‹ VoltaireChapitre 52 sur 113 · SORT DU POEME · texte numérisé non relu

SORT DU POEME

autant d amour qno tout autro ouvrage. Chaque époque se réjouit de toute sagesse nouvellement conquise, vraie ou fausse, surtout quand c'est une gaie sagesse. Dans la Pucelle de Voltaire, pourrions -nous dire, le dix-huitième jouit de sa propre frivolité, haïssable en olio-mème, mais que nous ne pouvons malheureusement pas séparer de ses autres qualités.

Enfin, ce poëme, comme un enfant à son père, a valu à son auteur autant de soucis et de chagrins que pas une autre de ses œuvres. D'un côté les ordures qu'il y avait semées par places, d'un autre, les allusions hardies qu'il s'était permises à l'égard de hauts personnages, pouvaient amener pour lui des suites très-désagréables. Il se garda bien de faire imprimer l'ouvrage; mais il eu donna des copies qui circulèrent de plus en plus, malgré la discrétion recommandée et promise. La marquise eut raison quand elle mit sous clef le manuscrit, et lui-même également, quand il s'opposa à son idée d'en faire au château un tirage pour les amis. Enfin, bien que seulement après la mort de celle-ci, il arriva ce qu'on avait voulu empêcher. Des éditions furtives parurent, qui placèrent Voltaire dans une situation fâcheuse. Il se servit de l'expédient qu'il employait de plus en plus : tout ce qu'il ne pouvait avouer dans le poëme il le déclara l'œuvre maligne de mains étrangères, et publia enfin une édition qu'il voulait faire regarder comme la seule exacte, tandis qu'elle était seulement expurgée par lui, mais en tout cas diminuée. Sans doute maintes choses furent intercalées, trop grossières et trop dépourvues de goût pour être de lui ; cependant il suffit de lire dans les plus récentes éditions de la Pucelle, qui les ont publiés comme

variantes, los passages et les chapitres supprimés par Voltaire, et de les comparer avec le reste, pour se persuader que les plus mauvais sont précisément de lui.

Pendant que le calme de Cirey mûrissait ces fruits de valeur très-différente. Voltaire d'ailleurs, pas plus que son amie, ne perdait la cour de vue. De même qu'elle s'assejait de temps en temps à Versailles ou à Fontainel)leau au jeu de la reine, de même il ne perdait aucune occasion de se rendre favorable les différentes dames qui se succédèrent durant ces années dans les bonnes grâces du roi. Il adressa ses hommages, l'une après l'autre, à la marquise de Mailly, puis à sa sœur, la duchesse de Chàteauroux ; près de la marquise de Pompadour, dont le pouvoir fut de plus longue durée, il eut même cet avantage, d'appartenir à ses anciennes connaissances, du temps où elle était simplement madame d'Etiolés. Par ces relations, auxquelles il faut ajouter le duc de Richelieu, le digne compagnon de ces dames. Voltaire obtint enfin ce résultat, qu'aux fiançailles du dauphin avec une princesse d'Espagne, en 1745, il fut chargé du divertissement. La pièce, la Princesse de Navarre, mise en musique par le fameux Rameau, fut représentée à Versailles en février de cette année, avec toute la pompe d'une fête de la cour à cette époque, et valut à son auteur, dans une rapide succession, une série de faveurs royales : la nomination au poste d'historiographe de France, un fauteuil longtemps désiré à l'Académie française, et, au grand chagrin de maint seigneur de l'ancienne noblesse la charge de gentilhomme ordinaire du roi, qu'il put vendre plus tard en conservant le titre et le rang. Si heureux qu'il fût d'avoir atteint le but si longtemps

poursuivi, il ne pouvait s'empêcher de raillor daii'; l'épigramme suivante aussi l)ieii le moyen emplové que les hommes près de qui ce moyen avait réussi :

Mon Henri quatre et ma Zaïre,

Et mon américaine Alzire, Ne m'ont jamais valu un seul regard du roi ; J'eus beaucoup d'ennemis avec très-peu de gloire : Les honneurs et les biens pleuvent enfin sur moi,

Pour une farce de la foire.

