‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 299 sur 342 · FREYTAG · texte numérisé non relu

FREYTAG

et que tout aura été recouvré, il faudra remballer avec soin et me l'expédier à Potsdam. En cas où il ferait difficulté de se dessaisir des dits objets à l'amiable, il sera menacé d'arrestation, et si cela ne suffisait pas, il devra être arrêté effectivement, et l'on devra s*emparer de tout sans complément, mais le laisser passer ensuite.

Potsdam, le ii avril i753.

Ce ne fut que le 19 que cet ordre parvint à Freytag, qu'il jeta dans un trouble notable. 11 ne pouvait être douteux que Sa Majesté n'attachât une importance considérable au bon succès d'une mission qui semblait hérissée de difficultés et d'écueils. Le résident allait avoir à faire à rude partie ; on le prévenait de l'habileté, de la rouerie du poëtc, et il était perdu s'il se laissait duper par ce fin renard. Il avait, tout aussitôt, communiqué les ordres du roi à celui qui était destiné à l'aider dans cette très-délicate aventure et aussi à en assumer sa part de responsabilité. Il n'y avait pas de temps à perdre; un mémoire, écrit par Freytag et adressé au conseiller Schmid, donnera la mesure de la haute prévoyance, de l'imagination féconde, et des étonnantes ressources de l'honnête résident. Ainsi, des instructions devaient être envoyées aux commis de la porte de la Toussaint et de celle de Friedberg, afin de surveiller l'approche de l'ennemi. Ceux-ci ne devaient pas se bornera s'enquérir du lieu ou il allait descendre, ils auraient encore à dépêcher un exempt derrière la voiture pour s'assurer s'il était réellement descendu à l'hôtel indiqué. Un exempt spécial, auquel le commis de l'octroi promettrait vingt kreutzer, serait détaché pour prévenir, en toute diligence, le conseiller aulique;

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promesse encore d'un ducat à ce dernier, joro discretione. Les questions pourraient mettre Voltaire en défiance: il fallait donc, ajoute Freytag en habile homme, trouver un prétexte pour les motiver; tel, par exemple, qu'un paquet à lui remettre. Le commis de l'octroi ne négligerait pas davantage de fournir la liste de tous les Français débarquant avec un certain équipage, précaution indispensable, dans la supposition où le poëte se fût avisé de changer de nom. Ces mesures n'étaient sans doute applicables que pour Francfort; le, résident Freytag, qui songeait à tout, jugea qu'il serait bon que le conseiller Schmid envoyât à Friedberg un homme de confiance, qui s'installerait à la maison de poste, jusqu'à l'arrivée de Voltaire, et dont on rémunérerait les services, un thaler par jour, « comme je vais en faire autant pour Hanau. » Ces savantes et habiles instructions se terminaient par les recommandations suivantes.

l\ y aurait à envoyer tous les jours, de mon côté et du vôtre, quelques espions dans les principaux hôtels demandant un certain gentilhomme français nommé Maynvillar ; on leur répondra, à coup sûr, négativement ; et l'on ajoutera : nous avons bien un Français, mais il se nomme Voltaire; et de cette manière nous l'apprendrons sans le demander.

Je vais secrètement donner l'instruction à mon porteur de lettres, qui m'est très-dévoué, de faire bien attention si des lettres à sa destination sont déjà arrivées, et chez qui elles on(^ été adressées, etc.

M. le conseiller voudra bien ajouter ses propres idées à ce mémoire et me le retourner. Mon homme pour Hanau part aujourd'hui.

Mais qu'ajouter? Tout n'est-il pas prévu, combiné, machiné de façon à ce que^ malgré son astuce, l'objet

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