T. XXII, p. 109, 103, 104. Texte de
VOLTAIRE EN ANGLETE I! ItE . 47
de ces maximes faites pour « armer les sujets et fomenter les révoltes ». L'abbé Molinier raillait les grands mots de liberté et à? esclavage :
« Les fers sont durs à porter, mais heureusement c'est une expression poétique qu'on emploie ordinairement en amour comme en politique, et dont on ne doit pas être plus effrayé en ce pays que les amants ne le sont à Githère. »
La lettre XI, sur ['insertion de la petite vérole, nous introduit à la philosophie anglaise. L'inoculation est un acte de liberté philosophique : on en a la preuve par la riposte qui fut faite à Voltaire : « Le naturel des Français se révolte au système de l'insertion ; nous nous soumettons aux décrets de la Providence ».
Puis venaient les lettres XII-XVII sur Bacon, Locke et Newton : éloge enthousiaste de la méthode expérimentale et de son fondateur Bacon, démonstration par Locke et Newton de ses applications à la métaphysique comme à la physique, vive critique des rêveries scolastiques et des « romans » de Descartes et de Malebranche, énergique défense du principe de Locke , que Dieu tout-puissant a pu donner à la matière, qui ne l'a point nécessairement, la propriété de penser. Ces lettres tombaient au moment où les tourbillons de Descartes régnaient dans l'Académie des sciences, et où les théologiens, inquiets longtemps de la métaphysique cartésienne, y découvraient un spiritualisme qui pouvait se mettre au service de la religion. Malgré l'estime du P. Buffier pour Locke, malgré le livre de Maupertuis sur Newton, les Français demeuraient attachés, un peu
par amour propre national, à leur Descartes. Cependant une disposition générale à se défier de la métaphysique se répandait; les physiciens et les géomètres prenaient chaque jour plus de crédit, et les gens du monde et les femmes entendaient avec plaisir que ces philosophies où l'on se cassait la tête n'étaient que du vent. Le public était prêt pour Voltaire.
Après la religion, la politique et la philosophie, la littérature avait son tour : dans cinq lettres (XVIII-XXII), Voltaire traitait de la tragédie, de la comédie, de la poésie: il présentait Shakespeare, Otway, Dryden, Addison, Wycherley, Van Brugh, Congreve, Rochester, Waller, Butler, Swift, Pope, les caractérisant rapidement et mêlant les extraits aux jugements. Il notait le manque de goût, l'irrégularité des poètes anglais, mais leur vigueur de génie, leur style « ampoulé, trop hors de la nature, trop copié des écrivains hébreux », mais leur naturel, leur impétuosité d'imagination, leur énergie souvent sublime. Il marquait le rapport de leur littérature avec l'organisation politique : la liberté a mis son empreinte sur les écrits des poètes anglais, et elle est cause que les lettres sont en honneur dans un pays où « communément on pense1 ».
Enfin Voltaire (lettres XXIII-XXIV) regardait la littérature du point de vue social, pour admirer la considération dont les gens de lettres jouissaient en Angleterre; les emplois et les dignités où ils parvenaient, tandis qu'en Franee... Il comparait l'or-