Cette habitation était située entre Ferney et Tournay
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rieuse, mais si tout cela prouve qu'il fut ingrat, cela ne prouve pas que l'invitation n'ait pas été réellement laite.
Nous croyons par plusieurs raisons à la démarche du philosophe de Ferney, hien que nous n'en n'ayons d'autre preuve que son affirmation. D'abord à plusieurs reprises nous le verrons offrir de nouveau l'hospitalité à son ennemi et nous pourrons donner des marques authentiques de la réalité de ses propositions. Et cependant Rousseau n'y répondra pas davantage, et ne s'en ouvrira à personne. Si Yoltaire lui offrit un asile en 1762 et en 1763, on peut aussi bien admettre qu'il l'ait fait en 1759. Du reste, comment supposer qu'il ait osé affirmer un fait mensonger dans des lettres publiées de son propre aveu' alors que Jean-Jacques et Marc Chappuis étaient vivants? n'auraient-ils pas l'un et fautre saisi avec empressement l'occasion de le confondre et de le convaincre d'imposture ? N'était-ce pas s'exposer au plus éclatant démenti? Et cependant ni Rousseau ni Marc Chappuis n'ont réclamé.
Il est probable que dans l'état d'esprit où se trouvait Jean-Jacques, la proposition gracieuse qui lui était faite lui parut plutôt une offense; il chercha à en tirer vengeance, et l'occasion se présenta bientôt. Déjà dans deux circonstances mémorables il s'est attaqué ouvertement à Voltaire, mais il est resté sur le terrain des principes, et la querelle n'a pas dégénéré en fâ-
\. Lettre do Voltaire ;i Hume du 24 octobre 1706. Cette lettre fut imprimée du consentement de Voltaire.
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cheuscs porsonnalilés; le chàlelain do Fcrncy a eu le bon esprit de tourner la chose en plaisanterie, d'en prendre gaiemcnl son parti, et d'éviter toute discussion, l'urieux de ce mutisme que rien ne pouvait rompre, le Citoyen cherchait une occasion de recommencer la lutte, lorsqu'il crut la trouver en 1760. Cette fois le moyen paraissait infaillible et de nature à faire sortir enfin le patriarche de son impassibilité olympienne.
On n'a pas oublié la lettre sur le Désastre de Lishonne. Plusieurs fois l'auteur fil demander à Voltaire la peimission de la publier, elle lui fut toujours refusée. Il en éprouva un certain dépit, car il considérait cette œuvre comme une de ses meilleures productions, il la croyait de nature à contribuer grandement à sa réputation, et elle marquait le point de départ de la lutte ([u'il voulait engager contre les tendances antireligieuses, si bien représentées par Yoltaire et son école.
Ne pouvant publier sa lettre, Jean-Jacques la montra à quelques personnes, lorsqu'il apprit tout à coup, en juin 1760, que Formey, littérateur prussien, venait de la faire paraître en entier dans un journal de Berlin. C'était une indiscrétion assez désobligeante pour Voltaire, plus encore pour Rousseau, dont on pouvait suspecter la bonne foi, aussi crut-il devoir se disculper.
« Quoique Voltaire fût honoré par excès dans cette lettre, «lit-il, comme enfin, malgré ses procédés malhonnêtes, il eût
été fondé à se plaindre, si je l'avais fait imprimer sans son aveu, je pris le parti de lui écrire à ce sujets »
On croit rêver quand on voit Jean-Jacques parler des •procédés malhonnêtes de Voltaire, alors qu'il n'y a eu jusqu'à présent de la part du philosophe de Ferney que patience, mansuétude, longanimité à toute épreuve.
Yoici la lettre de Rousseau :
«A Montmorency, le 17 juin 1760.
(( Je ne pensais pas, Monsieur, me retrouver jamais en correspondance avec vous, mais apprenant que la lettre que je vous écrivis en 1756 a été réimprimée à Berlin, je dois vous rendre compte de ma conduite à cet égard, et je remplirai ce" devoir avec vérité et simplicité. Cette lettre vous ayant été réellement adressée n'était point destinée à l'impression. Je la communiquai, sous condition, à trois personnes à qui les droits de l'amitié ne me permettaient pas de rien refuser de ' semblable, et à qui les mêmes droits permettaient encore moins d'abuser de leur dépôt en violant leur promesse. Ces trois personnes sont : Mme de Chenonceaux, belle-fdle de Mme Dupin, Mme la Comtesse d'iloudelot et un Allemand nommé M. Grimm. Mme de Chenonceaux souhaitait que cette lettre fût imprimée, et me demanda mon consentement pour cela. Je lui dis qu'il dépendait du vôtre. Il vous fut demandé, vous le refusâtes et il n'en fut plus question.
(( Cependant, M. l'abbé Trublct- vient de m'écrire qu'ayant reçu les feuilles d'un journal de M. Formey, il y avait lu celte