]\Ialgré cela, Voltaire se jeta plein d'ardeur dans le rôle de poëte delà cour. Auparavant, il avait déjà célébré dans un poëme sur les événements de 1744, les soi-disant faits d'armes de Louis X^' et la guérison qui lui avait valu le surnom de hien-aimè\ à propos de la bataille de Fontenoy, gagnée par le maréchal Maurice de Saxe contre le duc de Cumberland, il s'efforça de faire ressortir la part du roi et de son duc de Richelieu dans la victoire. Et lorsque l'hiver il s'agit de célèbre; le retour du roi victorieux par une fête, ce fut encore Voltaire qui composa le divertissement, le Temple de la Gloire, où Louis XV était représenté rien moins que sous le personnage de Trajan, comme le véritable vainqueur et conquérant, c'est-à-dire ami des hommes et bienfaisant. On raconte qu'à l'issue de la représentation, le poëte enivré de son succès, rencontrant le roi, accompagné du duc de Richelieu, lui fit à l'oreille cette question : Trajan est-il content? Sur quoi le roi passa outre sans l'honorer d'un mot.

Obtenir une place à l'Académie française fut de tout temps et est encore aujourd'hui l'aspiration tellement vive de tout écrivain français, qu'une seule chose peut nous

déplaire en Voltaire à cette occasion : c'est qu'il ait voulu nous faire croire à sa complète indifférence. Cela est aussi faux que sa prétention d'avoir regardé les marques précédemment mentionnées de la faveur de la cour comme de brillantes bagatelles. Oh non! Voltaire était loin de s'élever à ces hauteurs, d'où ces honneurs extérieurs apparaissent comme indifférents ; ce n'était pas un homme à se contenter de la conscience de sa valeur, du sentiment de son action puissante; il avait soif des plus futiles distinctions et était vivement contrarié lorsqu'elles lui étaient refusées. L'on passe beaucoup aux poètes et l'on est assez porté à les considérer jusqu'à un certain point comme des enfants amoureux du clinquant, bien que l'on estime doublement le petit nombre de poètes qui sur ce point sont des hommes. Mais cette indulgence a une limite, et pour nul plus que pour Voltaire on ne voit d'une fciçon plus criante combien la vanité peut faire tort au caractère. Ce fauteuil cependant fut pour lui la source d'assez d'amertumes. Lorsqu'il subit son premier échec, il avait, il est vrai, écrit Brutits et Zaïre ; mais maintes choses aussi qui fournirent à l'académicien de Boze l'occasion de dire que Voltaire ne serait jamais un sujet académique. Lorsque plus tard, en 1743, le cardinal Fleur}' mourut, Voltaire espéra obtenir sa place parmi les quarante, s'imaginant déjà avoir pour lui le roi et sa maîtresse; mais le précepteur du dauphin, ancien théatin et auparavant évéque de Mirepoix , Boj^er, alors ministre, sut l'en empêcher, malgré toutes les assurances que Voltaire lui donna d'être un bon citoyen et un catholique sincère. Un jour celui-là signant : l'ancien évéque de Mirepoix, avait abrégé ancien et écrit : anc, ce qui fit

