ROME SAUVÉE A L'ÉTUDE
fin, il ne me reste plus de domestiques de Paris*.» Nous avons vu d'Argental et madame Denis déclarer net qu'ils ne prendraient pas sur eux de faire représenter Rome sauvée, et que, si le poète voulait que sa • pièce fût jouée, il n'avait qu'à venir veiller à des répétitions pour lesquelles sa présence était indispensable. Mais tout froissé, tout meurti qu'il eût été, un charme plus fort que la volonté, plus fort que les dégoûts, le retenait auprès du Saloraon du Nord ; et il fallut bien se dire qu'un miracle seul pouvait le ramener dans sa maison de la rue Traversière. Dès lors d'Argental et madame Denis durent en prendre leur parti, et, toute rancune tenante, servir ce grand ingrat qui sacriBait ses amis et ses nièces à un roi, dans l'amitié duquel il n'avait que peu d'illusions. Borne sauvée était à Tétude, elle était sue, et les acteurs avaient fixé au 42 février la première représentation, sans égard pour les réclamations de madame Denis, qu'on n'écoutait guère à la comédie. Le poëte avait envoyé des changements indispensables qu'il eût fallu se donner la peine de substituer à ce qu'on avait dans la tête et la mémoire, et l'on trouviait plus simple et plus commode de passer outre. Madame Denis d'en référer à M. de Richelieu, qui évita sûrement ce dégoût au poëte illustre dont il était le héros ; du moins, ne fut-ce que le 24 février qu'eut lieu cette solennité dramatique. Le triomphe fut complet. Amis et ennemis rendirent justice au mérite de l'ouvrage, et force fut bien à ces der-
1. Voltaire, OEuvru complètes (Beucbot), t. LVI^ p. 37. Lettre de Voltaire à madame Denis; à Potsdam, le ^ man Y'Vb^t,
206 APPUUpiSSEl^ENTS PNANfMES.
niers ^e cQpvenir qu'il laissait loin derrière lui le pin teu^ C^tilim 4h ^\f^Vi^ Qrébillûq,
' Il n'y a peut-être pas de pièce de M. de Voltaire^ nous dit un chroniqueur tout au moins désintéressé, plus radieuse que celle-ci. Qu'on ne dise plus que son feu s'est éteint : je revbif tQMt l'éclat de $pq coloris; toi)t le monde repd justice au^ (lét tails; qn prend sa revanche sur le plan : plap oii (jétails^ M. (|p Crébillon n'a pas beau jeu. Le rôle de Cicéron a été universellement applaudi ; celqi de Catilir^a lui est entièremfint sacriBé ; pelui ^'Aurélie^ fen\\n^ de Çatilina^ a de grandes l}eaq{.(te^ }9
fflus brillant de tous pst celui de César ^ je parle toqjours d'après 'impression générale. J'ai vu des ennemis de Tauteur maigrir de scène en scène à la seconde représentation : on dit qu'ils reprennent cbsiir» pt de quinze jours la cpqver^^jon |^e j^n-r guira^..
Mais ce ne fut pas encore ce concours, cette affluenee, dont Zaïre et Mérope avaient été Pobjet. Et l'ami d'Argental, toujours prudent, toujours soigneux, donnait au poëte le conseil de revoir et de refondre
1. Gl^mfintf let c\i^(\ At^néef lUt4rair(ii ou Nquvç^^f /ifféçaifff ^^ années 1748-1752, i. IV, p. 1|, 12; mars 1752. Lord Cheslerûeld écrivait, en juillet 1750 : « Borne sauvée ne réussica peut-être pas non plus. Voltaire veut se faire des règles nouvelles, et la inodfî, chei vous ^nçpre plu? qu'ici, dépide (i|es puvrage^ des ppëtes comq[)e ^9 ceux des marchands. Je suis sûr pourtant que son Cicéron ne ressemblera guère à celui de Crébillon, qui dans le plus bel endroit fie sa vie e^t \\n {i^^bécillp. En^n? fl^oi qH'ei) disp yplf^ pqbjja^ to|it çip ^^^ Voll^ire fs^li me charme. Toujours les plus beaux vefs du mppde, çt des pensées brillantes et justes ; je n'en demande pas davantage : Non PQUcii qfffndar macvUs, 9 MisceUaveous Works of lord Ckeiterfielilmtk
p. 249. Lettre de Che8terfiel4 à madame *** ; à Londres, ce 25 juillet 1750. Il disait à son fils, deux ana après : « Je souhaite fort délire la Borne sauvée de Voltaire, qui, je suis sûr, sera de mon goût, précisément pour les fautes que vos critiques sévères y ont trouvées... Voltaire n'a réellement point d'égal.» Lord Ghesterfield, Lettnes à son fils Stanhope ^Amstârdjim, 1177), t^ lU, p. \Xk *,L(wdr«i, ee 6 macs 1 7 63.