D'AROBNS PROCÈDE DE BAYLE
; Four ton duvet, qui sent la pourriture,
£t tes vieux draps aussi crasseux qu'uses, Et tes rideaux, ddchirdset percds, Et tes coussins avec la couverture, Ton bon patron quitterait, je l'assure, Bibliothèque, amis, biens et parents, Pour vdgëter entre tes draps puants ^
D'Argens, quelles que soient les réserves qu*on puisse faire, est un érudit, un lettré, un savant; il appartient à une école, triste école peut-être, mais avec laquelle il faut compter. 11 procède do Bayle, dont il est le disciple, dont il est le successeur et le continuateur, mais non régal. Si Ton ne lit plus guère son maître, quelr ques rares curieux s'aventurent seuls dans la lecture de ces publications, dontTesprit départi et de système les dégoûte vite, et son œuvre est, depuis longtemps, ensevelie dans le plus complet oubli. Nous avons cité, à propos de faiblesses communes, le nom de La Mettrie ; il y aurait, toutefois, une souveraine injustice à accoupler ces deux hommes. La Mettrie, enfant perdu de la philosophie, esprit excessif, mais plus fou, plus délirant, plus aviné qu'excessif, no relève que de luimême. S'il n'a rien créé, rien inventé, s'il n'est'pas scientifiquement sans ancêtres, son audace lui est propre, ainsi que cette inquiétude, ce besoin de mouvement, d'agitation, de dispute, de paradoxe, d'énormités, qui font de cet excentrique un combattant sans mandat et sans consigne, et n'ayant point do mot d'ordre; un guerroyant isolé que la philosophie scep-
1. OEuvreê de Frédéric le Grand (Berlin, PrcuM.), l. Xlll, p. 4' h 40. Ëptlre au lit du morquU d'Argcns; 17 Tévrler 1754. m
,dO JULIEN OFFRAT DE LA METTRIE.
tique, ne voudra point reconnaître et repoussera avecune sainte horreur comme un dissolu, un impudent, un> boufifon*. C'était être plus difficile que le roi de Prusse, qui ne laissa pas de s'accommoder fort de Tétrange philosophe, auquel il tolérait un franc parler et des licences qu'il n'eût pas soufferts à d'autres^ Mais, au début de son règne, Frédéric, si ligaturé, si comprimé jusque-là, fut tellement enivré de liberté,^ qu'il la voulut pleine et entière pour les autres comme pour lui-même, malgré les risques auxquels allait être exposée la majesté du souverain, La Mettrie arriva pendant cette première phase d'enthousiasme où Frédéric prétendait n'avoir que des amis dans ses courtisans ; dix ans plus tard, il se fût fait chasser au débotté. Quoi qu'il en soit, c'est là une physionomie à reproduire, et que nous essayerons de retracer dans sa sincérité. Elle est un témoignage expressif de la bigarrure de la société intime du prince, qui recrutera un peu son monde à l'aventure et n'apportera pas toujours dans ses choix et ses préférences, du moins au commencement, un discernement et un jugement à l'abri de toute critique.
Julien Offray de La Mettrie naquit, le 25 décembre 1709, à Saint-Malo, la patrie de Maupertuis et de l'abbé ïrublet. Il fit ses humanités au collège de Coutances et sa rhétorique à Caen, où il remporta tous les prix; après quoi son père, en homme positif, n'estimant pas de carrière plus sûre que Tétat ecclésiastique, l'envoya suivre le cours de logique au Plessis,
1. Diderot, Essai sur les règnes de Claude et de Néron (Londres»
D'ABOBD JAJISÉlflQTE. 3|
SOUS M. Cordier. Le maître était janséniste, rélè?e le devint à son tour si bel et si bien, qu'il composa un ouvrage qui eut vogue dans le parti, à ce qu'assure son royal biographe, nous ne savons sur quelles autorités. Ce que nous pouvons affirmer c'est que ce livre a complètement disparu, et nous ajouterons qu'il y a peu d'apparence qu'il ait jamais existé. Cette ferveur n'était que de l'effervescence, un besoin d'émotion et de surexcitation qui n'a rien de commun avec la vocation, dont le caractère est d'attendre tout du temps, de se développer et de grandir avec lui. Il serait assez piquant^ toutefois, que l'auteur à^V Homme machine eût passé par le jansénisme pour arriver à l'athéisme. La Mettrie revint alors dans son pays, avec la perspective d'un lointain canonicat. Fort probablement ne se fût*il pas borné à être un médiocre prêtre ou un prêtre anaeréontique comme Chaulieu et Grécourt, et eût-il mis le feu aux poudres, là comme dans la profession qu'il finit par embrasser sur le conseil d'uu médecin malouin appelé Hunauld. Il fallait obtenir du père la permission de courir deschancesnouvelles. Mais, àen croire le roi de Prusse, tout bien considéré, celui-ci, convaincu que les remèdes du médecin rapportaient plus que les absolutions du prêtre, donna son plein acquiescement; et La Mettrie put se livrer, à corps perdu , à Tanatomie , disséquer sans relâche durant deux hivers, et, finalement, conquérir à Reims, en 1728, le bonnet de docteur en médecine. Cinq ans jilus tard, il prenait un parti qui, à cette date, a bien son mérite : il quittait sa Bretagne pour aller étudier à Leyde sous Boerhaave, et traduisait, dîw\s ««^'à taxv- j