‹ VoltaireChapitre 13 sur 41 · AVANT LE DÉPART POUR LA PRUSSE · texte numérisé non relu

AVANT LE DÉPART POUR LA PRUSSE

!ablc, il a besoin d'èlre aimé et entouré; il veut à tout prix vivre auprès de gens qui l'aiment, auprès des d'Argenlal, les plus fidèles en effet, et les plus affectueux des amis qu'il ait jamais eus.

Cet état d'âme expliquera, sans qu'il soit besoin de faire intervenir un motif de vanité, qui du reste a eu encore sa part, la détermination qu'il prendra J}ientôt d'alléi vivre avec Frédéric 11.

11 n'y alla pas cependant tout de suite, quoique très vivement sollicité. Il vint à Pai'is, puis il fit un séjour à Sceaux chez laduchesse du Maine, et se consola par le travail. Il écrivit coup sur coup Oreste, joué en 1750, le Duc de Foix (transformation à' Adélaïde du Guesclin) qui devait être joué en 1752, et Iio?ne sauvée qui fut représentée la même année.

Mais quelques déboires, qui eussent élé légers pour un autre, très pénibles pour son caractère infiniment susceptible et irritable, faisaient qu'il jetait souvent les yeux du côté de Berlin. Madame de Pompadour, qui l'avait protégé très complaisamment, se refroidissait à son égard, sans autre cause très appréciable que la mobilité féminine, qui est presque aussi grande chez les femmes que chez les hommes. Elle se plaisait môme à lui faire une guerre sourde en lui opposant Crébillon, le vieux poète tragique, qu'elle avait, pour ainsi dire, ressuscité. C'était le renversement des alliances, jeu auquel on sait que Madame de Pompadour était experte.

Certains signes de défaveur étaient très visibles d'autre part. Un soir, après une représentation d'un poème d]ai[ogué^ Le Temple de la Gloire^ sur le théâtre de Versailles, Voltaire s'approcha du roi et lui demanda: « Trajan est-il content ? » Le roi ne voulut pas sentir le compliment et ne voulut voir que la familiarité.

Il tourna Je dos. Le départ de Voltaire pour Berlin dut être décidé ce jour-là.

Rien n'était rnoius philosophique que de quitter une cour pour aller en chercher une autre, et que de s'imaginer que, courtisan en Prusse, on aurait plus d'indépendance, on recueillerait plus d'égards, on essuierait moins d'avanies, on aurait moins de tracas que courtisan en France; mais le cœur humain est ainsi fait ; ces illusions sont aussi naturelles qu'elles sont absurdes ; et Voltaire est un exemple de celle vérité que ce n'est guère qu'à la soixantaine qu'on devient sage. Il y a toujours quelque bonne leçon à prendre dans la vie des grands hommes.

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