‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 56 sur 342 · Ibid., t. LV, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. LV, p

a. Darget écrivait, en 1750, à Frédéric : «... Je ne le dissimule pas à V. M., je fais les yœux les plus Tifs pour qae M. de Voltaire lui reste, parce que je n'imagine personne dans le monde plus nécessaire à sa vie privée et à ses occupations. • OEuvres de Frédéric le Grand (Berlin, Preuss.), t. XX, p. 31. Lettre de Darget à Frédéric; Stettin, 7 septembre 1750.

70 ALGAROTTl.

Si Frédéric ne m* aimait guère, Songez que vous paîrez pour lui *.

L'Italie était alors représentée auprès de Frédéric par un Vénitien, tout charmant, tout aimable, qui avait trouvé l'art de plaire sans le demander au trajté de Moncrif ; car Michelessi et l'abbé Bastiana ne viendront à Berlin que plus tard. Avec des facultés rares, l'amour et la curiosité des sciences, une organisation de poëte, le don des élégances, plus, avouons-le, que du naturel, Algarotti était né pour faire son chemin dans le monde, non en forçant son admiration et le domptant, mais par les grâces, la séduction, une onction tout italienne. S'il était possédé, lui aussi, du démon de la gloire, son ambition était si discrète, il s'y était si bien pris pour ne coudoyer et ne déranger personne, qu'il se trouva arrivé avant que les envieux eussent eu le temps de soupçonner qu'il existât. Sans trop de scepticisme, l'on eût pu taxer d'un peu de banalité cette bienveillance universelle. Mais cette sorte d'habileté n'était-elle pas fort excusable, au sein d'une société composée de rivaux et d'ennemis, d'indifférents tout au moins, avec lesquels il est prudent de se tenir sur une perpétuelle défensive! Maupertuis, son ami, disait de lui : « Si votre habit s'attache à celui du C. A., il en coupera un morceau pour conserver le sien^. » Avancer qu'il eût, dans un commun

1. Voltaire, OEuvres complètes (Beuchot), t. XUI, p. 20K Épîire à M. Dargel; 9 mars 1751.

2. Formey, Souvenirs d*un Citoyen (Berlin, 1789), t. I, p. 185. — L*abbé Denina, la Prusse littéraire sous Frédéric II (Berlin, 1790), t. l,p. 199.

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