‹ VoltaireChapitre 21 sur 113 · LIAISON AVEC LORD BROLINGBROKE · texte numérisé non relu

LIAISON AVEC LORD BROLINGBROKE

souscription, et dédier au jeune roi Louis XV, le descendant du héros qu'il célébrait.

A l'automne, Voltaire revint à Paris et recommença à partager sa vie entre cette capitale et les châteaux ou maisons de campagne de ses amis du grand monde, auxquels s'était joint dans les derniers temps un Anglais fort distingué, lord Brolingbroke , forcé de quitter l'Angleterre à cause d'intrigues jacobites, après l'avènement de Georges I«'" au trône; il s'était alors bâti une jolie campagne dans une ravissante contrée de la Touraine, où il menait , avec une Française qu'il avait épousée, madame de Villette, une vie calme d'oisiveté occupée. La connaissance d'un homme qui, selon l'expression de Voltaire, unissait au savoir des Anglais toute la finesse des Français, d'un homme d'Etat et d'un homme en même temps philosophe et représentant du déisme et du sensualisme anglais, la connaissance d'un tel homme devait être pour Voltaire, au point de son développement où il se trouvait, de la plus haute importance. Grâce à l'intérêt du lord pour la littérature française, elle fut facile, et l'accueil fait à l'épopée non encore imprimée par ce couple si cultivé, fut d'un grand encouragement pour le poëte.

Entre autres relations, celles que Voltaire entretenait pendant ces années avec des femmes spirituelles et aimables tiennent une place prépondérante. Comme il lui manquait un intérieur à lui et qu'il avait peu de goût pour le mariage, il éprouvait le besoin de se sentir chez lui dans une maison amie, près d'une femme qui sût l'apprécier et l'inspirer. Parfois l'amour était de la partie, d'autres fois non. La dame pouvait être ou n'être pas veuve; car, même

quand il y avait amour, les maris de ce temps-là ne faisaient pas obstacle. Voltaire trouva ainsi, durant ces années, un intérieur agréable, d'abord près de la marquise de Mineure, une veuve, puis de la présidente de Dernières, qui avait encore un époux, et qui le prit même comme locataire dans sa maison. Il fut plus longtemps passionnément épris de la maréchale de Villars, qui, avec une froide coquetterie, savait le tenir à distance sans le désespérer. D'autre sorte étaient les rapports que le commerce avec le monde de la scène faisait naitre entre le poëte dramatique et les jeunes actrices. A l'époque où son Œdipe était à l'étude, il fit la cour à la Duclos; plus tard Adrienne Lecouvreur fut un instant son amante et resta son amie jusqu'à sa mort si prématurée; mais un attachement tout particulièrement gracieux naquit de son exil à Sully, où il apprit à connaître une jeune dilettante. Suzanne Livry était la fille d'un employé aux finances de Paris, mais avait un oncle à Sully, où elle était attirée pour les représentations dramatiques, une des meilleures distractions du duc et de son brillant entourage. Suzanne accepta comme garantie d'un talent dramatique les applaudissements qu'en ces occasions on- ne refuse jamais à une jolie fille de manières agréables, et le jeune poëte dramatique dut l'aider dans son éducation. Elle s'instruisit près de lui dans la déclamation, et, au bout de peu de temps, elle put paraître sur le Théâtre-Français, entre autres avec le rôle de Jocaste, dans V Œdipe. Elle eut peu de succès, le désir était visiblement plus grand que la puissance. Elle en eut d'autant plus près de son professeur, et l'élève ne fut pas ingrate . On s'aima cordialement et on se jura fidélité éternelle;

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