‹ VoltaireChapitre 30 sur 113 · THIERIOT CAISSIER · texte numérisé non relu

THIERIOT CAISSIER

sèment qui l'eût obligé à une activité qu'il ne pouvait souffrir. Son élément était l'existence du parasite littéraire, alors de mode à Paris , ainsi que Diderot nous l'a décrite d'une manière si incomparable dans son Neveu de Rameau. Thieriot était un neveu de Rameau plus élevé, un peu plus convenable, mais de beaucoup moins ingénieux. En tout cas, il était utile à Voltaire à plus d'un égard. Il était son commissionnaire, son preneur, son porte- voix, bref, ce qu'on voulait. S'agissait-il de porter dans le monde un trait d'esprit, un nouveau poënie de Voltaire : Thieriot, avec une mémoire prodigieuse, le débitait dans toutes les sociétés. Aussi la bourse de son ami lui était-elle ouverte en tout temps. Seulement celui-ci n'aurait pas dû le faire son caissier. Car Thieriot allait à la messe, au moins à la Pentecôte, et c'est en vérité pendant la messe de la Pentecôte que les 80 ou 100 louis d'or des souscriptions de la Henriade lui furent dérobés dans son armoire. Voltaire sut très-bien ce qu'il en était; mais il se contenta de répondre au coupable : « Cette aventure, mon ami, peut vous dégoûter d'aller à la messe, mais elle ne doit pas m'empêcher de vous aimer toujours et de vous remercier de vos soins. »

Outre l'achèvement de son poëme épique et des remarques sur l'Angleterre elle-même, son exil est encore marqué par le commencement d'une œuvre historique et d'une tragédie. Celle-ci, Brutus, le premier du nom, lui fut inspirée par l'impression que firent sur lui la vue d'un Etat libre, le Jules César de Shakespeare et le Caton d'Addison. L'œuvre historique est VHistoire de Charles XII , de Suède. 11 est à remarquer dans le génie de Voltaire que

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