à Stuttgard lui confirma à nouveau le paiement de cette rente jusqu'à sa mort qui eut lieu en 1828. 11 était à la lin de l'Empire conseiller d'Etat. — (on voit par l'acte du 28 octobre 1764, qu'il était à cette époque conseiller au Parlement de Paris et Président en 1780.

Toutes le^ dettes contractées pour les prodigalités de Charles Eugène, et endossées par Voltaire, étaient donc éteintes. Il faut maintenant les résumer :

1" 27 sept. 17.'i2 40.000 « Risdalers »

31 janv. 1753 30.000 Risdalers.

Soit au lotal 7u. (Min Risdalers moyennant une première rente viagère de 'i200 -|- 3300 Risdalers.

(1) Le rescrit n° 86 fixe toute la situation jusqu'en 1769.

Soit 7S00 Risd. pour Voltaire, et de 2000 -f 000 = 2(300 Risd. pour Madame Denis après la mort de Voltaire.

-" l'es actes furent suivis par un autre du 10 octobre 1764, stipulant, en livres tournois, 200.000 L. t. avec rentes viagères 12 % pour Voltaire, puis 8 % pour Mad. Denis après la mort de Voltaire. (24.000 + Kl. 00(1 L.)

.'!" 28 octobre i764, nouveau prêt dr SO.000 lAvres, portant Kl. 000 L. en rente viagère à Voltaire 1 12 %>) et 6000 L. après sa mort, en 3 rentes de 2000 L. à ses trois neveux et nièces (l'abbé Mignot, Mme de Florian et M. de Fontaine d'Hornoy).

V ■ En 176S, quatrième prêt de 96.000 Livres, constitué par deux billets de 3;i.<)00 Livres, (Jaquelot) endossés par Voltaire en renouvellements, et 26.000 Livres prêtées directement par Voltaire. Les deux billets de Jaquelot étaient à rembourser, l'un à un an, l'autre à deux ans.

Ce sont cette avance, et la suivante, qui lui donnèrent le plus de souci ; la situation de Charles-Eugène devenant de plus en plus embarrassée.

5° En 1773, emprunt de 80.000 Livres, à 5 %>, remboursable en deux années. Cet emprunt fut conclu par Jeanmaire, qui fit exprès le voyage de Ferney. en janvier 1773 (pièce n° 36\

C'est pour ces deux derniers emprunts que Voltaire, désirant se faire rembourser au plus vite, n'avait pas demandé de les convertir en rentes viagères. De là ses demandes de délégations sur les seigneuries, ses menaces de saisies - arrêts , jusqu'au moment où. ne sachant plus comment faire, sans recourir effectivement à la justice, il eut l'idée d'écrire à son ancien ami Frédéric II, la lettre suivante :

Voltaire à Frédéric II.

A Ferney, 8" nov. 1776. Je n'ose lever les yeux vers vous du sein de ma décrépitude et du fond de ma misère. — Je ne sais plus où j'irai mourir. M' le Due de Virtemberg , oncle de la princesse que vous venez de marier si bien ('), me doit quelque ar-

|1| Il s'agit de la princesse Dorothée, fille de Frédéric-Eugène, qui épousa le 7 oclobre 1770, le Grand Duc Paul (le Comte du Nord).

gent qui aurait servi à me procurer une sépulture honnête; il ne me paiera point , ce qui m'embarrassera beaucoup quand je serai mort. Si j'osais, je vous demanderais votre protection auprès de lui; mais je n'ose pas, j'aimerais mieux avoir Votre Majesté pour caution. Sérieusement parlant, je ne sais pas où j'irai mourir. Je suis un petit Job ratatiné sur mon fumier de Suisse; et la différence de Job à moi, c'est que Job guérit, et finit par être heureux.

Correspondance générale .

^25 novembre 1776)

Frédéric II, lui. était absolument fixé sur les capacités financières de Charles-Eugène, et il prévint charitablement Voltaire qu'il n'y avait rien à faire par son intermédiaire.

Frédéric II était, aussi, peu disposé à intervenir, car Charles Eugène avait épousé (17i8) sa Dièce Elisabeth Frédérique Sophie, (tille du Margrave de Bayreuth, et de la princesse Wilhelmine, sœur de Frédéric II).

Frédéric II à Voltaire

25 novembre 1776.

J'ai écrit dans le Wurtemberg pour vous donner assistance pour votre dette, qui m'est connue. Je dois cependant vous devoir avertir que je ne suis pas trop bien en cour chez S. A. S. et plus encore, que li dite Altesse a une torte fluxion sur les oreilles, chaque fois que ses créanciers le haranguent (!) On fera néanmoins ce (pion pourra.

{Archives Stuttgart .

Frédéric II écrivit en effet à Charles Eugène, qui servit à Voltaire, le 17 novembre 177(i. la nouvelle invention d'une commission, chargée d'étudier toute la situation financière de ses Etats.

Naturellement, les travaux de la Commission aboutirent à cette conclusion : impossibilité de payer sans un nouvel emprunt. On le lit à s "■'„. chez les de Turkheim à Strasbourg, et c'est ainsi qu'on remboursa, du moins en partie, le capital

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que Voltaire avait prêté au""! — Pour achever le remboursement, Charles-Eugène et Frédéric-Eugène son frère, employèrent un moyen assez simple et qui leur réussit parfaitement : ils mirent en vente, sans presque aucune exception* toutes les charges publiques, administratives ou autres.

Il est probable que la plus grande partie des sommes empruntées par Charles-Eugène fut dépensée à Stuttgart, à Louisbourg, et consacrée à la construction des pavillons que ce prince éleva aux environs de Stuttgart, et qu'on visite encore aujourd'hui La Solitude et MoDrepos près de I ouisbourg).

Peut-être une partie de ces fonds revint-elle à Montbéliard, pour aider à édifier, par les ordres de Frédéric-Eugène, le Château d'Etupes en 1770. et l'hôtel de ville en 177ti. — Ce qu'il y a de sûr, c'est que Frédéric Eugène lit tous ses efïorts pour rembourser rapidement et complètement les sommes dues aux héritiers de Voltaire. Il y réussit bien, puisque d'après les lettres adressées à Du Vivier, second mari de Madame Denis, (après la mort de celle-ci vers 1791), il refusait de renouveler un emprunt, que lui proposait Du Vivier, désirant utiliser ainsi les sommes qui venaient de lui rentrer.

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