AVANT SON SÉJOUR EN ANGLETERRE
répété, que c'était là une lettre qui n'arriverait pas à son adresse "î et les deux poètes se séparèrent ennemis mortels.
De retour à Paris, Voltaire remania sa tragédie dMrtémire et en fit une Mariam?ie, qui réusit. Sur ces entrefaites son poème sur Henri IV parut, sans qu'il eût voulu le faire paraître. Des copies en avaient été dérobées. Il parut même deux fois, à Londres en 1723, à Evreux en 1724. Cette fois l'auteur du larcin était l'abbé Desfontaines, qui, s'improvisant collaborateur de Voltaire, avait mis beaucoup de ses vers dans le poème dérobé. Voltaire protesta, promit pour une date prochaine une édition authentique et foudroya les contrefacteurs. Le poème du reste, même sous celte forme imparfaite, réussit déjà infiniment.
Il arriva alors à Voltaire (1726) une aventure absurde et cruelle, dont les suites ne furent pas malheureuses pour lui. A un dîner chez le duc de Sully, il eut le malheur de déplaire au chevalier de Rohan-Chabot : « Quel est, dit celui-ci, ce jeune homme qui parle si haut? — Monsieur, répondit Voltaire, c'est un homme qui ne traîne pas un grand nom, mais qui honore celui qu'il porte. » A quelques jours delà , Voltaire dînait encore chez M. le duc de Sully. On le fait demander dans la rue. Il sort. Deux hommes, soudoyés par le chevalier, le chargent, et l'accableut de coups de bâton. Voltaire demanda protection au duc de Sully eln'en put rien obtenir. C'est pour cela qu'il effaça le nom de Sully du poème sur Henri IV et lui substitua Mornay. Il demanda justice aux pouvoirs judiciaires. du temps et fut éconduit. Il apprit à manier l'épée, et provoqua le chevalier, qui ne lui accorda aucune satisfaction. Il criait de tout son cœur contre l'insolent. Il écrivait au ministre du département de Paris :
« Je remontre très humblement que j'ai été assassiné par le brave chevalier de Rohan, assisté de six coupe-jarrets derrière lesquels il était hardiment posté. J'ai toujours cherché depuis ce temps à réparer, non mon honneur, mais le sien, ce qui était trop difficile. . . »
Ce Voltaire battu devenait gênant. On ne vit rien de mieux que de le mettre à la Bastille, ce qui n'était pas d'une justice très exacte. 11 y resta quinze jours. Puis on lui permit d'en sortir à condition de quitter Paris. Il avait été emprisonné et exilé pour avoir été battu. Les gentilshommes avaient encore de grands privilèges.