‹ Voltaire, créancier du WürtembergChapitre 4 sur 26 · livres · texte numérisé non relu

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Soil au total . . .

Sur ces -i\ emprunts, les quatre premiers donnèrent lieu aux renies \ iagères vues plus baut. Ceux de l"(is el I77:s furent con tractés a '■'< ° ,. pour le second el 'i ' j pour le premier, suit une moyenne de \ 3 i environ. Le revenu moyen des renies viagères était de 11 3/* .

L'ensemble donnait donc :

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Suit au lolal 67,150 livres 106,000 " ii î :i i >

avec un revenu moyen de 9.3 ° o.

Il fut de plus remboursé , à partir de I7(i7. de la somme de

~t'-\.ïll livres pour « arrérages el frais de justice el divers ».

La Fortune de Voltaire et l'emploi qu'il en fit.

On verra à quels expédients eul recours Charles Eugène, pour différer pendanl un quarl de siècle les paiements qu'il devait. Nous allons maintenant, d'après les documents retrouvés aux Archives de Paris, à Colinar, d'après les lettres inédiles publiées plus loin, el d'après les biographes de Voltaire, exposer quel emploi celui ci lit de ses nulles \ iagères. Sun activité inlassable semblait augmenter à mesure qu'il avançait en âge : la stupé-

Faction exprimée par liost'\ lorsqu'il raconte au Conseil son voyage à Ferney, (X. lettre du 23 juin 1776 étail absolument motivée, comme on va le voir loul à l'heure ; el il est vraiment prodigieux d'assister à la création, de huile- pièces, de ce do maiiie ilf Ferney el de Versoix avec ses deux manufactures, ses 110 à ll.'i maisons nouvelles, son église, ses magasins, loul cela surgit en moins de cinq année- parla seule volonté d'un vieil lard plus que septuagénaire. Il esl lié- probable que si Voltaire s'était lixé à Montbéliard, comme il en eut l'intention en 17(54, la colonie fondée à Ferney l'eût été aux environs du château qu'il devail acheter à Charles Eugène ; el le développement industriel, pourtant déjà si important, de la région de Montbé liard, eut été probablement encore plus grand el plus hâtif-: nous rappellerons, en eilet, que la fabrique d'horlogerie de Ferney, qui lui une des plus importantes de son temps, aurait ainsi été la première, en date et en importance, de toutes celles qui, à partir de la fin du XVI II" siècle, firent la prospérité de la région el de la ville de Montbéliard.

Pourquoi et comment Voltaire créa Ferney.

Il esl intéressant, pour comprendre l'insistance que mettait Voltaire à réclamer ses arriérés d'intérêts et ses renies, de connaître l'emploi qu'il fit de sa fortune. On sait qu'il vécut à la cour de Prusse de 1750 à 1733. A cette date, les rapports plutôt tendus qui existaient entre lui et Frédéric 11. faisaient déjà présager la rupture, le départ prochain. Il chercha longtemps où se fixer : on suit dans sa correspondance toutes ses hésitations.

Tour à tour on le voit à Strasbourg août IT.'i.'ii. à Colmar, à l'abbaye de Senones, à Plombières: de nouveau à Colmar; rien ne le satisfait. C'esl de cette époque que datent ses premiers prêts à Charles Eugène: il voulait mettre en sûreté sa fortune, avant de quitter Berlin. Faul il eu croire le passage ci-dessous, plutôt malveillant, i\o mémoiresde d'Argenson : « Le Roi a dit à » sou lever que Voltaire était chassé de Prusse, pour avoir (i agioté sur des billets que Sa Majesté Prussienne faisait païer

Kl —

« ii de pauvres officiers. Voltaire en avail acheté pour des « sommes considérables, el s'en étail fail payer. Ce grand poëte (i est toujours à cheval sur le Parnasse et sur la rue Quincam- (i poix i 1754) ». — '.' — Nous ne le savons pas.