V(JLTAIKE KT J.ES JK.SLITES. 93

que Voltaire l'appela dans la suite : l'âne évèque de M. Je rapporte ce fait comme exemple d'un genre d'esprit qui ne déplaisait pas à notre poëte. Pendant la faveur toute récente de l'année 1745-46, il crut le moment venu de faire une nouvelle tentative, et si le succès lui avait été aussi indifférent qu'il le prétend, il aurait difficilement employé un moj'en dont, à la vérité, il usait dans la pratique avec plus de légèreté que nous n'en pouvons admettre dans notre jugement. En considération de l'influence considérable que les jésuites possédaient encore à la cour, et pour ne pas se voir encore une fois fermer la porte par la puissance spirituelle, il chercha à mettre les jésuites de son côté. Dans la Gazette ecclésiastique , on avait reproché au pape Benoit XIV sa lettre amicale à Voltaire, et dans un écrit paru en Hollande, on avait reproché à celui-ci son attachement pour les jésuites. Cela lui servit de prétexte pour une lettre au P. de la Tour, alors principal du collège où il avait été élevé. Il y protestait de son dévouement pour le pape, de sa reconnaissance et de son attachement à l'ordre, avec une insistance, une exagération dont on ne peut méconnaître l'intention. Qu'a-t-il vu pendant les sept années de son séjour au collège, sinon le beau, le bon , l'application , la modération , l'ordre ? Il est étonné qu'on puisse accuser les pères de la compagnie de Jésus d'une morale corruptrice. Ils ont eu, comme tous les autres religieux, dans des temps de ténèbres, descasuistes qui ont traité le pour et le contre des questions aujourd'hui éclaircies ou mises en oubli; mais c'est une honte pour l'humanité que d'accuser d'une morale relâchée des hommes qui mènent en Europe la vie la plus dure et vont chercher la

94 VOLTAIRE MEMBRE DE l'aCADEMIE.

mort au bout de l'Asie et de l'Amérique. Ce n'est pas merveille qu'un tel calomniateur de l'innocence calomnie également Voltaire, lui imputant des sentiments qu'il n'a jamais eus, des livres qu'il n'a jamais faits ou qui ont été altérés indignemeut par les éditeurs. La Henriade ellemême n'a jamais été correctement imprimée (on le voit, si les passages contre l'intolérance et le fanatisme paraissaient trop forts pour les pères jésuites, il se préparait la ressource d'une prétendue altération); « on n'aura probablement, ajouta-t-il, mes véritables ouvrages qu'après ma mort. » En attendant, il veut suivre l'exemple du grand Corneille, et soumettre ses écrits au jugement de l'Eglise. « Si jamais on a imprimé sous mon nom, déclare-t-il, une page qui puisse scandaliser seulement le sacristain de leur paroisse (qu'il en ait écrit de semblables, il n'en convient certes pas), je suis prêt à la déchirer devant lui; je veux vivre et mourir tranquille dans le sein de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, sans attaquer personne, sans nuire à personne, sans soutenir la moindre opinion qui puisse offenser personne. » Comme prix d'une telle démarche et de telles déclarations. Voltaire, déjà membre de presque toutes les académies d'Europe, réussit enfin à faire partie de l'Académie française ; se montrant en cette occasion véritablement élève des jésuites , voulant les moyens parce qu'il voulait la fin. Si ses fins avaient toujours été aussi bonnes ou aussi inoffensives!

Les conflits littéraires ne lui manquèrent pas non plus pendant cette période de son existence, et il les conduisit comme il les conduisait toujours. Il a déjà été question de sa querelle avec J.-B. Rousseau; durant ces années ont

(QUERELLES AVEC DESKuNTAINES ET FRKRoN. 95

lieu les démêlés encore plus détestables, si c'est possible, avec un certain abbé Desfontaines. En intercédant pour lui, Voltaire avait délivré cet homme de la prison, ce qui ne l'erapèclia pas, après qu'il eut une première fois jeté au feu, à l'instigation de Thieriot, un libelle ditïamatoire contre son bienfaiteur, de l'attaquer à nouveau par ses critiques, et à la suite d'une vive repartie de Voltaire, de lui adresser une impudente lettre de menaces. Alors Voltaire se laissa aller, à la vérité sous le couvert d'un homme de paille, mais de façon qu'il fût reconnu par tout le monde, à publier, sous le titre de Préservatif, un écrit polémique en tête duquel une estampe représentait Desfontaines fouetté à Bicétre. Celui-ci répondit par la Voltaironianie, où il disait ne rien rester de mieux à faire à Voltaire que de se pendre. Au lieu de se pendre, il intenta une action judiciaire et Desfontaines dut signer une rétractation ; mais tout un hiver s'était passé dans ces misérables histoires, et après, les hostilités durèrent encore. Quand Desfoutaines mourut, en 1745, un plus méchant l'avait suivi dans la personne de Fréron, qui poursuivit Voltaire dans toute sa carrière comme un roquet criard, et dont le souvenir fut en revanche perpétué par celui-ci dans des caricatures de toutes formes, en prose et en vers, dans l'épopée et dans le drame. Si, en somme, il peut avoir eu raison dans maintes attaques, entre autres dans son jugement décisif des poésies faites par Voltaire pour la cour, et malheureusement en mettant à nu certaines taches de son caractère, ce dernier en fin de compte amenait les rieurs de son côté, et un folliculaire menant une existence parasite ne peut à la longue se mesurer avec un homme doué de l'activité productrice de

