‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 281 sur 342 · ADIEUX · texte numérisé non relu

ADIEUX

entrevue du souverain et du poëte. CoUini prétend qu'elle fut deë plus amicales. Thiébault, sur le récit qui lui en avait été fait» raconte un peu différemment leurs adieux .

Le roi était à la parade lorsqu'on lui dit : « Sire, voilà M. de Voltaire qui vient recevoir les ordres de Votre Majesté. » Le roi se tourna de son côté en lui disant : « Eh bien, M. de Voltaire, vous voulez donc absolument partir? — Sire, des affaires indispensables, et surtout ma santé m'y obligent. — Monsieur, je vous souhaite un bon voyage. » Le dialogue ne fut pas plus long; Voltaire se retira, et il fut évident quMls ne devaient jamais se revoir, et que leyr dernière entrevue, si cordiale et si gaie, n'avait été qu'une scène parfaitement bien jouée ^

Tous les préparatifs étaient faits à Tavance, et Voltaire avait si grande hâte de s'éloigner et une si grande appréhension qu'on ne se ravisât, qu'il partit aussitôt après cette audience en plein air, sans prendre congé de personne et y suppléant par des billets affectueux où il s'excusait sur l'inciviUté du procédé ^ Collini nous donne des détails assez particuliers sur la manière de voyager du poëte, qui ne cheminait pas précisément en pocte crotté. C'était dans un vaste carrosse, bien compris, bien commode, plein de poches et de lieux de réserve. Sur le banc se tenaient deux domestiques, dont un était employé à la copie des manuscrits.

1 . Dieudonné Thiébault, Souvenirs de vingt ans de séjour û Berlin (Didot, r860), t. H, p. 348.

2. Voltaire, OEuvreê complétée (Beuchot), t. LYI, p. 296. Lettre de Voltaire à d'Argeni. — Foiuet, Voltaire et le président de Brosse» (Didier, 1858). Supplément à la correspondance de Voltaire et de Frédéric, p. 30, 31. Lettre de Voltaire au ehcvaliér de la Tooelie; Potidam, 25 mars llbS.

400 ARRIVÉE k LEIPZIG.

L'attelage variait de quatre à six chevaux, selon le plus ou moins mauvais état des routes. Yoilà pour le dehors. L'intérieur renfermait Voltaire, ses manuscrits, ses cassettes, ses lettres de change, ses effets les plus précieux, et CoHi!)i, qui était là pour l'utile et l'agréable. L'illustre voyageur arriva sans aventures, le lendemain soir I 27, à Leipzig, sur les six heures. Il entrait, et pour causes, dans ses projets d'y séjourner un temps plus ou moins long; aussi ne demeura-t-il pas à l'auberge et alla-t-il se loger dans un appartement de la rue Neumarkstran, peut-être retenu d'avance à sa prière par les soins de Walther, bien que CoUini n'en dise rien. Maupertuis s'imagina que l'ennemi ne s'était arrêlé à Leipzig qu'à cause de lui. Il s'y était arrêté en vue d'un autie encore, de La Beaumelle; mais l'auteur de ViUssai de Cosmologie avait, eu somme, flairé assez juste. Voltaire voulait infecter l'Europe (TAkakia^ il voulait tuer le natif de Saint-Malo sous le ridicule; il n'avait pas tout dit, et il éprouvait le besoin d'ajouter un chapitre ou deux à la Diatribe. Le Traité dt paix^ qui devait suivre, ne le cédait en rien à sesatnés, s'il ne les dépassait point. Le sujet était le même : c'étaient d'inépuisables variations sur un même thème, rajeunies par la forme, le pétillant et l'acéré d'une plaisanterie sans cesse renouvelée. Il s'agissait de mettre fin à une guerre de plume qui menaçait, si l'on n'essay.iit de séparer les combattants, de n'avoir pas une durée moindre que la guerre de Troie. L'illustre président finit par se laisser fléchir ; il s'humanise, il consentira désormais à ce qu'on puisse écrire contre son sentiment c< sans être imputé malhonnête homme. » Il de-

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