Quoiqu'il en soit, Voltaire avail été justement inquiété, ayant appris le mol de son hôte royal, qui l'avait comparé à o une « orange qu'on presse, el donl mi jette les pelures, quand il n'y c a plus lien à en tirer ». <»n trouve dans ses mémoires :

m .le résolus dès lors de mettre en sûreté les pelures de l'o- « range. J'avais environ 300,000 L. à placer. Je me gardai bien k de mettre ce fonds dans les Etats de mon Alcine ; je le plaçai » avantageusement sur les terres que le due de Virtemberg K possède en France. Le Roi, qui ouvrait toutes nies lettres, se h douta bien que je ne prétendais pas rester auprès de lui. »

Voltaire, en effet, ne cherchail qu'une occasion pour s'enfuir, le unit D'est pas trop fort. On sait comment il fut, à Francfort,

arrêté pendanl lout le mois île juin, avec sa nièce M Denis.

tandis que tous ses bagages lurent fouillés, sans qu'aucune ré

cl ation de sa part fût seulemenl écoutée ; c'est alors qu'il dul

se féliciter d'avoir mis en sûreté, à l'avance, toute sa fortune. Une fois échappe, a grand peine, a la tyrannie et à l'arbitraire du S1 Freytag, il chercha, comme nous l'avons dit plus haut, une résidence tranquille; il ne trouva rien à sa guise en Alsace. La France ne lui paraissait pas hospitalière; il chercha à s'établir en Suisse, ou du moins sur la frontière.

Il ne se décida pas du premier coup pour Kerney. Nous pouvons, de la lecture de sa correspondance, tirer la conclusion. qu'il cul d'abord l'idée de se lixer a Berne. Il entra en relations avec le Conseil Bernois; peut cire eut il. là. connaissance des emprunts que CharleSrEugène avail faits a ce canton, et donl uous retrouvons mention dans le dossier des Archives Natio nales de Paris i Mont helia i d K . jiiinT. 27 sept. I7.">."> . Ne sérail il pas possible qu'il eût remporté, île son exploration à Berne, le projet, réalisé plus lard, de prêter, lui aussi, sa fortune à Charles Eugène de Wurtemberg? En toul cas. Berne ne lui plut pas- II partit pour Genève, el s'arrêta en roule.

A la lin de IT.'i'i. il loua à Lausanne la propriété de Mourion. qui appartenait au banquier Panchot, (et fut achetée, sitôt Uni

le bail de Voltaire , par le I)r Tissol). El nu- temps IT.'i.'i . il

achetait pies de Genève, à Saint -Jean, sa propriété des Délices.

pour le prix de 87.000 livres. En même temps, encore, ayant éprouvé, par sa première année de kiil . que Monrion ne se chauffait pas bien en hiver, il loua, à Lausanne aussi, rue du Grand Chêne, puni' '.i ans, une grande et agréable maison, [la maison ChandieuJ dont la Eaçade sud avait la vue du lac et des Alpes de Savoie. (Celle maison existe-encore, c'est elle qui cons titue actuellement une des dépendances île l'hôtel Beau Site).

Il était ainsi domicilié en Suisse : il acheta dans le pays de Gex . ii proximité «le Genève, la terre de Fernex i dont le nom sera désormais, grâce à lui, Ferney comme on prononçait . En même temps il louait à vie au président de Brosses qui devint ensuite un de ses ennemis), le comté de Tourney, non loin de la frontière, du côté de l'Ain. Il était dès lors installé, les pieds de devant, comme il disait, à Lausanne et à Genève ; ceux de derrière à Ferney et à Tourney.

