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VOLTAIRE ET J.-J. ROUSSEAI' i09
qu'une idée, cheirhcr une uouvcllc rolraite. Rester n Motiers, il n'y fallait plus songer en effet.
(( I^es ministres, écrit-il à Lonieps, sont autant de loups onragés qui lanceront sur moi leur ignorant et fanatique peuple, comme des piqueurs lancent leur meute après leur proie; il ne sera pas étonnant que je sois déchiré, car ces pieux chrétiens ont beaucoup de zélé'. »
La situation de Jean-Jacques s'aggravait tous les jours. Les colères soulevées par les Lettres de la montagne agitaient encore tous les esprits lorsque parurent les impitoyables libelles de Voltaire; ils pénétrèrent dans le Val de Travers et y causèrent une vive agitation. Ainsi, cette fille d'un homme de lettres malheureux, cette estimable gouvernante était... ce que disait le libelle! Rousseau s'était joué des habitants! Cet homme si vertueux vivait publiquement en concubinage, il avait exposé ses enfants! L'effervescence devint telle que Mlle Levasseur était souvent insultée lorsqu'elle sortait dans le village; Jean-Jacques lui-môme n'échappait pas aux quolibets.
« Trois ans d'une conduite irréprochable sous leurs yeux mômes, écrit-il, ne pouvaient garantir la pauvre Mlle Levasseur de l'effet d'un libelle venu d'un pays où ni moi ni elle n'avons vécu. Peu surpris que ces viles âmes ne se connaissent pas mieux en vertu qu'en mérite, et se plaisent à insulter aux malheureux, je prends enlin la ferme résolution de quitter ce pays, ou du moins ce village, et d'aller