‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 40 sur 431 · PARFAIT SANS-GÊNE DE LA METTRIE · texte numérisé non relu

PARFAIT SANS-GÊNE DE LA METTRIE

pitoyable et moins empressé à recueillir cet étrange philosophe, si LaMettrie n’eùt pas été un révolté de la science. Le roi de Prusse, jusqu'à la fin, sera un libre penseur, et sa correspondance avec Voltaire et surtout d’Alembert prouve qu’il ue renia pas ses dieux ; mais, après cette première ardeur, ce premier enivrement, l’apaisement succédera à l’enthousiasme, et l’on ne se laissera plus prendre, comme dans ces beaux temps de ferveur, à l’étiquette du sac. Encore un coup , La Mettrie eut la rare chance d’arriver en cette phase égalitaire où le titre de philosophe flattait plus que le titre de monarque. Voltaire donnera à Frédéric de « l’humanité ; » mais avec ce tact, cette prudence du courtisan qui sait jusqu’où il peut aller. La Mettrie u’a pas, lui, de ces précautions. 11 n’eût pas été d’ailleurs dans sa nature de se contenir même pour un peu. « En tout temps, nous dit Thiébault, il se jetait et se couchait sur les canapés. Quand il faisait chaud, q ôtait son col, déboutonnait sa veste et jetait sa perruque sur le parquet. En un mot, La Mettrie agissait en tout avec Frédéric comme envers un camarade *. » Qu’on n’essaye pas de nous donner La Mettrie pour un esprit philosophique. C’est un garçon de belle humeur 1 2, qui prend ses habitudes pour des convictions,

1 . Dieudonné Thiébault, Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin (Didot, 1860), t. Il, p. 426. — > ... il jetoit tout à coup sa perruque par terre , et on l'a vu plusieurs fois se déshabiller, et se mettre presque tout nud au milieu d'une compagnie qui rioit de sa folie , comme elle auroit fait de celle d'un insensé renfermé aux Petites- Maisons. » D'Argens, Ocetlus Lucarne (Ulrecht, 1762), p. 248.

2. • On raconle que La Mettrie passant devant la maison d'un épicier, il entendit dire que c'étoil la maison d'un matérialiste : on

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