Depuis 1863, il commença à aménager son domaine de Ferney, et à partir de 1764, il y résida la plupart du temps, Sun installation y devint rapidement considérable. Il est probable qu'à partir de relie date, il ne fil plus guère augmenter ses capitaux, qui étaient, pour la plus grande partie, déposés à Ca dix. à Leipsig, à Amsterdam, chez des commerçants et des banquiers. Tout ce qui lui rentrait fut dès lors placé en renies viagères à fonds perdus : il trouvait là une utilisation certaine de son air souffreteux, de « son visage blême » suivant son se cond secrétaire Collini), à cause des taux élevés qu'on lui accordait, en escomptant à bref délai , une lin qui n'arriva que près de vingt ans plus tard.

Il ne prêtait du reste qu'à des seigneurs de France ou à des princes allemands, pour avoir leur appui a l'occasion: le maréchal île Richelieu, le duc Charles-Eugène de Wurtemberg, l'électeur Palatin. C'étaient des débiteurs négligents, mais qui Unissaient toujours par payer: avec eu\. pensait il. on ne penl pas plus qu'avec les juifs ou les banquiers : et ils acquittent lin térêt de leurs retards en réclame et en protections. (Lanson).

Il alla jusqu'à engager de l'argent dans une compagnie formée pour la traite des nègres ; et disait, pour s'excuser, que « ces pauvres diables seraient plus malheureux s'ils étaient h esclave- dans leur pays, que -il- l'étaient en Amérique Ceci est à comparer avec l'humanité de M. Vranderdentur, dans Candide Tome Mil. p. 188, édition de lie larchais).

En 1768, le notaire de Voltaire dil à Collé que son clienl pos sède i0,000 livres de bien fonds, 60,000 livres de valeurs en portefeuille, el 80,000 livres de rentes viagères, sur lesquelles plus de 62,000 livres étaient payées par le duc Charles Eugène. On voil donc pourquoi Voltaire réclamait avec angoisse ses ren liées, assuranl que le Conseil de Montbéliavd le mettait sur la paille, "en ne le payanl pas. C'est qu'il avait, à celte époque, « besoin de toutes ses disponibilités, pour apaiser la meute de i' créanciers : architectes, maçons, boulangers, bouchers, lail » leurs, qui aboyaient autour de lui. <• suivanl son expression : Ferney se développait, el Voltaire dépensait prodigieusement.

En I77.'i. scpi ans après, il eut, en capital el en arriérés ren Irants, 23ii,00(J livres nouvelles; ses rentes viagères se montaient alors a 177.1111(1 livres. On verra, par la correspondance ci jointe, qu'il aurait fallu ajouter, an total île se- capitaux, la rentrée d'un emprunt de 80,000 livres (20 a\ ril I77.'ii qui ne lui lui pa\ é que longtemps après.

Outre ses installations de Ferney . des Délices . et son o campement m de Tonrnev. Voltaire employa les dix dernières an nées de sa vie à créer la o colonie de Fèrney o comme il l'appelait. I! j liàlii très rapidement : outre nue église pour ses paysans et la maison commune : nous verrons plus loin, par une lettre du receveur Rosé au Conseil [23 juin 1770 qu'il avail déjà, à ce moment, élevé 83 maisons dans le village, el qu'on était a en bâtir encore 18 autres; il payail la construction et se faisait ser\ ir, par les occupants, des rentes viagères à 7 " 0 pour lui el pour sa nièce, M Denis, après son décès.

Vers I77(i. c'esl à dire à l'âge de 76 ans, il organisa nue manufacture d'horlogerie dont le commerce s'éleva bientôt à plus de 100,000 livres (A. Houssaye, p. 214). Cette manufacture ne survécut guère, du reste, à son fondateur. <>n connaît aus-i ses essais de colonisation à Versoix, sur le lac, de l'autre côté de la frontière^

Pour se rendre un compte exact de l'énergie que représente la création de Ferney, il faut avoir, à loisir, passé une soirée dan- ce village, mort actuellement, traversé de temps en temps parle- tramways qui relieul Genève à Gex. En examinant les maisons de la seule rue. les places adjacentes, les intérieurs des hôtels, les cheminées des chambres, on se rend compte que tout, absolument tout, a été créé, d'une venue, sur un seul

plan, par uiieseuleintelligence, par une volonté despotique. Les hôtels où on peul demeurer, onl été bâtis sur les plans approuvés par Voltaire; les façades, toutes du même modèle, indi 1 1 1 1 c 1 1 1 ii h ensemble de construction d'un seul jel : le village toul entier, bâti confortablement, sans luxe inutile, esl peul être, chose inattendue, la première « cité ouvrière h qui ;iii été conçue en Europe !

