‹ Voltaire FinancierChapitre 76 sur 108 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La siuatiton financière de Voltaire depuis son éatblissement à Ferney jusqu'à sa mort.

(Les finances du seigneur du village).

Acquisition de Ferney. — Nous avons vu que Voltaire, qui ne s'était pas trouvé « assez libre » sur le territoire de la République de Genève et qui tenant à « l'être parfaitement », a voulu acheter des terres en France.

Il avait jeté son dévolu sur la terre de Fernex (qu'il écrira Ferney), terre située dans le pays de Gex et appartenant alors à Jacob de Budée, colonel au service de la Hollande.

Ce domaine offrait des avantages inappréciables : par un traité solennel du roi Henri IV, il était affranchi de la taille, des vingtièmes et de toutes les autres impositions. Le seigneur de ce château jouissait de tous les droits seigneuriaux y Compris Celui de haute et basse justice.

Ce domaine avait encore l'avantage d'être situé entre la Suisse et la République de Genève, ce qui autorisera Voltaire à écrire que : « Me voilà Français, Genevois et « Suisse, ne dépendant de personne. C’est un sort unique

« et c'est ce que je cherchais 1 »; si l'orage commence à gronder du côté de Paris, on à « les pieds de devant » à Lausanne et à Saint-Jean: si c'est de la Suisse, on sera à Ferney; bref, le cas échéant, « on rampe de tanière en « tanière et on se sauve des rois et des armées ».

Dès la mi-septembre 1758, le poète entreprend des négociations avec Isaac de Budé de Bodisy, frère et représentant du propriétaire de Ferney. Enfin, on tombe d'accord pour la somme de cent quatorze mille livres.

Voltaire observe alors qu'un droit de lods et ventes revient, en outre, au comte de la Marche, seigneur suzerain du pays de Gex, où était situé Ferney, et à la suite de cette observation, il hésite : « On exige pour le droit « goth et vandale des lods et ventes le quart du prix. Il « faut pour rafraîchissement payer au roi le centième, « à la Chambre des comptes le cinquantième, etc. Ainsi « au bout du compte, on achèterai le doduble. »

L'exemption de ces droits devient la condition du marché, car si elle ne devait pas avoir lieu, Voltaire aimerait mieux passer un bail à vie, dissimulant une vente réelle, et qui exonérerait du droit de mutation. Pour obtenir la dispense de ces droits, Voltaire écrit à l’intendant de Bourgogne et au subdélégué de Gex, fermier des domai- nes, percepteur du droit. Il lui promet d'envoyer aussitôt le tiers qui lui revient, s'il veut bien écrire au comte de la Marche que l'acquéreur propose quatre mille livres sur les huit mille de lods et ventes.

1. Lettre à Allamand, 16 août 1759. Paul Maillefer. Voltaire à Allamand. Revue historique Vaudoise 1898.

Vainement, il usa de l'intervention de d’Argental, car l'abbé d'Espagnac, conseiller du comte de la Marche, refusa toute concession, et en dépit de ses démarches multiples, Voltaire eut l'amertume d'acquitter les lods et ventes 1. £

Voltaire déclara encore à de Budé qu'il n'a point de fonds disponibles et lui demanda d'accepter le paiement en deux lettres de change sur R. Tronchin, banquier à Lyon, échéant l'une dans trois mois, l’autre dans six.

M. de Budé, d’abord, ne voulut rien entendre : « Nous « sommes convenus à cent quatorze mille livres de « France, écrit-il à François Tronchin le 14 octobre 1750, « je sais que quatre mille sept cent cinquante louis d'or « à vingt-quatre francs, font précisément les cent qua- « torze mille livres, au lieu qu’en lettres de change j'y « trouverais du déficient. Il doit me donner quatre-vingt « mille livres d'abord et le reste en lettres de change à « une ou deux échéances ?. »

Mais la tentation de vendre était forte pour un colonel au service de la Hollande et Voltaire, à force de marchander, obtint qu'on conclut à 89.000 livres la vente de Ferney, meubles non compris, et encore cette somme devait être payée en lettres de change sur Tronchin et Camp, banquiers à Lyon; moitié dans les premiers jours de février 1759, moitié à Pâques 3. Voici un extrait des

1. Fernand Caussy. Voltaire seigneur de village, Paris 4912, p. 5. Ce livre nous fournit la plus grande partie des faits qui suivront.

2. Lettre de Budé de soist à Tronchin, 14 octobre 1758. Tronchin. Le Conseiller François Tronchin et ses amis, p. 115.

Page 1