90 LA MAR(,)nSE AU JEU DE LA REINE.

Voltaire. Fréron ne fut pas d'ailleurs le dernier de cette espèce, les La Beaumelle, les Clément, les Nonotte et autres encore le secondaient, et le spirituel abbé Voisenon écrivait dans le style de la généalogie biblique : « Zoïle entendra Mevius, Mevius engendra Desfontaines, Desfontaines engendra Fréron, Fréron engendra Clément, » etc. Ces vers si connus contre Fréron,

L'autre jour au fond d'un vallon, Un serpent piqua Jean Fréron.

Que pensez-vous qu'il arriva?

Ce fut le serpent qui creva:

ces vers ne sont qu'une imitation d'une épigramme de VAnthologie, et l'on doute qu'ils soient de Voltaire; au moins il n'aurait pas eu à en rougir, comme de tant d'autres attaques.

Au milieu de toutes ces querelles, la marquise du Chàtelet n'avait certainement pas tort quand elle assurait qu'elle avait à tout instant en vue de sauver son ami de lui-même, et qu'il lui fallait plus de politique pour le conduire, qu'à tout le Vatican pour retenir la chrétienté dans ses liens. Parfois, cependant, c'était elle-même qui le mettait dans l'embarras. Par exemple, quelque passionné qu'il fût, il ne l'était pas autant qu'elle pour le jeu. Un soir, au jeu de la reine, elle avait perdu 80,000 livres, tandis qu'il ne lui en restait que cent sur elle; Voltaii^e était témoin, et dans la persuasion que les choses ne se passaient pas loj'alement, il lui glissa en anglais à l'oreille qu'elle ne voyait pas, dans sa distraction, qu'elle jouait avec des filous. Elle remarqua que son partenaire avait entendu et compris, et le

plus prudent pour tous deux était d'abandonner la place, Tune, pour mettre ordre à sa dette de jeu; l'autre, pour éviter une affaire d'honneur. C'est ce qu'ils firent dans la nuit : Voltaire se réfugia à Sceaux, chez la duchesse du Maine, avec laquelle il était lié depuis l'époque à.' Œdipe. Là, il vécut deux mois caché dans une mansarde, les volets fermés pendant le jour, travaillant à la lumière, et sans cesse occupé. La nuit, il descendait près de la duchesse, dînait à côté de son lit et l'amusait de ses plaisanteries, tandis qu'elle lui disait les anecdotes de la cour. Plusieurs de ses contes, Zaclig, Bahouc, etc., sont nés pendant ces jours, pour être ensuite, pendant les nuits, lus par le poëte à sa protectrice. Enfin, la marquise régla ses dettes par une transaction, assoupit également l'affaire d'honneur de "S'oltaire, et courut à Sceaux pour le lui annoncer. Mais la duchesse ne laissa pas partii' sitôt des hôtes aussi distingués, et trois semaines s'écoulèrent encore au milieu d'amusements de toute sorte, surtout de représentations dramatiques, où Voltaire et son amie se chargeaient de différents rôles.