Le budget du château de Ferney, en I7iw. après une réforme énergique du train de maison lui établi par Voltaire à 10,000 livres par an, pour l'entretien du château, de douze chevaux, et de « soixante personnes» par jour en moyenne! A certaines époques de l'année, en été par exemple le train étail considérable: outre le peiaonnel ordinaire, il comprenail parfois quatre vingts invités, el davantage les jours de représentation. Il suffil du reste de se rappeler qu'en 1764, lorsque Voltaire lui en pourparlers avec Charles Eugène pour l'achal du château de

Montbéliard voir pièces 'M el 39 . il s'agissail ] r lui d'y trou

ver le logement pour une vingtaine de domestiques, ce qui, avec les familiers, [aisail bien trente à trente cinq personnes. Il disail du reste à son avocal Dupont, de Colmar dans une lettre du 13 nov. ITii'i : o II me la n l bien peu de chose pour moi, mais ' il en faut beaucoup pour toul ce qui m'entoure : je suis hon (i ieu\ de ne pouvoir marcher qu'avec vingt cinq ou trente n personnes ».

Ce chiffre devail doue être doublé après l'installation et le dévelôppemenl de Ferney : el jusqu'à son déparl suprême pour Paris, en février 177* (il y arriva vivant, grâce à un poêle à buis. installé dans son carrosse '■ la prospérité de sa colonie ne cessa de croître. Ses manufactures d'horlogerie ne suflisanl plus à son activité, il créa à s* ans. une fabrique de bas de suie. Afin de développer l'immigration dans ses terres, il obtinl de son ami. le duc de Choiseul, des exemptions de toutes sorles pour

SCS Cllllllls.

Sa bonté pour ses < vassaux n étail inépuisable. Son hospitalité, dit M"1" Sua-rd, o étail celle d'un roi. Tous les visiteurs n trouvaient, quelle que fui l'heure une bonne volaille arrosée « de vin du .Moulin à Vent. Ton- les paysans qui passaient par » Ferney y trouvaient un dîner prêt, el une pièce de vingt n quatre sous pour continuer leur roule ».

Il fut réellement, au point de vue social, un manieur d'argent

(le l'espèce la plus utile entre toutes : le gagnanl largement, le dépensanl abonda m menl toul autour dé lui, el l'ai sant ainsi, en même temps que la fortune des siens, celle de toul le groupement qu'il avait constitué « sur ses terres », comme il disait, el dont il fui vraiment le père nourricier.

Un buste peu connu de Voltaire.

A la h Résidence » de Stuttgart «■ trouve actuellement un superbe buste de Voltaire parLejeune Ce marbre était au palais de Ludwigsburg [Louisbourg dans le salon de repus de Frédéric le premier mi de Wurtemberg. Le buste fut, parait il. donne par Voltaire à Charles Eugène, qui le lil faire loi'- d'un séjour île son créancier à Louisbourg.

Lejeune, bon sculpteur du XVIII' >iècle. resta plusieurs années attaché à la cour de Wurtemberg el spécialemenl an service de Charles Eugène. C'esl lui qui lil les trophées de la place de Louisbourg, notamment, ainsi que plusieurs des statues du château principal, et des groupes muraux de «Monrepos» et de la » Solitude ». admirables pavillons situés dans les forêts, aux environs de Stuttgard et de Louisbourg.

(D'après .)/. ./. Aigner, de Ludwigsburg).

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