‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 180 sur 342 · VOLTAIRE N'A PLUS RIEN A MÉNAGER · texte numérisé non relu

VOLTAIRE N'A PLUS RIEN A MÉNAGER

pour la gloire de la nation K » La Beaumelle a bien prétendu que c'était contre ses conventions avec Eslinger, que ses initiales se trouvaient sur le volume. Qu'importe, après tout, que son nom y figure ou n'y figure pas, si les notes qu'il fournit sont l'occasion du livre et du succès scandaleux qu'il lui vaudra? Ces notes, ne se les est-il pas fait payer, et ce qu'il s'est permis une première fois, ne le lui verra-t-on pas projeter plus tard pour la Henrîade^ et l'œuvre entière du patriarche de Ferney?PourVoltaire, il n'a plus rien à ménager désormais ; il a ses coudées franches et bien franches, et il fera expier cruellement à Tennemi son outrecuidance, ses attaques imprudentes et impudentes, et les angoisses auxquelles il l'avait un instant condamné. Mais l'historique de ces premiers démêlés avec La Beaumelle nous a entraînés bien au delà de l'heure présente, à la veille même du départ du poëte de Berlin ; il nous faut revenir d'autant sur nos pas et reprendre les événements où nous les avons laissés.

Quoique jeune encore, Frédéric avait déjà vu disparaître, par le fait de la mort ou de l'absence, plus d'un serviteur et d'un ami. Keiserling et Jordan avaient commencé cette lente mais triste désertion ; La Mettrie, ce boufPon joyeux, était allé s^assurer s'il y avait quelque chose au delà de la tombe, tandis que Ghasot, en pleine santé, celui-là, avait pris la clef des champs pour ne plus revenir. C'était pour avoir dîné et trop bien dîné chez lord Tyrconnel, que l'auteur de V Homme

1. Voltaire, Œuvre» complètes (Deiichot), t. LVI, p. 639, 640. Leitre de Voltaire à Thiériot; aux Délices, le 28 mai 1755.

MORT DB TmCOSKEL. H9

tnachine était passé de TÎe à trépas, avant le malade qu'il venait soigner, et qui était destiné à l-enterrer. Mais ce malade était trop malade pour jouir longtemps de son insigne et rare victoire. « Il était le second gourmand de ce monde, car La Hettrie était le premier. Le médecin et le malade se sont tués pour avoir cru que Dieu avait feut l'homme pour manger et pour boire ; iU pensaient encore que pieu Ta fait pour médire ; ces deux hommes, d'ailleurs fort différents Tun de Tautre, n'épargnaient pas leur prochain, ils avaient les plus belles dents du monde, et s'en servaient quelquefois pour dauber les gens, et trop souvent pour se donner des indigestions ^.. d Voltaire, sans l'avoir témoigné, savait personnellement à quoi s'en tenir sur les propos et les commérages de milord ; aussi l'oraison funèbre sera courte, et manifestera-rtril plus d'étonnement qup beaucoup de regrets, a Mais qui eut dit* que ce gros cochon de milord Tyrconnel, si frais, si fort, si vigour reux, serait à l'agonie avant moi? » C'est bien pis qu^ d'avoir des tracasseries pour son Siècle. 0 vftniti§! ô fumée ! qu'est-ce que la vie ^?

Deux jours après la mort de Tyrcpnad, qui étai^ arrivée le 2 mars, Darget se séparait de son waHre qu'il ne devait plus revoir. Il était malade, lui aussi, ptftvait besoin de se faire soigner. Afais, comme CbasQt, \\ avatl éprouvé des dégoûts qui lui firent moins ressentir la séparation. Veut-on savoir la cause de ce départ?

|. Vpimrç, Q^uvr^s ccimpî^f^ (Peqchpt), t. LY|, p. 44. Letlrp ^% \p]isjii^p k RjphQUeu; à pots^api, 14 ipars 17^2.

%. Ibi^., \. IVI, p. 45, Lettre de Voll^irp i^ d^^rgent^l | Uft^s dam, le 11 mars 1752.

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