Pour compenser les dettes de jeu par un redoublement d'économie, tous deux se retirèrent à leur campagne, au milieu de l'hiver 1747, après un court séjour à Paris, et pendant la route un accident mit les deux voyageurs dans une situation dont Longchamp, alors secrétaire de Voltaire, nous a laissé dans ses mémoires une peinture trop caractéristique pour que nous ne nous y arrêtions pas. La marquise avait la fantaisie, tout à fait agréable pour l'été, mais sujette à inconvénients pour l'hiver, de voyager la nuit. Ils versèrent, et après qu'ils se furent tirés de dessous

98 VOLTAIRE ET LA MARQULSE AIîSERVANT LES ASTRES.

la voiture renversée, avec beaucoup de peine, surtout Voltaire, qui se trouvait comprimé sous les caisses, il fallut aller chercher secours dans le plus prochain village, pour aider à descendre tout le bagage dont l'impériale était surchargée, et remettre tout en ordre. Pendant ce temps Voltaire et son amie étaient assis sur les coussins du carrosse, qu'on avait retirés et posés sur le chemin couvert de neige ; et ils furent bientôt presque transis de froid, malgré leurs fourrures; ils admiraient la beauté du ciel. « Il est vrai, dit l'humouristique secrétaire, qu'il était parfaitement serein; les étoiles brillaient du plus vif éclat, l'horizon était à découvert; aucune maison, aucun arbre n'en dérobaient la moindre partie à leurs yeux. On sait que l'astronomie a toujours été une des études favorites de nos deux philosophes. Ravis du magnifique spectacle déployé au-dessus et autour d'eux, ils dissertaient, en grelottant, sur la nature et le cours des astres, sur la destination de tant de globes immenses répandus dans l'espace. Il ne leur manquait que des télescopes pour être parfaitement heureux. Leur esprit égaré dans la profondeur des cieux, ils ne s'apercevaient plus de leur triste position sur la terre, ou plutôt sur la neige et au milieu des glaçons. » Voltaire ne voyait pas avec autant de résignation son étoile baisser à la cour. Par un madrigal sur les amours du roi et de sa nouvelle maîtresse, qui fut bientôt dans toutes les mains, il s'était servi près de ceux-ci, mais avait irrité la reine et ses filles, qui n'étaient pas sans influence sur leur père. Celui-ci, personnellement, ne lui avait jamais été bien favorable, et la favorite ne pouvait pas s'exposer. Il était alors de mode à la cour de favoriser contre Voltaire

le vieux Crébillon, auteur dramatique qu'on venait de retrouver après l'avoir laissé longtemps dans l'oubli. Celui-là soutint le combat pied à pied avec son adversaire, en reprenant pour son compte les sujets de plusieurs pièces de Crébillon. A la cour, cela ne pouvait pas lui servir, et le public n'y vit que de l'envie; parfois aussi cette gageure, soutenue très -vivement aux représentations par le zèle des adhérents des deux partis, ne fut pas poursuivie par Voltaire sans animosité.

En de telles circonstances, il était très à propos qu'on fût déjà dans des rapports amicaux avec une cour du voisinage, plus petite à la vérité, mais où l'on pouvait se rendre de temps en temps au lieu d'aller à Paris ou à Versailles. Par la position de Cirej' non loin de la frontière de Lorraine, des relations s'étaient nouées avec l'ancien roi de Pologne, Stanislas Leczinski, à qui la paix de Vienne avait donné, sa vie durant, les duchés de Lorraine et de Bar. Stanislas, à la vérité, était dévot et se laissait diriger par les jésuites; mais c'était aussi un homme du monde et assez ami de la société pour ne pas se priver de l'animation qu'un couple comme Voltaire, qu'il avait connu à Versailles, et la marquise, liée avec son amie, la marquise de Boufïlers, promettait d'apporter à sa cour quelque peu monotone. Tous deux furent donc, à différentes reprises, les hôtes bienvenus du roi, tantôt à sa résidence de Lunéville, tantôt en d'autres lieux de la Lorraine, surtout au château de plaisance de Commercy, à la grande inquiétude de sa fille, la reine de France, qui, plus dévote encore que son père, s'il était possible, craignait l'influence d'une société aussi libre d'esprit pour le sahiL de ce dernier. Là, comme à Cirey, Voltaire

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