XI, 309, 343; XII
sauvage dans les plus sombres époques. « Il faut être bien maladroit pour calomnier l'inquisition. » Les moines ont défriché, étudié, et les cloîtres ont été dans des siècles barbares « une retraite assurée contre la tyrannie ». Voltaire sait être pour les Templiers contre Philippe le Bel ; et, prenant la lutte du sacerdoce et de l'empire comme 111 conducteur dans la confuse histoire du moyen âge, il sait voir dans la papauté une force morale qui tient en échec la brutalité militaire.
Cependant on ne saurait nier que son impatience généreuse, son tempérament explosif ne lui aient fait très souvent fausser l'histoire. De son propre point de vue même, il devait être moins sévère à cette pauvre humanité destituée de secours divin, et qui, si péniblement, si douloureusement s'est élevée de l'animalité à la raison. Chaque parcelle de moralité, de justice et de liberté a été une conquête de l'esprit. Le moindre progrès devait prendre de là pour lui un prix infini; et si désireux qu'il fût d'exciter les vivants à secouer les servitudes séculaires, il ne devait pas prodiguer le sarcasme aux morts qui ont eu plus de mérite à mettre dans leur barbarie quelques principes de raison, que nous n'en avons actuellement à les développer.
Il a trop constamment projeté dans le passé les idées du présent ; il n'a pas vu que l'Eglise, maintenant force de réaction et d'oppression, a été pour un temps une force de progrès et de libération. Il a « réhabilité » les empereurs persécuteurs, comme défenseurs de la société laïque; il a déguisé le mystique .lulien en philosophe rationaliste. Il s'est fait
G. Lakson. — Voltaire. 9
une image flattée des musulmans, des Chinois, des Hindous, de toutes les civilisations qui n'étaient pas chrétiennes.
Encore ne faut-il pas pousser cette critique trop loin. Les historiens romantiques ou religieux du xixc siècle nous ont donné du moyen âge une image idéale, qui est fausse. Il y avait dans la réalité de quoi justifier Voltaire : l'impartial et saisissant tableau de M. Luchaire le prouve. Mais il faut surtout bien comprendre que si Voltaire a été trop sévère au moyen âge, ce n'est pas tant par irréligion que par rationalisme. Son irréligion s'est réjouie des idées que son rationalisme lui imposait. C'étaient les lumières du siècle, et non l'esprit antichrétien, qui condamnaient le fanatisme, la brutalité, l'ignorance, l'enthousiasme. Ni l'abbé de Saint-Pierre1 ni le président Hénault2 n'osent excuser les croisades : on pensera que l'esprit philosophique les a gâtés. Mais le dira-t-on de l'abbé Fleury? Personne n'a plus nettement condamné les croisades3. Le jugement de ce chrétien raisonnable sur le moyen âge ne diffère guère de celui de Voltaire. Les esprits éclairés de formation classique, pieux ou impies, ne pouvaient être indulgents à ces siècles « grossiers ».
Dans l'état des sciences psychologiques, on ne pouvait parler des phénomènes religieux, des miracles, de Jeanne d'Arc et de saint François d'Assise, comme l'historien même incroyant en parle aujourd'hui. Il n'y avait pas de milieu entre la crédulité